Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206329

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 19 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Aymard, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution du refus de titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " que la préfète de la Gironde lui a opposé par arrêté du 15 novembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa demande et de lui délivrer sous huit jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à temps plein, valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond ;

3°) de mettre la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- de nationalité sénégalaise, elle est entrée sur le territoire français le 17 septembre 2020 pour suivre la première année du master 1 de finance d'entreprise au sein de l'INSEEC, qu'elle a validée et complétée par la deuxième année du master, option " Banque d'affaires et ingénierie financière ", dans le même établissement ainsi que dans le cadre d'un contrat d'apprentissage auprès de la caisse régionale de crédit agricole pendant la période de septembre 2021 à août 2022 ;

- son master correspond à la certification professionnelle " expert en analyse financière " ;

- jusqu'alors titulaire d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ", elle a déposé une demande de titre portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " le 29 septembre 2022, dès qu'elle a obtenu la justification de la réussite au master ;

- la requête au fond a été présentée en temps de droit ;

- concernant un titre de séjour " recherche d'emploi - création d'entreprise ", titre qui s'inscrit dans la continuité de la carte portant la mention " étudiant ", sa demande doit être analysée comme une demande de renouvellement et la condition d'urgence est, dès lors, présumée satisfaite ;

- en outre, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile reconnaît, au regard des termes de l'article R. 422-12, un caractère d'urgence à la délivrance de cette catégorie de titre ;

- enfin, en la privant de la possibilité de travailler, la décision de refus de titre de séjour porte une atteinte immédiate et suffisamment grave à ses intérêts tant personnels que professionnels ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'erreur de droit dans l'application de l'article L. 422-10 du code précité dès lors que le diplôme qu'elle a obtenu est classé au niveau 7 dans le répertoire national des certifications professionnelles ;

- l'arrêté du 6 décembre 2022 de la préfète de la Gironde emporte abrogation de la seule obligation de quitter le territoire français dont elle faisait l'objet et aucun récépissé de demande de titre ne lui a d'ailleurs été délivré.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au non-lieu à statuer sur la requête, en faisant valoir que l'arrêté du 15 novembre 2022 a été abrogé par arrêté du 6 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 décembre 2022 à 14h30, ont été entendus :

- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;

- les observations de Me Aymard, représentant Mme A, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de cette dernière.

La préfète de la Gironde n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme B A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution du refus de titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " que la préfète de la Gironde lui a opposé par arrêté du 15 novembre 2022. En défense, la préfète de la Gironde conclut au non-lieu à statuer sur la requête en faisant valoir que, par arrêté du 6 décembre 2022, elle a abrogé la décision contestée.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Pour l'application des dispositions précitées, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui était titulaire d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 14 octobre 2022, a sollicité le 29 septembre précédent son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui précise les conditions de prolongation du séjour des étudiants et chercheurs par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ". Cette dernière carte entre dans la catégorie des titres de séjour pour motif d'études définie au chapitre II du titre II du livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A doit donc être regardée comme ayant demandé un renouvellement de sa carte de séjour d'étudiant.

5. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'arrêté du 15 novembre 2022 de la préfète de la Gironde qui opposait à Mme A notamment le refus de titre de séjour en litige a été abrogé dans toutes ses dispositions par " arrêté du 6 décembre 2022 ", signé le 5 décembre. Dès lors que le refus de titre de séjour n'est plus exécutoire, les conclusions tendant à sa suspension sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus d'utilité à y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. La présente ordonnance, qui prononce un non-lieu à statuer sur la demande de suspension, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de Mme A aux fins d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

7. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 800 euros à Mme A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens,

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de Mme B A.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 800 euros à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la préfète de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 28 décembre 2022.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,