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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205442

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205442

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2022, Mme F G E, représentée par Me Lassort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze à compter de la notification de jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Lassort au titres des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme E fait valoir que :

- sa requête est recevable.

S'agissant du refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 19 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signé à New-York le 26 janvier 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Paz,

- et les observations de Me Stinco, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, de nationalité mauricienne, est entrée en France le 29 novembre 2021. A la suite du pacte civil de solidarité conclu le 22 décembre 2021 avec un ressortissant français, elle a sollicité le 31 janvier 2022, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 septembre 2022, dont Mme E demande l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, a obligé la requérante à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que la préfète de la Gironde a, par arrêté du 21 juin 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°33-2022-104, donné délégation à M A D, directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Gironde, à l'effet de signer notamment toutes les décisions prises en application des livres IV, VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, parties législative et réglementaire, parmi lesquelles figurent les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté, dont il ressort des pièces du dossier qu'il a été pris le 4 juillet 2022, doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des termes de l'arrêté en litige que la préfète de la Gironde a mentionné les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle s'est fondée pour rejeter la demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle a procédé à l'examen particulier de la situation familiale de la requérante. L'arrêté en litige mentionne notamment la date d'entrée de Mme E sur le territoire et l'ancienneté de son séjour, la date de signature du pacte civil de solidarité conclu avec M. B et les liens privés et familiaux qu'elle entretient en France, ceux qu'elle conserve dans son pays d'origine, ainsi que la présence de son enfant en France qui est scolarisé. La circonstance que l'arrêté ne fasse pas référence, de manière exhaustive, à tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont elle entendait se prévaloir ne saurait suffire à caractériser un défaut d'examen sérieux. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée et révèle que la préfète de la Gironde a procédé à un examen sérieux de la situation particulière de Mme E.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ( ) ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est entrée récemment en France, sous couvert d'un visa de court séjour. Si elle fait valoir qu'elle est pacsée depuis le 22 décembre 2021 avec M. B, toutefois à la date de la décision attaquée, la vie commune est récente. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que depuis 2019, la requérante et M. B se sont rencontrés à plusieurs reprises soit en France, soit sur l'île Maurice, l'ancienneté et la stabilité de la relation avant la signature de leur pacte civil de solidarité ne sont pas néanmoins démontrées par les pièces du dossier. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que le fils de la requérante est scolarisé en France, il n'est pas établi qu'il ne pourrait poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Enfin, Mme E n'est pas dépourvue d'attache familiale dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents et sa fratrie. Ainsi, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la CEDH ne peuvent être qu'écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour sur laquelle elle se fonde doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée demander l'annulation de l'arrêté du 7 septembre 2022 de la préfète de la Gironde. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G E et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.

La rapporteure

D. DE PAZ

La présidente

F. ZUCCARELLO

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°220544

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