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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205523

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205523

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL BOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022 et un mémoire enregistré le 6 novembre 2022, le syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier du 11 boulevard de l'Océan et M. A B, représentés par Me Troude, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au maire de la commune d'Arcachon, et à la préfète de la Gironde en cas de carence de l'autorité municipale, de dresser procès-verbal d'infraction et d'ordonner par arrêté l'interruption des travaux entrepris par la SARL Les Vagues ou toute entreprise sur les parcelles cadastrées section AB n° 70 et 71, situées au 9 du boulevard de l'Océan, et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard

2°) d'ordonner à l'Etat, à la commune d'Arcachon et à la SARL Les Vagues toute mesure utile pour faire cesser les travaux en litige ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la commune d'Arcachon et de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier du 11 boulevard de l'océan et M. A B soutiennent que :

- les travaux de rénovation réalisés par la SARL Les Vagues dans le cadre du permis de construire délivré par le maire de la commune d'Arcachon le 28 novembre 2018, sur l'immeuble situé au 9 du boulevard de l'Océan, immeuble voisin de celui dont ils sont copropriétaires, ont causé de nombreux dommages, notamment les 9 et 19 décembre 2021 du fait d'effondrements de parties des murs pignon, d'une part, sur l'établissement d'hébergement de personnes âgées dépendantes Saint-Joseph, d'autre part, sur leur villa ;

- à la suite de ces désordres, la structure de la construction existante a été totalement détruite, sans permis de démolir, et, après installation de structures métalliques côté mer et côté rue ainsi que devant et au-dessus du bâtiment, des travaux de reconstruction ont été engagés sans permis de construire modificatif ;

- le syndicat a mis en demeure le maire d'Arcachon, par courrier du 7 juin 2022, de dresser un procès-verbal d'infraction et de prescrire, par arrêté, l'interruption des travaux ;

- faute de réponse dans les 24 heures, le conseil du syndicat a adressé une mise en demeure identique à l'autorité préfectorale, vainement ;

- finalement, après les travaux de démolition, le maire a, par arrêté du 24 juin 2022, prescrit une mise en sécurité et a dressé un procès-verbal d'infraction en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, transmis au procureur de la République ;

- les travaux ayant toutefois repris ainsi que le révèlent la pose d'une quarantaine de pieux en béton ainsi que le matériel mis en place, et ce, malgré le procès-verbal d'infraction et en dépit de l'absence de permis, la condition d'urgence est satisfaite ;

- en outre, d'une part, les nouveaux travaux, qui ne correspondent pas aux préconisations de l'expert judiciaire de mars 2021, ni à ceux autorisés par le permis de construire, ont déjà provoqué des désordres dans leur immeuble et sont susceptibles d'en entraîner davantage du fait d'un risque de remontée des eaux en raison de la construction des fondations dont l'impact sur les fonds voisins n'a pas été étudié, d'autre part, la reconstruction de l'immeuble démoli n'est pas conforme aux règles d'urbanisme ;

- la SARL Les Vagues ne saurait se prévaloir d'un permis modificatif tacite, faute d'avoir fourni les pièces complémentaires nécessaires à l'instruction de sa demande ;

- les travaux dorénavant projetés, qui comprennent une modification des éléments de reconstruction suite au sinistre, ne peuvent être regardés comme une reconstruction à l'identique au sens de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme, outre qu'en toute hypothèse, un telle reconstruction n'est pas dispensée de permis de construire ;

- l'expertise judiciaire étant toujours en cours, la SARL Les Vagues ne peut, pour justifier la démolition sans permis, invoquer les dispositions de l'article L. 421-29 b du code précité ;

- les mesures sollicitées ne se heurtent à aucune contestation sérieuse dès lors que la démolition de l'immeuble préexistant, démolition constatée par deux experts et qui n'était prévue ni dans le permis de construire initial du 28 novembre 2018, ni dans le permis de construire modificatif du 16 avril 2019, a été réalisée sans autorisation de démolir, en violation de la délibération du 26 septembre 2007 du conseil municipal d'Arcachon prise sur le fondement de l'article R. 421-27 du code de l'urbanisme ;

- la mesure présente un caractère utile, le maire étant tenu, en application du 9ème alinéa de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, de faire dresser procès-verbal lorsqu'il est informé d'une infraction et de prescrire l'interruption de travaux entrepris sans permis de construire, étant entendu que la SARL Les Vagues n'a pas encore obtenu le permis qu'elle a sollicité le 8 mars 2022.

Par mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

La préfète de la Gironde fait valoir que l'établissement d'un nouveau procès-verbal d'infraction comme l'édiction d'un arrêté interruptif de travaux ne présentent pas d'utilité.

Par mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2022, la commune d'Arcachon, représentée par la SARL Boissy Avocats Associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier du 11 boulevard de l'Océan et de M. B d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune d'Arcachon fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les mesures demandées, d'une part, ne présentent pas un caractère d'urgence, d'autre part, feraient obstacle, si elles étaient prescrites, à l'exécution de la décision implicite de rejet née le 8 août 2022 du silence gardé par le maire sur la demande du 7 juin 2022, reçue le 8 juin, du syndicat des copropriétaires tendant à l'établissement d'un procès-verbal d'infraction et d'un arrêté interruptif de travaux ;

- en outre, les mesures sollicitées se heurtent à une contestation sérieuse, en l'absence de toute reprise des travaux.

