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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205162

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205162

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205162
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Bordeaux concerne le refus de redoublement et l’exclusion de la scolarité d’un élève-ingénieur de l’Institut polytechnique de Bordeaux (ENSEGID). Le requérant contestait la décision du 20 juillet 2022 pour des vices de procédure (délais de convocation, information du jury) et une erreur manifeste d’appréciation. Le tribunal a rejeté l’ensemble des moyens, estimant que le directeur général avait procédé à un examen particulier de la situation et que les règles du règlement pédagogique, fondées sur le code de l’éducation, avaient été respectées. La requête est donc rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022, M. C D demande au tribunal d'annuler la décision du 20 juillet 2022 du directeur général de l'Institut polytechnique de Bordeaux ayant mis fin à sa scolarité au sein de l'école Nationale Supérieure en Environnement, Géoressources et Ingénierie du Développement durable (ENSEGID).

Il soutient que :

- la décision attaquée est illégale car il y a eu des incohérences entre les dates de passage d'examen et les dates de convocation en deuxième session (rattrapage) ; les élèves débutent immédiatement leur stage à la fin du mois d'avril ; il n'a été informé des dates de rattrapage qu'en juin alors qu'il était en stage dans une réserve naturelle au Pérou et ne pouvait ni rentrer en France ni bénéficier d'une connexion internet sans faire des heures de route ;

- elle est illégale car l'ENSEGID adresse à ses élèves les décisions notamment de refus de redoublement fin juillet soit à une période où les inscriptions sont déjà closes dans les autres écoles et universités ;

- elle est illégale car conformément à l'article 1 I-1 du règlement de l'ENSEGID, il a été régulièrement inscrit administrativement, son dossier ayant été validé comme complet par mail du 13 septembre 2022 et il s'est acquitté de la contribution à la vie étudiante et de campus pour l'année 2022-2023 et des frais d'inscription ; si la décision date du 20 juillet elle ne lui a été notifiée que le 29 juillet alors que l'école est fermée du 30 juillet au matin au 22 août 2022 ;

- il existe un doute quant au caractère régulier des délais de convocation et à la présence en nombre suffisant des membres du jury d'amission convoqués début juillet ;

- il n'a pas été mis en mesure de faire usage du droit qui est consacré à l'article 3 II-3 du règlement de l'ENSEGID selon lequel tout élève a le droit d'informer le jury ;

- le président du jury d'admission responsable des élèves de 2ème année a également été son professeur F hydrogéologique et transport " ; c'est lui qui lui a attribué la note à ce module justifiant à elle seule son refus de redoublement en deuxième année ou passage en 3ème année, ainsi que la note de 10,1 à son rapport de stage alors que la version écrite de ce rapport a obtenu 15/20 ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation le jury a insuffisamment étudié sa situation ne prenant pas en considération qu'il a souffert d'être empêché de réaliser son stage au Japon, pourtant validé, du seul fait du COVID ; elle est entachée d'une différence de traitement à son détriment car plusieurs élèves ayant échoué à plusieurs modules dont l'un a d'ailleurs eu une note inférieure à la sienne, ont obtenu leur redoublement ; elle est entaché d'erreur d'appréciation sur sa situation personnelle car elle lui ôte la possibilité de valider sa scolarité à l'ENSEGID ; il ne pourra pas bénéficier d'équivalence de diplômes délivrés par l'ENSEGID et il perd le statut d'étudiant dès lors qu'il perd toute possibilité de s'inscrire en université ; la décision aura des conséquences dommageables pour son avenir professionnel.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2022, le président de l'Institut polytechnique de Bordeaux conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant le versement d'une somme d'un euro au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benzaïd ;

- et les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D était élève-ingénieur en deuxième année de la filière " environnement, géoressources, ingénierie du développement durable " de l'école nationale supérieure au sein de l'Institut polytechnique de Bordeaux (Bordeaux INP) au cours de l'année scolaire 2021-2022. Par courrier du 20 juillet 2022, le directeur général de l'Institut polytechnique de Bordeaux lui a signifié que, sur délibération du jury de passage en année supérieure ayant constaté ses résultats, son admission en année supérieure ainsi que son redoublement lui étaient refusés et qu'en conséquence il mettait fin à sa scolarité au sein de l'INP de Bordeaux. M. D a présenté un recours gracieux qui a été rejeté le 22 août 2022 par le directeur général de l'Institut polytechnique de Bordeaux. Le requérant, demande au tribunal d'annuler la décision du 20 juillet 2022 du directeur général de l'Institut polytechnique de Bordeaux mettant fin à sa scolarité au sein de cet établissement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général de Bordeaux INP se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le conseil d'administration de l'Institut polytechnique de Bordeaux a adopté, le règlement pédagogique applicable au titre de l'année 2021-2022 aux filières ingénieur. Ce texte règlementaire librement accessible sur le site internet de l'école dispose en son article 3 I-3 " Deuxième session " : " Quand elles sont prévues dans les modalités de contrôle des connaissances et des compétences, les deuxièmes sessions sont organisées après les jurys de semestres/périodes. La date du début des épreuves de la seconde session est communiquée aux élèves avec la décision du jury de la première session. Si un élève-ingénieur a été absent sans justification aux examens terminaux de la session 1, alors il devra fournir un justificatif d'absence recevable, avant la tenue du jury de 1ère session, pour pouvoir être inscrit à la deuxième session. Les notes obtenues aux épreuves de deuxième session remplacent celles obtenues aux épreuves obligatoires correspondantes. ".

