jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206596 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 décembre 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 23 janvier 2023 et le 26 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Lassort, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- la compétence de son signataire n'est pas établie ;
En ce qui concerne le refus de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- cette décision a été édictée en méconnaissance de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2023, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F ;
- et les observations de Me Lassort, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant de nationalité algérienne, né le 8 décembre 1997, est entré en France en dernier lieu le 11 décembre 2018 avec un visa court séjour valable pour une durée de quinze jours, à l'expiration duquel il s'est maintenu en situation irrégulière. Il a bénéficié de titres de séjour en raison de son état de santé à compter du 8 juillet 2019, dont le dernier expirait le 7 mars 2022. Le 8 janvier 2022, il en a sollicité le renouvellement. Par l'arrêté contesté du
15 novembre 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
3. M. B D, directeur des migrations et de l'intégration, bénéficiait, par arrêté préfectoral du 5 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs
n° 33-2022-196-1 du même jour, et accessible sur le site internet de la préfecture de la Gironde, d'une délégation lui permettant de signer toutes les décisions que comporte l'arrêté en litige au nom de la préfète de la Gironde, sans que l'exercice de cette délégation soit conditionné par l'absence ou l'empêchement d'autres autorités. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de séjour :
4. En premier lieu, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que la préfète de la Gironde a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle et familiale du requérant au vu des éléments communiqués par ce dernier, à l'exclusion de ceux qui étaient couverts par le secret médical et dont il n'est pas établi qu'elle ait eu connaissance, et qu'elle a mentionné les considérations de fait sur lesquelles elle s'est fondée pour rejeter la demande de titre de séjour qu'il lui avait présentée sur le fondement des dispositions de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien, exclusivement applicable à la demande de titre de séjour présentée par le requérant : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de la Gironde a consulté le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui, par un avis émis le
22 juillet 2022, a considéré que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale et que le défaut de celle-ci était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement du traitement approprié dans son pays d'origine. Si le requérant produit devant le tribunal divers certificats médicaux établissant qu'il souffre de troubles vésico-sphinctériens sévères qui nécessitent des injections de toxine botulique tous les six mois sous anesthésie locale, l'examen régulier de ses urines ainsi que la prescription fréquente de laxatifs et d'antibiotiques, il ne produit aucune pièce démontrant qu'il ne pourrait effectivement bénéficier de ces soins en Algérie. Le moyen tiré de ce que la préfète de la Gironde aurait méconnu les stipulations précitées en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'elles prévoient doit en conséquence être écarté.
7. En troisième lieu, M. C n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il ne peut dès lors utilement faire grief à la préfète de la Gironde d'avoir refusé de lui délivrer un tel titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article
L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne lui sont en outre pas applicables.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si le requérant a bénéficié de titres de séjour lui permettant de recevoir des soins médicaux en France, il ressort de ce qui a été dit précédemment qu'il peut bénéficier de ces soins dans son pays d'origine. Par ailleurs, les circonstances que son oncle et sa tante résident en France et qu'il a exercé une activité professionnelle de peintre pendant la durée de ce séjour ne sauraient à elles seules établir que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouverait désormais sur le territoire, de sorte que la décision refusant de lui accorder le renouvellement de son droit au séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour sur laquelle elle se fonde doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et tendant à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme F et Mme E, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
E. F
Le président,
D. FERRARI La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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