lundi 2 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206455 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 29 décembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Marée Océan et Mme B C épouse A, représentées par la SELARL Caroline Laveissière, avocat, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 5 décembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Blaye a rejeté la demande d'attribution de l'emplacement de la SARL Marée Océan sur le marché de la commune au successeur qu'elle a présenté ;
2°) d'enjoindre à la commune de Blaye, à titre principal, de subroger le successeur présenté dans les droits de Mme C épouse A, gérante de la SARL Marée Océan, en attribuant à ce dernier l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public dont elle bénéficie, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de transfert, en toute hypothèse, dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Blaye une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SARL Marée Océan et Mme B C épouse A soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision, qui fait obstacle à la réalisation de la condition suspensive dont est assortie la promesse de vente du fonds de commerce de poissonnerie mobile qu'exerce la SARL et qui se traduit par une réduction significative de la valeur du fonds, porte une atteinte immédiate et suffisamment grave aux intérêts de la société comme aux intérêts personnels de la gérante, qui ne peut plus assumer la charge de l'exploitation ;
- pour contester l'existence d'une situation d'urgence, la commune de Blaye ne saurait arguer ni de la caducité de la promesse de vente, qui a été prorogée jusqu'au 13 janvier 2023, ni d'une éventuelle méconnaissance des stipulations de cet acte relatives à la prorogation dès lors qu'elle n'est pas partie au contrat ;
- la décision, qui repose sur une erreur de fait quant à la date d'attribution de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 2224-18-1 du code général des collectivités territoriales et de l'article 23 du règlement du marché, dont les conditions pour présenter un successeur sont remplies ;
- elle justifie être titulaire d'une autorisation d'occupation temporaire depuis au moins sept ans.
Par mémoires en défense enregistrés le 28 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 29 décembre 2022, la commune de Blaye, représentée par la SARL Boissy Avocats Associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la SARL Marée Océan de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Blaye fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie du fait, d'une part, de la caducité de la promesse de vente du 8 septembre 2022 depuis le 21 décembre, d'autre part, du propre comportement de la SARL qui s'est placée elle-même dans une situation d'urgence ;
- les moyens invoqués ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que la SARL Marée Océan n'est titulaire d'aucune autorisation d'occupation temporaire sur le marché de la commune.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 29 décembre 2022 à 14h30, ont été entendus :
- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;
- les observations de Me Laveissière, représentant la SARL Marée Océan et Mme C épouse A, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de ces dernières ;
- les observations de Me Boissy, représentant la commune de Blaye, qui a repris les moyens en défense opposés par cette collectivité.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, la société à responsabilité limitée (SARL) Marée Océan et Mme B C épouse A, sa gérante, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 5 décembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Blaye a rejeté la demande d'attribution de l'emplacement de la SARL Marée Océan sur le marché de la commune au successeur qu'elle a présenté.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. Pour l'application des dispositions précitées, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés à jour au 20 novembre 2022, que la SARL Marée Océan a été créée le 10 mars 2015 pour l'exercice, notamment, d'une activité de commerce de détail, de gros et de demi gros de tous produits de la mer. Il est constant qu'elle exerce son activité sur trois marchés de plein air, notamment celui de la commune de Blaye. Cette société a conclu une promesse de cession de son fonds le 8 septembre 2022, sous condition suspensive à la charge du promettant, d'obtention de toutes les autorisations administratives ou d'accomplissement de toutes les formalités concernant le transfert des autorisations d'occupation du domaine public relatif aux emplacements sur les marchés. Cette promesse a d'abord a été confirmée le 28 novembre 2022 avec une date d'échéance fixée au 21 décembre suivant. Puis, par un accord du 8 décembre 2022, qui est dépourvu d'équivoque, les parties, qui ont réitéré leur intention de réaliser l'opération envisagée le 8 septembre 2022, ont décidé de reporter la date d'échéance au 13 janvier 2023. Il résulte par ailleurs des éléments produits, qui ne sont pas sérieusement contestés, que, pour l'exercice clos au 30 septembre 2022, le chiffre d'affaires réalisé par la SARL Marée Océan sur le site de Blaye représente plus de 47 % de son chiffre d'affaires total. Dans ces conditions, le refus du maire de Blaye d'attribuer l'emplacement de cette société au successeur que celle-ci a présenté, bénéficiaire de la promesse, a nécessairement pour effet une perte de valeur du fonds très significative. Dès lors, la décision en litige porte aux intérêts des requérantes une atteinte immédiate et suffisamment grave, qui ne résulte pas de leur fait, pour que la condition d'urgence, qui doit s'apprécier concrètement, soit remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux :
5. En l'état de l'instruction, le moyen invoqué par la SARL Marée Océan et Mme C épouse A et tiré de l'erreur de droit dans l'application de l'article L. 2224-18-1 du code général de collectivités territoriales et de l'article 23 du règlement du marché de la commune de Blaye est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 5 décembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Blaye a rejeté la demande d'attribution de l'emplacement de la société au successeur qu'elle a présenté.