Par mémoire en défense enregistré le 1er novembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Les Vagues, représentée par la SELARL Aedifico, avocat, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier du 11 boulevard de l'Océan et de M. B d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL Les Vagues fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas établie ;

- les mesures sollicitées sont dépourvues d'utilité ;

- la prescription de ces mesures se heurte à l'exécution de la décision implicite de rejet née le 8 août 2022 du silence gardé par le maire d'Arcachon sur la demande du 7 juin 2022, reçue le 8 juin, du syndicat des copropriétaires tendant à l'établissement d'un procès-verbal d'infraction et d'un arrêté interruptif de travaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En outre, le juge des référés ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

2. Il résulte de l'instruction que la société à responsabilité limitée (SARL) Les Vagues, propriétaire d'un bâtiment à usage d'hôtel situé sur les parcelles cadastrées section AB n° 70 et 71 sur le territoire de la commune d'Arcachon, situées au 9 boulevard de l'Océan, a sollicité et obtenu par arrêté du 28 novembre 2018 du maire de cette collectivité, un permis de construire en vue de la rénovation et de l'extension de cet immeuble ainsi que de la création d'une piscine. Ce permis prévoyait la " déconstruction du dernier niveau en bowwindow et des terrasses R+1 ". Par arrêté du 18 juin 2019, le maire d'Arcachon a accordé à la SARL Les Vagues un permis modificatif pour permettre la suppression de l'extension de la cuisine en rez-de-chaussée, façade sud. La réalisation des travaux autorisés a entraîné deux effondrements, respectivement les 9 décembre 2019 et 17 décembre 2019, qui ont endommagé les immeubles riverains, dont celui des requérants. Saisi par la société Les Vagues, le juge des référés du tribunal judiciaire de Bordeaux a prescrit, par ordonnance du 24 août 2020, une expertise portant notamment sur la cause des désordres, sur les conséquences de la chute des murs, sur les travaux nécessaires pour remédier aux désordres et sur leurs coûts. Puis la société Les Vagues a déposé auprès des services communaux une nouvelle demande de permis, le 8 mars 2022, en vue de la modification de l'orientation de la piscine, de l'escalier de secours et de démolition du bâti central existant pour sa reconstruction à l'identique suite à des sinistres. Toutefois il est apparu qu'elle avait fait engager les travaux dont l'autorisation était sollicitée alors que sa demande était toujours en cours d'instruction. Le maire d'Arcachon a, en conséquence, fait dresser par un agent de la commune assermenté et commissionné, un premier procès-verbal d'infraction, le 10 juin 2022, puis un second, le 16 juin 2022. Il n'est pas contesté que ces procès-verbaux ont été transmis au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bordeaux. Enfin, le rapport établi par les services compétents de la commune d'Arcachon en date du 24 juin 2022 sur la solidité de l'immeuble concluant à un danger imminent et à un risque manifeste pour la sécurité publique au regard des désordres constatés, le maire a enjoint le jour même à la SARL Les Vagues, par un arrêté de mise en sécurité fondé sur les dispositions des articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation, de réaliser des travaux de confortation en limite Ouest et en limite Est dudit bâtiment, notamment la construction ou reconstruction de murs de soutènement, outre la mise en place de systèmes de captation des eaux de ruissellement. Les travaux ayant été effectués, le maire d'Arcachon a par arrêté du 5 juillet 2022, décidé de l'abrogation de l'arrêté de mise en sécurité.

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de constat d'un agent de la commune assermenté et commissionné en date du 19 octobre 2022, que les travaux entrepris par la SARL Les Vagues ont été effectivement interrompus. Si les requérant soutiennent, en s'appuyant sur le constat dressé le 10 octobre 2022 par un commissaire de justice, que les travaux ont redémarré, la seule présence d'intervenants sur le chantier, dont il ressort de éléments de l'instruction qu'ils appartiennent à une société spécialisée dans les travaux de fondation et de réparation des constructions après sinistre, ne révèlent pas une reprise de la construction.

4. Il suit de tout ce qui précède que les mesures sollicitées par le syndicat de copropriétaires de l'ensemble immobilier du 11 boulevard de l'Océan et M. B ne présentent le caractère d'utilité exigé par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Dès lors, leurs conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Arcachon et de l'Etat, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente affaire, la somme dont le syndicat de copropriétaires de l'ensemble immobilier du 11 boulevard de l'Océan et M. B demandent le paiement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune d'Arcachon et de la SARL Les Vagues présentées sur ce fondement.

ORDONNE :

Article 1er : La requête du syndicat de copropriétaires de l'ensemble immobilier du 11 boulevard de l'Océan et de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Arcachon et de la SARL Les Vagues tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat de copropriétaires de l'ensemble immobilier du 11 boulevard de l'Océan, à M. A B, à la commune d'Arcachon, à la ministre de la transition écologique et de la cohésion du territoire et à la SARL Les Vagues.

Copie sera adressée à la préfète de la Gironde

Fait à Bordeaux, le 7 novembre 2022.

Le juge des référés,

J-M. Bayle

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion du territoire en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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