jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205555 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 octobre 2022, Mme A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis à tiers détenteur qui lui a été notifié le 6 septembre 2022 par le comptable public de la trésorerie de la Force pour un montant de 347, 46 euros et relatif à un titre émis le 17 janvier 2022 par le président de la communauté de communes de Montaigne, Montravel et Gurson pour redevance incitative d'enlèvement des ordures ménagères ;
2°) d'annuler l'avis à tiers détenteur qui lui a été notifié le 3 octobre 2022 par le comptable public de la trésorerie de la Force pour un montant total de 641, 99 euros et relatif à deux titres émis respectivement les 30 janvier 2020 pour 294, 53 euros et 20 janvier 2021 pour 347, 46 euros par le président de la communauté de communes de Montaigne, Montravel et Gurson pour redevance incitative d'enlèvement des ordures ménagères ;
3°) d'enjoindre à l'administration fiscale d'apporter au dossier l'autorisation à poursuite de l'ordonnateur, les titres exécutoires litigieux, la délibération relative à l'assiette fiscale concernant les titres et le bordereau de titres de recettes signés.
Elle soutient que :
-elle n'a jamais reçu de titre exécutoire ; le titre exécutoire individuel de recette est insuffisamment motivé ;
- les titres de mise en recouvrement ne pouvaient pas être émis sans méconnaître son droit de réponse car, n'ayant jamais réceptionné de proposition de rectification définitive, elle n'a pas pu présenter ses observations ;
- les versos des saisies ne mentionnent pas le tribunal compétent ;
- le comptable a pris en charge des faux titres exécutoires ce qui privent les saisies de base légale ;
- le code général des collectivités territoriales est opposable aux collectivités territoriales ;
- les informations importantes de la base de liquidation ne respectent pas l'écriture du " corps huit ".
Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Dordogne conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens soient laissés à la charge de la requérante.
Il fait valoir que :
- à titre principal, le juge administratif est incompétent pour statuer sur la légalité de l'acte de poursuite ;
- à titre subsidiaire, la requête est infondée.
Par courrier du 3 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions dirigées contre une créance non fiscale d'une collectivité territoriale qui en outre concerne les relations entre une usagère du service public industriel et commercial et ce dernier.
Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public, présentée par Mme B a été enregistré le 7 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B réside à Lamothe Montravel, commune membre de la communauté de communes de Montaigne, Montravel et Gurson. Le président de la communauté de communes de Montaigne, Montravel et Gurson a mis à sa charge trois titres pour redevance incitative d'enlèvement des ordures ménagères en date des 30 janvier 2020, 20 janvier 2021 et 17 janvier 2022. Le centre des finances publiques de la Force a émis des saisies administratives à tiers détenteur en date des 6 septembre et 3 octobre 2022 pour obtenir le recouvrement, au profit de la communauté de communes, de Montaigne, Montravel et Gurson d'une somme totale de 1 336, 91 euros pour le paiement de la redevance incitative d'enlèvement des ordures ménagères. Mme B demande au tribunal l'annulation de ces saisies administratives à tiers détenteur.
2. Tout d'abord, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. () L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites.
Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée.
Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés :
a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ;
b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. ". Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.
3. Ensuite, les litiges individuels nés des rapports entre un service public industriel et commercial et ses usagers, qui sont des rapports de droit privé, relèvent de la compétence des juridictions judiciaires. Il n'en va autrement que pour les litiges relatifs à celles de ses activités qui, telle la réglementation, la police ou le contrôle, se rattachent, par leur nature, à des prérogatives de puissance publique.
4. En l'espèce, Mme B demande au tribunal d'annuler les avis de saisie à tiers détenteur émis chacun en exécution de titres eux-mêmes émis par le président de la communauté de communes de Montaigne, Montravel et Gurson pour redevance incitative d'enlèvement des ordures ménagères. Or, d'une part, ainsi qu'il a été dit au point 4, seul le juge de l'exécution est compétent pour connaître d'une demande d'annulation de l'acte de poursuites que constitue un avis de saisie à tiers détenteur. D'autre part, le litige soulevé par Mme B concerne les relations entre une usagère du service public industriel et commercial et ce dernier et ne ressortit dès lors pas à la compétence du juge administratif conformément au principe rappelé au point 5. Par suite, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de la demande de Mme B et la requête doit être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur départemental des finances publiques de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme D et Mme C, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
K. C
Le président,
D. FERRARI Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2205555
1
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