mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205623 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | ROSSIGNOL AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 octobre 2022, le 9 janvier 2024, le 17 octobre 2024 et le 25 novembre 2024, M. D E et Mme C A épouse E, représentés par Me Bernadou, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2021 par laquelle le maire de la commune d'Arcachon ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par M. B pour la construction d'une piscine et d'un local technique enterré sur un terrain situé 6 allée Sirius, parcelle cadastrée section BH n°11, sur la commune d'Arcachon ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Arcachon une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- la décision litigieuse a été obtenue par fraude ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UP7 du règlement du plan local d'urbanisme applicable ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UP6 du règlement du plan local d'urbanisme applicable.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 novembre 2023, 12 septembre 2024 et 27 décembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B, représenté par Me Rossignol, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 septembre 2024 et le 29 octobre 2024, la commune d'Arcachon, représentée par son maire, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 décembre 2024.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le tribunal a adressé aux parties une demande de pièce pour compléter l'instruction. Cette pièce, produite par la commune d'Arcachon le 23 janvier 2025 a été communiquée aux parties le 24 janvier 2025.
Par une lettre en date du 28 janvier 2025, les parties ont été informées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que le tribunal est susceptible de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête dans l'attente d'une éventuelle mesure de régularisation susceptible de remédier au vice tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UP7 du règlement du plan local d'urbanisme.
M. et Mme E, la commune d'Arcachon et M. B ont présenté des observations sur ce point, qui ont été respectivement enregistrées le 29 janvier 2025 et le 3 février 2025, et qui ont été communiquées.
Le 10 février 2025, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, des observations et une pièce complémentaire ont été enregistrées pour M. B. Elles n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caste, rapporteure,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- et les observations de Me Franceries pour les consorts E et de Me Caillat pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme E sont propriétaires d'une maison d'habitation située sur un terrain sis 4 allée Sirius, parcelle cadastrée BH n°19, à Arcachon. Par arrêté du 21 décembre 2021, le maire de la commune d'Arcachon ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par M. B pour la construction d'une piscine et d'un local technique enterré sur un terrain sis 6 allée Sirius, parcelle cadastrée section BH n°11. Par courrier reçu le 22 juin 2022, M. et Mme E ont formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Le silence gardé par le maire de Arcachon sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. et Mme E demandent l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Pour justifier de leur intérêt à demander l'annulation de la décision de non-opposition, M. et Mme E, qui n'ont pas à apporter la preuve du caractère certain des atteintes invoquées, font notamment état de manière vraisemblable, de ce que la piscine projetée, située à proximité immédiate de leur parcelle, est de nature à occasionner des nuisances sonores. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préjudice de vue lié à l'édification de la piscine contestée serait atténué par la seule présence entre les deux propriétés d'un chemin privé d'une largeur d'à peine 2 mètres. Dans ces conditions, alors même que cette habitation constitue une résidence secondaire, les requérants font état d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction suffisants et de nature à affecter directement les conditions d'occupation d'utilisation ou de jouissance du bien qu'ils détiennent. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut d'intérêt pour agir des requérants doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, la caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.
6. S'il ressort des éléments du dossier, en particulier du procès-verbal d'infraction établi par la commune d'Arcachon le 13 décembre 2022 et du dossier de demande préalable modificative déposé le 11 septembre 2024 que le plan de masse du dossier de demande préalable initiale comporte une erreur quant aux distances entre le projet de piscine et les limites séparatives de la parcelle, ce seul élément ne suffit pas, alors que les distances erronées figurant sur le plan sont conformes à celle du cadastre, à établir que M. B aurait procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration.
7. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article UP7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Arcachon : " V - Pour les piscines / V-1- Dans les secteurs UP1, UP2, UP3 () : / Les piscines, et leurs équipements, tels que le local technique, doivent être implantés à une distance au moins égale à 4m par rapport aux limites séparatives ". Aux termes de l'article UP6 applicable en secteur UP3 : " III-1 - implantation des constructions par rapport aux voies publiques /Les constructions, les piscines et leurs équipements, tels que le local technique, les constructions à usage d'annexes ou de stationnement, doivent être implantées à une distance au moins égale à 4m par rapport aux voies publiques. Pour les piscines, la distance est mesurée à partir de la limite en eau du bassin () III-2 - implantation des constructions par rapport aux emprises publiques () Les piscines et leurs équipements, tels que le local technique, doivent être implantés à une distance au moins égale à 2m par rapport aux emprises publiques () ".
8. D'autre part l'annexe " définition et recommandations " du règlement prévoit que " Une unité foncière est limitée par des emprises publiques et/ou des voies publiques ou privées et les lignes qui séparent une unité foncière de celles qui appartiennent à un autre propriétaire foncier sont désignées sous le terme de "limites séparatives" " et que " la limite séparative s'entend de la ligne qui sépare une unité foncière de celle qui appartient à un autre propriétaire ". Ainsi, les limites séparatives s'entendent des limites entre la propriété constituant le terrain d'assiette de la construction et la ou les propriétés qui la jouxtent, quelles que soient les caractéristiques de ces propriétés, dès lors qu'il ne s'agit pas de voies ou d'emprises publiques.
9. Il est constant que la propriété des requérants et celle de M. B sont séparés par un chemin piétonnier d'une largeur d'environ 2 mètres. Il ressort des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient le pétitionnaire, que ce chemin, qui fait partie de la parcelle cadastrée BH N°13 occupée par des espaces de circulation boisés et le lotissement de la résidence " L'Etoile ", constitue une propriété privée. Ainsi, il ne s'agit ni d'une voie publique, ni d'une emprise publique et les dispositions de l'article UP6 du règlement du plan local d'urbanisme d'Arcachon n'ont pas vocation à s'appliquer au projet. Dans ces conditions, et en application des dispositions précitées de l'article UP7 du règlement du plan local d'urbanisme, la piscine et son équipement devaient être situés à au moins 4 mètres de la limite séparative avec la parcelle BH n°13. Or, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la comparaison entre le plan de masse initial et le plan de masse du projet modifié ainsi que des déclarations du pétitionnaire et du procès-verbal d'infraction, que la distance entre le bord de la piscine et la limite de sa propriété est inférieure à 4 mètres. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté de non opposition à déclaration préalable en litige méconnait l'article UP 7 du règlement du plan local d'urbanisme.
Sur l'application de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme :
10. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
11. Il résulte de ces dispositions que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme si les conditions posées par cet article sont réunies ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
12. Toutefois, le juge ne peut faire application de ces dispositions lorsque l'autorisation d'urbanisme dont il est saisi a été obtenue par fraude.
13. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement qu'aucune fraude n'a été commise. En outre, le seul vice entachant l'arrêté litigieux et tiré de la méconnaissance de l'article UP 7 du règlement du plan local d'urbanisme présente, compte tenu de sa nature, un caractère régularisable. Les parties ayant été avisées, par un courrier du 28 janvier 2025, de la possibilité de mettre en œuvre les dispositions de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme et invitées à présenter leurs observations, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté de non opposition à déclaration préalable et de fixer à M. B un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement pour communiquer au tribunal une mesure de régularisation dudit vice.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. et Mme E, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la date de notification du jugement, dans l'attente de l'intervention d'une mesure de régularisation susceptible de remédier au vice tiré de la méconnaissance de l'article UP7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Arcachon.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, Mme C E, à M. F B et à la commune d'Arcachon.
Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Brouard-Lucas, présidente,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme Caste, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
La rapporteure,
F. CASTE
La présidente,
C. BROUARD-LUCAS
Le greffier,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
N°2205623
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026