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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206204

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206204

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a annulé la décision du 17 novembre 2022 par laquelle le directeur du CNAPS refusait à M. B une autorisation provisoire d'accès à la formation aux métiers de la sécurité privée. Le tribunal a jugé que le CNAPS ne pouvait légalement fonder son refus sur des faits inscrits au fichier TAJ, dès lors que ces données faisaient l'objet d'une mention empêchant leur consultation dans le cadre d'une enquête administrative, conformément à l'article 230-8 du code de procédure pénale. En conséquence, le tribunal a enjoint au CNAPS de délivrer l'autorisation sollicitée, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2022, M. A B, demande au tribunal d'annuler la décision du 17 novembre 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire d'accès à la formation professionnelle aux métiers de la sécurité privée.

Il soutient que le directeur du CNAPS ne pouvait pas légalement fonder sa décision sur les faits inscrits au fichier " traitement d'antécédents judiciaires " le concernant dès lors qu'ils faisaient l'objet d'une mention empêchant leur consultation dans le cadre d'une enquête administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par M. B n'est pas fondé.

Par une lettre du 5 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'enjoindre d'office au CNAPS, sur le fondement de l'article L. 911-1 du même code, de délivrer à M. B l'autorisation sollicitée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- les conclusions de M. Romain Roussel Cera, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité le 20 juillet 2022 la délivrance d'une autorisation préalable, prévue par l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure, afin d'effectuer une formation en vue d'obtenir la certification permettant de présenter une demande de carte professionnelle pour exercer la profession d'agent privé de sécurité. Par une décision du 17 novembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L.612-20. ()". Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : "Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : ()2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ". En vertu du deuxième alinéa du paragraphe I de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, cette enquête peut s'accompagner de la consultation " / () des traitements automatisés de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification / () ", parmi lesquels figure le traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) défini aux articles R. 40-23 à R. 40-34 du code de procédure pénale.

3. Aux termes de l'article 230-8 du code de procédure pénale : " En cas de décision de non-lieu ou de classement sans suite, les données à caractère personnel concernant les personnes mises en cause font l'objet d'une mention, sauf si le procureur de la République ordonne l'effacement des données à caractère personnel. Lorsque les données à caractère personnel relatives à la personne concernée font l'objet d'une mention, elles ne peuvent faire l'objet d'une consultation dans le cadre des enquêtes administratives prévues aux articles L. 114-1 et L. 234-1 à L. 234-3 du code de la sécurité intérieure et à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. Les décisions du procureur de la République prévues au présent alinéa ordonnant le maintien ou l'effacement des données à caractère personnel ou ordonnant qu'elles fassent l'objet d'une mention sont prises pour des raisons liées à la finalité du fichier au regard de la nature ou des circonstances de commission de l'infraction ou de la personnalité de l'intéressé. () ".

4. Il résulte des dispositions du code de procédure pénale précitées que, dans le cadre d'une enquête administrative menée pour la délivrance d'une autorisation préalable à l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle pour exercer une activité de sécurité privée, les données à caractère personnel concernant une personne mise en cause qui figurent le cas échéant dans le traitement des antécédents judiciaires ne peuvent être consultées lorsqu'elles ont fait l'objet d'une mention, notamment à la suite d'une décision de non-lieu ou de classement sans suite. Aucun texte ne permet de déroger à cette interdiction. Lorsque les données à caractère personnel ne sont pas assorties d'une telle mention les personnels mentionnés au point 2 peuvent les consulter.

5. L'autorité compétente ne peut légalement fonder le rejet de la demande d'autorisation préalable prévue par les dispositions de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure précitées sur des informations qui seraient uniquement issues d'une consultation des données personnelles figurant dans le traitement des antécédents judiciaires à laquelle elle aurait procédé en méconnaissance de l'interdiction mentionnée au point 4.

6. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer l'autorisation préalable sollicitée par M. B, le CNAPS s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé a été mis en cause le 22 septembre 2021 en qualité d'auteur de faits de délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre et circulation avec un véhicule à moteur sans assurance. Dans ses écritures en défense, le CNAPS fait valoir qu'il a eu connaissance de ces faits grâce à la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) réalisée par les services de police saisis en ce sens. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, par une décision du 27 mai 2022, le Procureur de la République du tribunal judiciaire de Toulouse a précisé que les faits de délit de fuite et de défaut d'assurance commis le 22 septembre 2021 par M. B seraient conservés sous la forme d'une mention dans le fichier TAJ aux termes de laquelle ils ne pourraient pas être consultés dans le cadre d'une enquête administrative. Dans ces conditions, le directeur du CNAPS ne pouvait légalement fonder sa décision sur ces informations.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 17 novembre 2022 par laquelle le directeur du CNAPS a refusé de délivrer à M. B une autorisation préalable d'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle pour exercer les fonctions d'agent de sécurité doit être annulée.

Sur l'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le CNAPS, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, autorise M. B à accéder à une formation d'agent privé de sécurité dans un délai d'un mois à compter de la notification jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 novembre 2022 du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. B l'autorisation nécessaire à l'accès à une formation professionnelle dans le domaine des activités de sécurité privée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Chauvin, présidente,

- Mme Ballanger, première conseillère ;

- Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure

M. BALLANGER La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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