jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206006 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 novembre 2022, le 8 février 2023 et le 8 avril 2024, Mme C D, représentée par Me Labetoule, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Lège- Cap-Ferret a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Lège-Cap-Ferret de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai de trente jours ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lège-Cap-Ferret la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité ne disposant pas de la compétence et la délégation de signature accordée au directeur général des services est trop large ;
- elle est victime de harcèlement moral qui est établi notamment en raison de son exclusion à des réunions auxquelles elle assistait, de son affectation contre sa volonté au sein de la mairie annexe de Claouey, du retrait de son accès à son adresse mail ; ces mesures ont entrainé une perte de responsabilité et de rémunération ;
- le harcèlement est également établi par l'absence de soutien de la commune après son agression par un représentant du syndicat des forains ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article L. 133-3 du code général de la fonction publique dès lors qu'elle se fonde sur le motif de l'intérêt général pour refuser l'octroi de protection fonctionnelle ;
- la mutation était entachée d'illégalité dès lors qu'elle a été prise en considération de sa personne, qu'elle n'a pas été informée qu'elle pouvait avoir accès à son dossier et constitue une sanction disciplinaire déguisée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 et 19 février 2024 et le 6 mai 2024, la commune de Lège-Cap-Ferret, représentée par SELARL HMS Atlantique Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 4 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fernandez,
- les conclusions de M. Bilate, rapporteur public,
- les observations de Me Labetoule, représentant Mme D, et de Me Lefort, représentant la commune de Lège-Cap-Ferret.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a été recrutée par la commune de Lège-Cap-Ferret en qualité d'ajointe administrative au mois de septembre 2005. Elle a occupé le poste d'agent d'accueil à la mairie annexe de Claouey jusqu'au mois de mars 2016, date à laquelle cette annexe a été fermée. La requérante a alors été affectée au service animation et culture de la commune. Au mois de mars 2021, la mairie annexe de Claouey a rouvert et Mme D y a été de nouveau affectée. S'estimant victime de harcèlement moral, elle a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle le 15 juillet 2022. Elle demande l'annulation de la décision du 2 septembre 2022 ayant rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-19 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut donner, sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature : 1° Au directeur général des services et au directeur général adjoint des services de mairie ;() ".
3. La décision attaquée a été signée par M. A B, directeur général des services, qui en vertu d'un arrêté du maire de la commune de Lège-Cap-Ferret du 23 décembre 2021 régulièrement transmis en préfecture et affiché le même jour, disposait d'une délégation à l'effet de signer " tout acte, en toutes circonstances pour les directions placées sous sa responsabilité ". Par ailleurs la mention selon laquelle l'arrêté est signé " pour le maire empêché " est sans incidence sur la régularité de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". L'article L. 134-1 de ce même code dispose que : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre ". Selon l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".
5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. Tout d'abord, Mme D estime que les conditions de son affectation à la mairie annexe de Claouey traduisent la volonté de la commune de l'isoler. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier que la décision de rouvrir la mairie annexe de Claouey qui avait été fermée en 2016, a été prise à la suite d'un audit mené dans la commune. Le compte rendu du comité technique en date du 23 février 2021 précise que le but de cette réouverture est de permettre une plus grande proximité avec les habitants et il indique également que le poste serait pourvu par une mutation interne. Par une délibération du 25 février 2021, le conseil municipal a validé cette ouverture. La requérante a été informée de son affectation le 1er mars 2022, au cours d'un entretien, pour une prise de poste au 8 mars suivant. Il n'est pas sérieusement contesté que le choix de la commune pour affecter Mme D est justifié notamment par son expérience précédente, car elle a occupé ce poste pendant près de onze ans jusqu'à la fermeture de la mairie et par les difficultés relationnelles qu'elle rencontrait. A ce titre, il est vrai que si les bilans des années 2019 et 2020 font état de tels problèmes, le bilan 2021 ne les mentionnent plus. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que les locaux de la mairie annexe ont rapidement fait l'objet d'aménagements, le mobilier était présent avant la prise de poste de la requérante, la peinture a été refaite deux semaines après son arrivée et les difficultés quant à la ligne téléphonique, dont il n'est pas sérieusement contesté qu'elles résultent de l'opérateur et non de la commune, ont été réglées en un mois par le prêt d'un téléphone portable. Enfin, contrairement à ce que soutient la requérante, les éléments produits en défense montrent qu'elle a eu accès à sa boite mail du service d'animation au moins jusqu'au 27 avril et que par la suite, la commune a "re routé " les mails vers son autre boîte mail. Dès lors, aucun des faits allégués n'excèdent le cadre des mesures généralement prises dans le cadre d'une réorganisation de service.
