Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206091

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantOYIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2022 à 14h52, M. G C, représenté par Me Iréné Oyie, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit à défaut se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la signataire de l'arrêté n'est pas compétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée à son bénéfice ;

- la notification de l'arrêté est irrégulière ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'aucun hébergement ne lui a été proposé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle n'a pas pris en compte sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2022 à 16h30, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer en application des

dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 novembre 2022 à 11h :

- le rapport de M. Bongrain, magistrat désigné ;

- les observations de M. C, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- la préfète de la Gironde n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C, ressortissant algérien né le 17 décembre 1996, est entré en France en 2017 selon ses déclarations. Il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français les 17 mars 2019 et 19 avril 2021 et a déjà été condamné à plusieurs reprises par le tribunal correctionnel de Bordeaux les 26 juillet 2020, 25 novembre 2020, 26 octobre 2021, 28 avril 2021 et 17 juin 2021 à diverses peines d'emprisonnement. Par un arrêté du 17 novembre 2022, notifié le lendemain à 10h15, dont il demande l'annulation, la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit à défaut se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, par un arrêté du 5 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-196 du même jour, la préfète de la Gironde a donné, en des termes suffisamment précis, délégation de signature à Mme D E, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux et signataire des arrêtés attaqués, à l'effet de signer les décisions de la nature de celles en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Dès lors, M. C ne peut utilement se prévaloir de l'irrégularité des conditions dans lesquelles l'arrêté en litige lui a été notifié.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce qu'aucun hébergement ne lui a été proposé pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit par suite être écarté.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G C, à Me Oyie et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

A. B La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à

tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,