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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206597

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206597

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2022, complété par des pièces enregistrées le 2 février 2023, M. A C, représenté par Me Trebesses, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 300 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relatif à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la préfète de la Gironde n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur de fait ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

- l'arrêté contesté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que ses parents et frères et sœurs résident en France, et que son épouse est titulaire d'un titre de séjour ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de nationalité turque né le 5 mars 2000, a demandé le 20 janvier 2020, après son entrée sur le territoire français, le bénéfice de l'asile. Sa demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 juin 2022. Le recours contre cette décision a été rejeté par le 7 novembre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 29 novembre 2022, la préfète de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour de deux ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme B N' Guyen, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique à la préfecture de la Gironde, qui a signé l'acte attaqué, bénéficiait, par arrêté de la préfète du 5 octobre 2022 régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs n° 33-2022-196 de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer " toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI, et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les mesures contestées par le requérant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation du requérant et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La préfète de la Gironde énonce notamment que la demande d'asile présentée par l'intéressé a fait l'objet d'un refus, d'abord par l'OFPRA, puis par la CNDA. La décision précise ensuite les conditions d'entrée et de séjour en France du requérant et examine les principaux éléments relatifs à sa vie privée et familiale. Il est notamment fait état de ce qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, qu'il ne justifie pas être isolé dans son pays d'origine, ni avoir rompu tout lien avec celui-ci, qu'il ne démontre pas qu'il serait dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans, qu'il ne fait valoir aucun élément justifiant son intégration dans la société française qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement M. C en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision. Par ailleurs, en prenant en considération l'ensemble des éléments précités de la situation du requérant, la préfète de la Gironde doit être regardée comme ayant procédé à un examen suffisant de la situation du requérant. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent, dès lors, être écartés.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que conformément à ce qu'il prétend, M. C est bien marié depuis le 30 juillet 2022 avec une compatriote qui réside régulièrement en France dans l'attente du renouvellement de son titre de séjour dont la validité a expiré le 17 septembre 2021. Il produit également au dossier un certificat de grossesse de son épouse, avec un terme théorique le 8 avril 2023. Ainsi, en indiquant que le requérant est " célibataire et sans charge de famille en France ", la préfète de la Gironde a commis une erreur de fait. Toutefois, à la date de l'arrêté attaqué, le mariage de M. C était extrêmement récent, et il résulte de l'instruction que la préfète de la Gironde aurait pris la même décision si elle en avait tenu compte. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C se fait valoir qu'il ne dispose plus d'attaches familiales dans son pays d'origine, sa famille résidant désormais en France, ce qui rendrait tout retour en Turquie inenvisageable. Ainsi qu'il a été dit au point 4, il ressort des pièces du dossier que le requérant est marié depuis le 30 juillet 2022 avec une compatriote, résidente régulière sur le territoire français dans l'attente du renouvellement de son titre de séjour. Il est également établi que M. C et son épouse attendent un enfant, avec un terme théorique le 8 avril 2023. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les parents ainsi que des frères et sœurs du requérant sont présents en France. Cependant, seule l'une de ses sœurs est en situation régulière, et son père fait l'objet, par arrêté du 24 novembre 2021, d'un refus de titre de séjour au titre de l'asile assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours. En outre, sa compagne est également ressortissante turque, et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reforme dans leur pays d'origine. De plus, l'intéressé est entré récemment en France et n'a été autorisé à y séjourner que le temps de l'instruction de sa demande d'asile, laquelle a été définitivement rejetée par la CNDA. Par suite, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

8. M. C, soutient craindre d'être exposé à des persécutions ou à une atteinte grave du fait des autorités en cas de retour en Turquie. Toutefois, et alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA, il n'apporte aucun élément de nature à établir la vérité ou l'actualité de ces risques. Ainsi, en prenant la décision fixant le pays de destination, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2022.

Sur le surplus des conclusions :

10. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La magistrate désignée,

F. D La greffière,

S. CASTAIN La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2206597

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