Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205930

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205930
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2022, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 15 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Aymard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Gironde en date du 9 novembre 2022 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français, décision refusant un délai de départ volontaire, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Gironde en date du 9 novembre 2022 portant à son encontre assignation à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* la requête est recevable ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;

* la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

* l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité par voie d'exception de l'obligation de quitter le territoire français ;

* la décision attaquée est disproportionnée dans son principe et sa durée ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;

* la décision attaquée est disproportionnée ;

* elle n'apparaît pas justifiée au regard des perspectives d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, toutes les parties ayant été invitées à prendre la parole :

* le rapport de M. Naud, premier conseiller ;

* les observations de Me Aymard, représentant M. B, qui persiste dans ses précédentes écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 30 juin 1962 et de nationalité kosovare, demande l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Gironde en date du 9 novembre 2022 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français, décision refusant un délai de départ volontaire, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans, ainsi que de l'arrêté du même jour ordonnant son assignation à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, M. C, directeur des migrations et de l'intégration, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète de la Gironde en date du 5 octobre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Gironde (recueil n° 196 du 5 octobre 2022), à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est spécifié que M. B a fait l'objet de deux arrêtés portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français le 12 mars 2018 et le 22 août 2019, qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France et ne remplit aucune condition pour y résider, qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. L'obligation de quitter le territoire français comporte donc les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. B soutient qu'il est entré en France en 2016, qu'il y travaille depuis 2019 comme "ouvrier d'exécution" et que la qualité de travailleur handicapé lui a été reconnue après un accident du travail. Toutefois, le tribunal correctionnel de Bordeaux l'a condamné, le 24 mai 2018, à six mois de prison dont quatre avec sursis pour agression sexuelle. Après le rejet de sa demande d'asile, il a fait l'objet, le 12 mars 2018 et le 22 août 2019, de deux obligation de quitter le territoire français, auxquelles il s'est soustrait. Il est célibataire et sans enfant. Il ne conteste pas ne pas avoir d'attaches familiales en France, ni que des membres de sa famille proche, notamment son épouse et leurs six enfants, vivent dans son pays d'origine, le Kosovo. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, aucun moyen d'illégalité n'est retenu à l'appui des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B contre l'obligation de quitter le territoire français, comme cela a été indiqué. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français compte tenu de l'illégalité par voie d'exception de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En second lieu, il résulte de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartenait à la préfète de la Gironde, qui n'a accordé aucun délai de départ volontaire à M. B, d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée ne pouvait excéder trois ans, sauf circonstances humanitaires.

9. Il ressort des pièces du dossier que, comme il a déjà été indiqué, M. B est présent en France depuis 2016. Il y travaille depuis 2019, mais il n'y a pas d'attaches familiales. Il a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement en 2018 et 2019 auxquelles il s'est soustrait. Il a été condamné le 24 mai 2018 par le tribunal correctionnel de Bordeaux à une peine de six mois de prison dont quatre avec sursis pour agression sexuelle. Dans ces conditions, la préfète n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

10. En premier lieu, la décision précitée de délégation de signature de la préfète de la Gironde autorisait M. C à signer également les décisions d'assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

11. En second lieu, M. B soutient que la mesure d'assignation à résidence serait disproportionnée et ne serait pas justifiée au regard des perspectives d'éloignement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai du 9 novembre 2022. Il n'est pas sérieusement contesté qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le requérant remplit les conditions pour être assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés de la préfète de la Gironde en date du 9 novembre 2022 portant à son encontre, d'une part, obligation de quitter le territoire français, décision refusant un délai de départ volontaire, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans et, d'autre part, assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B étant rejetées, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être également rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la Gironde. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022 à laquelle siégeait M. Naud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022,

Le magistrat désigné,

G. NAUD

La greffière,

C. GIOFFRÉ

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,