4. Ce règlement était librement accessible sur le site internet de l'école Nationale Supérieure en Environnement, Géoressources et Ingénierie du Développement durable (l'ENSEGID) depuis l'année 2021 de sorte que M. D avait accès à cette information bien avant la décision attaquée. Par suite, en se bornant à soutenir qu'il n'avait pas été informé de la période de l'année scolaire à laquelle les deuxièmes sessions étaient programmées et qu'il lui avait été impossible de rentrer du Pérou ou d'y trouver une connexion WIFI pour passer ses épreuves de rattrapage, M. D n'établit pas le défaut d'information allégué. Par suite le moyen doit être écarté.

5. Il est constant que la décision attaquée a été notifiée à M. D le 29 juillet 2022 et que le rejet de son recours gracieux est intervenu le 22 août 2022, dès lors il appartenait à M. D, informé que son redoublement était refusé, de s'abstenir de procéder à son inscription administrative en s'acquittant des frais d'inscription. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Si M. D soutient qu'il existe un doute quant au caractère régulier des délais de convocation et à la présence en nombre suffisant des membres du jury d'admission convoqués début juillet, il n'apporte aucun élément au dossier de nature à étayer ce moyen et permettre d'en apprécier le bien-fondé. Par suite le moyen doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 3-II- 3 " Représentation des élèves " du règlement de l'ENSEGID pour les filières ingénieur : " Avant les délibérations, tout élève a le droit d'informer le jury sur : les conditions particulières dans lesquelles s'est déroulé le semestre, les difficultés matérielles, familiales ou morales auxquelles il a pu se heurter. Ces informations sont transmises au jury par lettre ou par l'intermédiaire des élèves délégués, de l'assistante sociale ou des membres du jury ".

8. Si M. D soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de faire usage du droit qui est consacré à l'article 3 II-3 du règlement précité, il n'établit pas qu'il aurait tenté en vain d'exercer son droit à faire valoir ses difficultés. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. M. D doit être regardé comme soulevant le moyen tiré du manque d'impartialité du président du jury d'admission responsable des élèves de 2ème année. A cet égard, il fait valoir que ce dernier a également été son professeur F hydrogéologique et transport " qui lui a attribué la note de 8,7 sur laquelle la décision attaquée est notamment fondée et celle de 10,1 à son rapport de stage alors que la version écrite a obtenu 15/20. Toutefois, aucune disposition n'interdit le cumul des fonctions de président du jury d'admission et de professeur, et M. D n'apporte aucun élément permettant d'établir que le président du jury aurait manqué d'impartialité d'autant que la décision attaquée qui est collégiale est également fondée sur deux autres motifs tirés d'absences non justifiées du requérant aux cours et aux travaux dirigés et pratiques et de son absentéisme récurrent en première année et au second semestre de la deuxième année en dépit d'une convocation et d'un entretien avec le directeur de l'ENSEGID.

