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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205346

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205346

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205346
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Genies, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Mios a implicitement rejeté sa demande en vue de voir abroger la délibération du 11 février 2019 par laquelle a été approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune, ou, subsidiairement, d'annuler cette décision en tant seulement qu'elle a refusé d'abroger le classement en zone " A " de ce PLU sa parcelle cadastrée section AO n° 168 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Mios d'abroger son PLU en tout ou partie dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mios la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le classement de sa parcelle en zone A du PLU méconnaît l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2024, la commune de Mios, représentée par la SELARL HMS Atlantique avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Mme A ne démontre pas avoir un intérêt à agir, dès lors qu'elle ne justifie pas de sa qualité de propriétaire de la parcelle en cause ;

- les conclusions aux fins d'abrogation totale de la délibération attaquée sont irrecevables en l'absence de décision préalable ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,

- et les observations de Me Cordier-Amour, représentant la commune de Mios.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 11 février 2019, le conseil municipal de la commune de Mios a adopté le plan local d'urbanisme (PLU) de cette commune. Par une lettre recommandée reçue en mairie le 8 novembre 2021, Mme B A a demandé au maire de cette commune d'abroger cette délibération en tant que la parcelle cadastrée section AO n° 168 est classée en zone A dans le plan de zonage du PLU. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet dont Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'autorité compétente, saisie d'une demande tendant à l'abrogation d'un règlement illégal, est tenue d'y déférer, soit que, réserve faite des vices de forme et de procédure dont il serait entaché, ce règlement ait été illégal dès la date de sa signature, soit que l'illégalité résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures à cette date.

3. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Il résulte des articles L. 151-5, L. 151-9, R. 151-22 et R. 151-23 du code de l'urbanisme qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

4. La commune de Mios se situe à la transition entre l'agglomération bordelaise et la forêt des Landes, au croisement des autoroutes A660 et A63 qui relient cette agglomération avec le Bassin d'Arcachon d'une part et avec le Pays basque espagnol, via les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, d'autre part. Il ressort des documents préparatoires et, en particulier, du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) qui a été adopté dans le cadre de la procédure de révision de son PLU initiée en 2014, que ses caractères urbanistiques et démographiques ont été fortement affectés par son extension démographique, en lien avec celle de l'agglomération bordelaise. Selon le PADD, la révision du PLU a poursuivi, entre autres objectifs et après plusieurs décennies d'expansion urbaine, la maîtrise du développement de l'habitat et du rythme de la croissance démographique, le renforcement de l'attractivité économique, notamment en soutenant l'activité sylvicole et agricole pour éviter l'évolution vers un " profil-dortoir ", et la préservation du patrimoine. Selon ce plan, les objectifs précités passent notamment par la limitation des enveloppes constructibles à long terme en extension de l'urbanisation existante, par la préservation du massif forestier en évitant le mitage des espaces forestiers et en maîtrisant l'étalement urbain, par l'établissement de dispositions réglementaires permettant de diversifier l'activité agricole et par le classement en zone agricole des prairies agricoles et des friches " identifiées en espaces relais ". En outre, selon le rapport de présentation du PLU, de nouvelles zones A ont été créées en frange des zones urbaines pour identifier les prairies et renforcer leur préservation, tandis que de vastes espaces prairiaux, initialement classés en zones naturelles dans le précédent PLU de 2010, ont été reversés en zone agricole, en vue de conforter la présence de l'agriculture sur le territoire miossais. Aux termes du règlement de la zone A de ce PLU, cette zone recouvre " les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison de leur potentiel agronomique, biologique ou économique ".

5. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, des vues aériennes qui y sont versées, que si la parcelle en cause jouxte l'enveloppe urbaine de l'un des quartiers résidentiels de la commune de Mios, classé en zone U2, elle est elle-même dépourvue de construction. Elle se situe à l'extérieur de cette enveloppe et fait partie d'un vaste espace constitué de parcelles cultivées ou boisées, également dépourvues de toute construction. Le fait que la parcelle se trouve en bordure d'agglomération et qu'elle était classée dans une zone urbaine du précédent PLU n'est pas, en soi, de nature à contredire la vocation agricole du secteur où elle se trouve. Si la requérante fait valoir que la parcelle serait, par sa taille et sa situation, impropre à toute activité agricole, il n'est pas établi que le compartiment de terrain dans lequel la parcelle s'insère ne pourrait pas être exploité. Dans ces conditions, compte tenu du parti d'aménagement ci-avant analysé et des caractéristiques de la parcelle en cause, le classement de cette parcelle dans le plan de zonage du PLU n'apparaît pas en l'espèce entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune de Mios, les conclusions présentées par Mme A aux fins de voir annuler la décision contestée doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle forme aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mios, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la commune de Mios une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Mios.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNELa greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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