jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205919 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Autef, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et interdit son retour pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- la compétence de son signataire n'est pas établie ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- la préfète s'est fondée sur des considérations erronées et n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- cette décision a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- cette décision n'est pas motivée ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article L. 612-2-3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne le pays de destination :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- il encourt des risques en cas de retour dans son pays.
La procédure a été communiquée à la préfète de la Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de nationalité arménienne né le 8 juin 1997, déclare être entré en France le 22 février 2018 muni d'un visa Schengen délivré par les autorités polonaises. Sa demande d'asile a été examinée en procédure accélérée et a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 janvier 2021. Par arrêté du 28 avril 2021, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal du 1er juillet 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le 7 novembre 2022, il a fait l'objet d'un contrôle et d'une vérification de son droit au séjour par les services de police à l'issue duquel, par arrêté du 8 novembre 2022, la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a interdit son retour pour une durée de deux ans. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 janvier 2023. Par suite, sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
3. Mme C D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, bénéficiait, par arrêté préfectoral du 5 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2022-196 du même jour et accessible sur le site internet de la préfecture de la Gironde, d'une délégation lui permettant de signer toutes les décisions que comporte l'arrêté contesté au nom de la préfète de la Gironde. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que si la demande d'un étranger qui a régulièrement sollicité un titre de séjour ou son renouvellement a été rejetée, la décision portant obligation de quitter le territoire français susceptible d'intervenir à son encontre doit nécessairement être regardée comme fondée sur un refus de titre de séjour, donc sur la base légale prévue au 3° de cet article. Tel est le cas, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires prévoyant qu'une décision relative au séjour devrait être regardée comme caduque au-delà d'un certain délai après son intervention, lorsqu'une décision portant obligation de quitter le territoire intervient postérieurement à la décision relative au séjour, y compris lorsqu'une nouvelle décision portant obligation de quitter le territoire intervient à l'égard d'un étranger qui s'est maintenu sur le territoire malgré l'intervention antérieure d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire.
5. Il en résulte qu'en se référant à son arrêté du 28 avril 2021 par lequel elle a rejeté la demande de titre de séjour présenté par le requérant et assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français, la préfète de la Gironde a suffisamment motivé la nouvelle obligation de quitter le territoire français édictée par l'arrêté contesté.
6. En deuxième lieu, il ressort de l'attestation établie par la tante du requérant que ce dernier vit " en partie " seulement à son domicile, de sorte que l'intéressé ne saurait reprocher à la préfète de la Gironde d'avoir commis une erreur en indiquant qu'il était sans domicile fixe. Par ailleurs, contrairement à ce qu'il soutient, la préfète n'a pas mentionné qu'il disposait d'attaches familiales en Arménie et qu'il était dépourvu de telles attaches en France, mais seulement qu'il était célibataire et sans charge de famille, qu'il ne justifiait pas de l'ancienneté de ses liens sur le territoire et qu'il ne remplissait aucune condition pour y résider. Le moyen tiré de ce que la préfète se serait fondée sur des considérations erronées s'agissant de sa vie privée et familiale en France et se serait ainsi abstenue de procéder à un examen sérieux de sa situation doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si M. B soutient qu'il n'a plus aucune attache familiale en Arménie et que sa tante est en situation régulière en France, il ressort toutefois des pièces du dossier que son entrée sur le territoire est récente et qu'il dispose d'un titre lui permettant de séjourner en Russie, où réside sa mère. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète de la Gironde aurait méconnu les stipulations précitées en décidant de l'éloigner du territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ". Enfin, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 de ce code, la décision refusant d'accorder un délai de départ doit être motivée.
11. Il ressort des termes de l'arrêté contesté qu'après avoir constaté que le requérant s'était maintenu en France malgré la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 28 avril 2021, la préfète de la Gironde s'est fondée sur les dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de lui accorder un délai de départ. Les moyens tirés de l'absence de motivation de cette décision et de ce qu'elle aurait été édictée en méconnaissance des dispositions précitées doivent en conséquence être écartés.
En ce qui concerne le pays de destination :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde doit être écarté.
13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. ".
14. M. B, dont la demande d'asile a été rejetée par les instances nationales compétentes, ne produit devant le tribunal aucun élément permettant d'établir, de manière plausible, qu'il encourrait un risque réel, actuel et personnel d'être exposé à de tels traitements en cas de retour en Arménie ou en Russie, où il est admis à séjourner. Le moyen tiré de ce que cette décision aurait été édictée en méconnaissance des stipulations précitées doit en conséquence être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde doit être écarté.
16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
17. Pour interdire le retour de M. B sur le territoire français pour une durée de deux ans, la préfète de la Gironde s'est fondée sur les circonstances que bien que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, il est sans domicile fixe et sans ressources légales en France et il ne justifie pas de l'ancienneté de ses liens sur le territoire. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que cette décision serait dépourvue de motivation et serait entachée d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme F et Mme E, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
La rapporteure,
E. F
Le président,
D. FERRARI La greffière,
C. POTTIER
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026