7. Pour les mêmes motifs qui viennent d'être exposés, la décision du 2 mars 2021 affectant Mme D à la mairie annexe de Claouey ne peut être regardée comme une sanction disciplinaire déguisée. Par ailleurs, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que cette décision d'affectation, qui a acquis un caractère définitif, aurait été prise selon une procédure irrégulière.
8. Ensuite, la circonstance, à la supposée même établie, qu'une réunion aurait eu lieu entre des agents et un élu membre de la commission des affaires culturelles, animation, sécurité, ne permet de faire présumer l'existence d'une campagne de dénigrement à l'encontre de la requérante.
9. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche de poste de l'intéressée qu'elle a conservé une partie des fonctions qu'elle avait lorsqu'elle était affectée au service animation. Si elle estime avoir perdu un certain nombre d'attribution, elle n'apporte toutefois aucun élément permettant de faire présumer que la différence entre les tâches de son poste précédent et celles de son poste actuel, irait au-delà de ce qu'implique nécessairement un changement de fonction dans le cadre d'une mutation sur un poste différent. De plus, il n'est pas sérieusement contesté que lors des élections municipales la requérante n'était pas la seule concernée par une participation seulement à deux tours et non plus à quatre. En outre, la baisse du nombre d'heures supplémentaires résulte là encore du changement d'emploi de l'intéressée et non d'une décision de la commune visant à la priver de certain avantage. De même, les comptes rendus de la commission des affaires culturelles montrent qu'elle a participé aux réunions à chaque fois que les agents étaient conviés. Il ressort en effet des pièces du dossier que les réunions auxquelles la requérante n'a pas assisté concernaient les élus et les cadres. Enfin, si elle soutient que le maire lui avait promis une affectation à la maison France services, il ressort notamment du courrier du 2 mars 2021 et de la fiche de poste qu'il s'agissait seulement d'une possibilité.
10. En outre, suite à l'agression verbale par un représentant des forains dont a été victime Mme D, sa supérieure hiérarchique l'a soutenu et le directeur général adjoint s'est entretenu avec elle par téléphone. La circonstance qu'au cours de cet appel ce dernier ait également souhaité parler du mail adressé par la requérante le 28 juillet 2021 à de nombreux agents de la commune ne permet pas à elle seule d'établir que la collectivité n'aurait pas tenu compte de la situation. De plus, le maire de la commune a proposé à la requérante un suivi psychologique. Enfin si la requérante reproche à la commune de ne pas l'avoir accompagné en utilisant la protection fonctionnelle, elle n'allègue pas qu'elle en aurait demandé le bénéfice.
11. Enfin, il ressort des pièces du dossier et notamment des documents médicaux que Mme D souffre d'une pathologie en lien avec le travail. Toutefois, ces documents évoquent un épuisement professionnel sans pour autant établir un lien avec une possible existence de harcèlement moral.
12. Ainsi, les éléments de fait soumis par la requérante, qui pour l'essentiel d'entre eux peuvent être regardés comme des mesures prises dans le cadre de la réorganisation des services de la commune, ne sont pas de nature à caractériser une situation de harcèlement moral. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait subi des faits constitutifs de harcèlement moral de nature à justifier l'octroi de la protection fonctionnelle.
13. En troisième et dernier lieu, la simple circonstance que la commune ait ajouté que la décision de refus attaquée a également été prise pour un motif d'intérêt général n'est pas de nature à caractériser une erreur de droit d'autant que comme il a été dit, aucun des faits allégués n'est de nature à caractériser l'existence d'un harcèlement moral la décision contestée a alors, pu être légalement prise. Au surplus la décision attaquée mentionne bien qu'aucun des faits allégués n'est de nature à caractériser l'existence d'un harcèlement moral.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 septembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lège-Cap-Ferret, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur ce fondement. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de Mme D la somme de 1 500 euros à verser à la commune au titre de ces mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Mme D versera à la commune de Lège-Cap-Ferret la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et à la commune de Lège-Cap-Ferret.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
M. Fernandez, premier conseiller,
M. Boutet-Hervez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
Le rapporteur,
D. Fernandez
Le président,
D. KatzLa greffière,
S. Fermin
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026