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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206648

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206648

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné la requête de M. B contestant le refus du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de lui délivrer l'autorisation préalable d'accès à une formation d'agent de sécurité privée, fondée sur l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure. Le tribunal a rejeté l'exception d'incompétence territoriale soulevée par le CNAPS, jugeant que le litige relevait de sa compétence en application de l'article R. 312-1 du code de justice administrative, faute de lien avec un établissement ou une activité professionnelle existante. Sur le fond, le tribunal a annulé la décision de refus, estimant que le CNAPS avait commis une erreur d'appréciation en ne démontrant pas que les condamnations de M. B étaient incompatibles avec l'exercice des fonctions visées. Il a enjoint au CNAPS de délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai d'un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 décembre 2022 et le 10 juillet 2024, M. B doit être lu comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 2 décembre 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer l'autorisation préalable pour l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent de sécurité privée prévue par l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure.

Il soutient que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut, à titre principal, à l'incompétence du tribunal administratif de Bordeaux et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que le tribunal administratif de Pau est territorialement compétent en application de l'article R. 312-8 du code de justice administrative et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 4 juillet 2024, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre d'office au directeur du CNAPS de délivrer à M. A B l'autorisation préalable prévue par l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure pour l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lorrain Mabillon ;

- et les conclusions de M. Roussel Cera, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité le 20 septembre 2022 une autorisation préalable d'accès à une formation d'agent privé de sécurité. Par une décision du 2 décembre 2022, le directeur du CNAPS a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, M. B doit être lu comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur l'exception d'incompétence territoriale :

2. Aux termes de l'article R. 312-10 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux législations régissant les activités professionnelles, notamment les professions libérales, les activités agricoles, commerciales et industrielles, la réglementation des prix, la réglementation du travail, ainsi que la protection ou la représentation des salariés, ceux concernant les sanctions administratives intervenues en application de ces législations relèvent, lorsque la décision attaquée n'a pas un caractère réglementaire, de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve soit l'établissement ou l'exploitation dont l'activité est à l'origine du litige, soit le lieu d'exercice de la profession. () ". Aux termes de l'article R. 312-1 du même code : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par les dispositions de la section 2 du présent chapitre ou par un texte spécial, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée. () ".

3. La requête de M. B tend à l'annulation d'une décision du directeur du CNAPS prise en application d'une législation régissant les activités professionnelles, et plus particulièrement l'activité privée de sécurité. Cette décision ne présentant pas un caractère réglementaire, le présent litige relève, en vertu des dispositions précitées, de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve soit l'établissement ou l'exploitation dont l'activité est à l'origine du litige, soit le lieu d'exercice de la profession. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, faute de se rattacher soit à l'exercice d'une activité professionnelle existante, soit à une promesse d'embauche actuelle, ces dispositions ne peuvent trouver à s'appliquer à la présente instance. Dès lors, le tribunal administratif compétent est déterminé conformément aux dispositions de l'article R. 312-1 du code de justice administrative, c'est-à-dire au regard du siège de l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée. En l'espèce, la décision attaquée ayant été prise, pour le directeur du CNAPS, par le délégué territorial de la délégation Sud-Ouest, le présent litige relève, en application des dispositions des articles R. 312-1 et R. 221-3 du code de justice administrative, de la compétence du tribunal administratif de Bordeaux, dans le ressort duquel se situe le siège de la direction territoriale Sud-Ouest du CNAPS.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20. () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".

5. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable pour l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent de sécurité privée, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

6. Pour rejeter la demande d'autorisation formée par M. B, le directeur du CNAPS s'est fondé sur ce que l'intéressé a été mis en cause en qualité d'auteur de faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis le 22 octobre 2017, et en qualité d'auteur de faits de prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites contre lui, commis le 5 février 2014. Cependant, d'une part, si les faits de violences sur conjoint sont inscrits au fichier des antécédents judiciaires de l'intéressé, il ne ressort pas de ce fichier que M. B ait été mis en cause en qualité d'auteur, ce qu'il conteste et ce que la capture d'écran produite par le CNAPS d'un email du parquet du tribunal judiciaire de Vannes, qui fait état d'un classement sans suite avec rappel à la loi sans préciser les faits ni la personne concernés, ne permet pas de vérifier. En tout état de cause, ces éléments, quand bien même ils permettraient de regarder la matérialité de ces faits comme établie, ne permettent pas d'apprécier précisément les circonstances de leur commission, alors qu'il s'agit de faits anciens, commis cinq ans avant la décision attaquée, et isolés. D'autre part, si les faits de prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites contre lui sont reconnus par le requérant, ils sont également anciens à la date de la décision en litige et le CNAPS ne produit aucun élément permettant d'apprécier les circonstances de leur commission, alors qu'elles n'ont pas fait l'objet de poursuites pénales. Dans ces conditions, le directeur du CNAPS a fait une inexacte application des dispositions précitées, en estimant, par sa décision du 2 décembre 2022, que le comportement de M. B était incompatible avec l'activité d'agent de sécurité privée.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 décembre 2022 ayant refusé de lui délivrer l'autorisation préalable pour l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle prévue par l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure.

Sur l'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, sauf changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que l'autorisation sollicitée soit délivrée au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre d'office au directeur du CNAPS de délivrer cette autorisation à M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité du 2 décembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer l'autorisation préalable pour l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent de sécurité privée prévue par l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure à M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme Ballanger, première conseillère,

Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

A. LORRAIN MABILLON La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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