10. En dernier lieu, le règlement de l'ENSEGID dispose : " () Article 1 III-1 Assiduité La présence aux activités organisées dans le cadre de l'enseignement, de quelque nature qu'elles soient et quelle qu'en soit la forme d'organisation, en présentielle ou à distance est obligatoire (cours, travaux dirigés, travaux pratiques, projets, stages, visites, ). Un élève qui arrive en retard peut ne pas être admis en cours. Le manque d'assiduité peut être pris en compte dans l'évaluation. Les absences répétées non justifiées sont portées à la connaissance du directeur des études. Article 1 III-2 Absences. Les élèves ont l'obligation de justifier toute absence. Des autorisations d'absence peuvent être accordées aux élèves par le directeur de département/filière ou le directeur des études dans des cas exceptionnels. L'élève absent a pour devoir d'en avertir les enseignants concernés au plus tôt. Sauf raison médicale, toute absence sans autorisation préalable est considérée comme non justifiée. Dans le cas de la participation à un conseil de l'établissement ou de l'école, les absences aux enseignements se tenant durant les séances du conseil sont considérées comme des absences justifiées, même si ces enseignements font l'objet d'un contrôle continu. L'élève doit être présent aux examens en présentiel et participer aux examens à distance. Une absence non justifiée à un contrôle, un examen ou à des travaux pratiques notés entraîne une note de 0. Une note de 0 à un module, liée à une absence non justifiée empêche la validation de l'UE concernée. En cas d'absence justifiée, l'élève peut être autorisé à passer une épreuve/séance de remplacement. En cas d'absence longue et non justifiée, l'école adresse à l'élève une première alerte. Si l'élève ne se manifeste pas, l'école adresse une mise en demeure, en recommandé avec accusé de réception, avec date impérative de réponse. Une fois le délai expiré, le directeur général de Bordeaux INP sur proposition du directeur de l'école signifie la démission d'office à l'élève. Article 2 I-1 Évaluation des modules et validation des UE Unités d'enseignement et modules donnent lieu à au moins une évaluation obligatoire de l'élève décrite dans les modalités de contrôle des connaissances et des compétences. Les évaluations peuvent prendre différentes formes : contrôle écrit, épreuve orale, contrôle continu, travaux pratiques, rapport de travail personnel ou en groupe, écrit ou oral, projet, etc. Des évaluations, qu'elles soient écrites ou orales, peuvent se dérouler à distance si une situation particulière l'impose. Conformément à l'article D611-12 du Code de l'Éducation, la validation des enseignements contrôlée par des épreuves organisées à distance sous forme numérique, doit être garantie par :1. La vérification que le candidat dispose des moyens techniques lui permettant le passage effectifdes épreuves ;2. La vérification de l'identité du candidat ;3. La surveillance de l'épreuve et le respect des règles applicables aux examens.

L'évaluation de l'élève sur chaque module d'enseignement ou UE se traduit par l'attribution d'une note sur 20 ou d'une appréciation. De manière générale, une UE est validée de plein droit si :- la moyenne pondérée des modules notés est supérieure ou égale à 10/20 ;- tous les modules non notés sont validés suivant les critères qui leur sont propres. Pour un travail collectif, l'enseignant a la possibilité d'individualiser les notes pour tenir compte de l'implication de chacun dans le résultat du groupe. Article 2 II-3 Non validation du parcours pédagogique

Le jury est souverain pour décider, à l'issue de la 2ème session, du redoublement de l'élève, de son passage en année supérieure ou pour lui refuser ces deux possibilités. Le redoublement ne constitue en aucun cas un droit pour l'élève ; c'est une possibilité qui est laissée à l'appréciation du jury. Durant la scolarité, un seul redoublement est autorisé. Lorsque l'admission en année supérieure ainsi que le redoublement sont refusés par le jury, le directeur de l'école propose au directeur général de Bordeaux INP de mettre fin à la scolarité de l'élève dans l'établissement.

11. S'il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier les mérites respectifs des candidats, le jury étant souverain en la matière, notamment s'agissant des mesures de redoublement, de répétition d'une année ou de passage en année supérieure, il entre dans l'office du juge d'exercer un contrôle restreint à l'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la décision du directeur général de Bordeaux INP de mettre fin à la scolarité d'un élève-ingénieur.

12. M. D ne conteste pas que dès la première année, il a été informé par le corps enseignant que son comportement et ses résultats risquaient au cas de persistance d'entraîner l'impossibilité pour lui de poursuivre son cursus au sein de l'école. La décision attaquée mentionne d'ailleurs qu'il a bénéficié d'un entretien avec le directeur relatif à son absentéisme. Quant à la circonstance, si dommageable soit-elle, que pour cause de crise sanitaire liée au COVID le requérant n'aurait pas pu partir en stage au Japon, M. D n'établit pas que ses répercussions morales auraient été telles qu'elles auraient justifié son absentéisme récurrent, qui existait dès la première année, et la note obtenue de 8,7 au module " sciences du milieu naturel ". Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en mettant fin à la scolarité du requérant au sein de l'ENSEGID, le directeur général de Bordeaux INP ait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. La seule circonstance, à la supposer établie, que d'autres élèves auraient obtenu le redoublement sans avoir validé le même module que M. D ne suffit pas à établir une inégalité de traitement dès lors que le requérant n'établit pas que la situation de ces élèves était identique à la sienne qui se caractérise également par la manifestation d'un absentéisme récurrent. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent également être écartés.

13 Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. Dans les circonstances en l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'Institut polytechnique de Bordeaux tendant à ce que M. D lui verse la somme de 1 euro en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'Institut polytechnique de Bordeaux tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à l'Institut polytechnique de Bordeaux (Bordeaux INP).

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 où siégeaient :

- M. Dominique Ferrari, président,

- Mme A E et Mme B Benzaïd, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

K. Benzaïd

Le président,

D. Ferrari

La greffière,

E. Souris

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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