lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205125 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU-6 semaines |
| Avocat requérant | RIVIERE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022, sous le n° 2205125, Mme D H, représentée par Me Rivière, avocate, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a interdite de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente, dès lors qu'elle ne dispose pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ; plus particulièrement, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an n'est pas motivée au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- ce défaut de motivation de l'arrêté contesté démontre un défaut d'examen réel est sérieux de sa situation ;
- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle a fui son pays d'origine avec son époux et leurs deux enfants mineurs et que la famille a fixé le centre de ses attaches personnelles et familiales en France depuis plusieurs mois ;
- il méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que ses enfants vivent désormais sereinement en France après avoir connu des persécutions en Géorgie, que l'ainé est scolarisé en France et que sa présence à leurs côtés est indispensable ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistrée le 19 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme H ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022, sous le n° 2205126, M. A G, représenté par Me Rivière, avocate, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente, dès lors qu'elle ne dispose pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ; plus particulièrement, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an n'est pas motivée au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du CESEDA ;
- ce défaut de motivation de l'arrêté contesté démontre un défaut d'examen réel est sérieux de sa situation ;
- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il a fui son pays d'origine avec son épouse et leurs deux enfants mineurs et que la famille a fixé le centre de ses attaches personnelles et familiales en France depuis plusieurs mois ;
- il méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que ses enfants vivent désormais sereinement en France après avoir connu des persécutions en Géorgie, que l'ainé est scolarisé en France et que sa présence à leurs côtés est indispensable ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistrée le 19 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Molina-Andréo, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2022 :
- le rapport de Mme I ;
- les observations de Me Rivière, représentant Mme H et M. G, qui maintient ses écritures.
La préfète de la Gironde n'étant ni présente ni représentée, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D H et M. A G, ressortissants géorgiens nés respectivement les 21 octobre 1997 et 21 décembre 1987, sont entrés sur le territoire français le 1er avril 2022. Le 13 avril 2022, ils ont sollicité le bénéfice de l'asile. Par des décisions du 12 août 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), statuant en procédure accélérée, a rejeté leur demande. Par deux arrêtés du 6 septembre 2022, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), la préfète de la Gironde les a alors obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, les a interdits de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a fixé le pays de destination. Mme H et M. G demandent, chacun en ce qui les concerne, l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2205125 et 2205126, présentées respectivement pour Mme H et M. G, concernent la situation d'un couple marié et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de Mme H et de M. G, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que Mme C F, adjointe à la cheffe de bureau de l'asile et du guichet unique, qui a signé les arrêtés attaqués, bénéficiait, par arrêté de la préfète de la Gironde du 21 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-104, d'une délégation de signature à l'effet de signer, dans la limite des attributions de Mme E B et en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, " toutes décisions, documents et correspondances relevant de l'autorité préfectorale pris en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions de la nature de celles en litige. Il n'est ni établi ni allégué que Mme B n'aurait pas été absente ou empêchée à la date des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés contestés doit être écarté comme manquant en fait.
5. Il ressort de l'examen des arrêtés en litige, que ceux-ci comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en visant notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions applicables du CESEDA. Ces arrêtés comportent également les éléments relatifs à la situation personnelle des requérants, s'agissant notamment des conditions et de la durée de leur séjour en France, de leurs liens sur le territoire, ainsi que la date de rejet de leur demande d'asile par l'OFPRA. Enfin, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour un durée d'un an, les décisions énoncent les critères, non cumulatifs, pris en compte par l'autorité préfectorale pour justifier la durée retenue. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisante motivation des arrêtés attaqués doit être écarté.
6. Il résulte de la motivation des arrêtés en litige que la préfète de la Gironde a procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme H et de M. G.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme H et M. G soutiennent qu'ils vivent en France depuis plusieurs mois et que le centre de leurs intérêts privés et familiaux s'y trouve désormais, dès lors qu'ils résident sur le territoire national avec leurs deux enfants, nés en Géorgie les 25 mai 2019 et 26 janvier 2021. Toutefois, il ressort des pièces des dossiers que la présence en France de Mme H et de M. G ne s'est provisoirement justifiée que par l'instruction de leur demande d'asile par l'OFPRA. Les requérants, dont les demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA, font tous deux l'objet, par les arrêtés préfectoraux attaqués du 6 septembre 2022, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an. Dans ces circonstances, il n'y a pas d'obstacle à ce que la cellule familiale constituée par les requérants et leurs deux enfants mineurs, dont les demandes d'asile ont également été rejetées, puisse se reconstituer en Géorgie. Dès lors, les arrêtés en litige n'ont pas porté au droit de Mme H et de M. G au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui leur ont été opposés. Ils n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, ils ne sont pas entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle des requérants.
9. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Il ressort des pièces des dossiers, ainsi qu'il a été dit au point 8, que rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Géorgie, où l'enfant ainé des requérants pourra poursuivre sa scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".
12. Mme H et M. G soutiennent qu'ils encourraient des risques en cas de retour en Géorgie, compte tenu des persécutions subis de la part de leur famille à la suite de leur union. Toutefois, les intéressés, dont les demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'OFPRA du 12 août 2022, n'apportent aucun élément probant à l'appui de leurs affirmations. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme H et M. G ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 6 septembre 2022 attaqués. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : Mme H est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. H et de M. G est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D H, à M. A G, à Me Rivière et à la préfète de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 14 novembre 2022.
La magistrate désignée,
B. I La greffière,
S. CASTAIN
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026