6. La commune de Blaye demande, il est vrai, que soit substitué au motif initial de la décision contestée, le motif tiré de ce que la SARL Marée Océan ne peut justifier être titulaire d'une autorisation d'occupation du domaine public sur le marché, occupant en réalité l'emplacement qui a été attribué à la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) A Pierre Marée en janvier 2014. Mais, d'une part, il n'est pas contesté que cette société a été placée en redressement judiciaire par jugement du 5 février 2014 du tribunal de commerce de Bordeaux puis radiée du registre des métiers le 24 août 2015 et du registre du commerce et des sociétés le 8 juin 2018. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, conformément à l'article 9 du règlement général de fonctionnement des marchés de Blaye du 6 juillet 2021, la SARL Marée Océan a acquitté régulièrement " l'abonnements qui procure à son titulaire un emplacement déterminé ". La commune ne saurait sérieusement faire valoir qu'elle ignorait que la SARL Marée Océan occupait l'emplacement en cause, compte tenu des formalités prévues pour l'obtention d'un abonnement ; en outre, ainsi qu'il a été dit, cette société justifie du paiement des droits afférents aux abonnements et ce, depuis une période antérieure au règlement précité. La commune ne peut non plus arguer de la méconnaissance par la SARL Marée Océan de la procédure organisée par les articles 11 et 13 dudit règlement du 6 juillet 2021, qui n'était pas applicable à la date à laquelle elle a succédé dans l'emplacement antérieurement attribué à la SASU A Pierre Marée. Par suite, il ne ressort pas à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que le motif invoqué en dernier lieu par la commune de Blaye soit susceptible de fonder légalement la décision en litige.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Marée Océan et Mme C épouse A sont fondées à demander la suspension de l'exécution de la décision du 5 décembre 2022 du maire de Blaye rejetant la demande d'attribution de l'emplacement de la SARL Marée Océan sur le marché de la commune au successeur qu'elle a présenté.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Si l'article 23 du règlement précité prévoit que " L'abonné depuis au moins trois ans et bénéficiant d'une autorisation d'occupation d'un emplacement peut présenter au Maire une personne comme successeur en cas de cession du fond " et que " cette personne sera alors, en cas d'acceptation par le Maire, subrogée dans les droits et obligations du titulaire ", ces dispositions ne confère pas au titulaire de l'emplacement le droit de choisir son successeur, ainsi qu'il résulte de l'avant dernier alinéa de cet article. Dans ces conditions, les conclusions de la SARL Marée Océan et de Mme C épouse A tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de Blaye d'attribuer l'emplacement en cause au successeur présenté ne peuvent être accueillies. En revanche, la suspension de l'exécution de la décision du 5 décembre 2022 ayant pour effet de ressaisir le maire de la demande de désignation du successeur formulée le 4 octobre 2022 par Mme C épouse A, en sa qualité de gérante de la SARL Marée Océan, il y a lieu d'enjoindre à l'autorité municipale de réexaminer cette demande et ce, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SARL Marée Océan, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont la commune de Blaye demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette collectivité le versement d'une somme globale de 1 500 euros à la SARL Marée Océan et Mme C épouse A, conjointement, sur ce fondement.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 5 décembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Blaye a rejeté la demande d'attribution de l'emplacement de la SARL Marée Océan sur le marché de la commune au successeur qu'elle a présenté est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Blaye de réexaminer la demande du 4 octobre 2022 de la SARL Marée Océan et ce, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Blaye versera la somme globale de 1 500 euros à la SARL Marée Océan et Mme C épouse A, conjointement, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Marée Océan et Mme B C épouse A, et à la commune de Blaye.
Fait à Bordeaux, le 2 janvier 2023.
Le juge des référés,
J-M. BAYLE La greffière,
C. GIOFFRE
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026