Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300016
jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300016 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 janvier 2023, M. B E et M. C E et Mme D E, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Lugos a refusé un permis de construire à Mme F en vue de la réalisation d'une maison individuelle sur un terrain situé B n°2499, route de Brana;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Lugos d'instruire et de délivrer un permis de construire dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
-ils justifient d'un intérêt à agir;
-la condition d'urgence est remplie car la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à leurs intérêts, dès lors qu'ils sont débiteurs d'une succession d'un montant considérable et impossible à financer du fait de la survivance de l'usufruitière. Ils sont contraints de payer d'importants droits de succession d'ici le 28 janvier 2023. Ils ne peuvent bénéficier d'aucun abattement fiscal. Seule la vente de ce terrain leur permettrait de financer les droits de succession.
- un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée existe dès lors qu'aucune demande de pièce complémentaire n'a été formulée en application de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme ;
-la décision attaquée méconnaît l'article L. 341-1 du code forestier ;
-le projet a fait l'objet d'un avis conforme de la préfète de la Gironde ;
-le terrain d'assiette du projet est d'une superficie inférieure au seuil minimal de sujétions à autorisation de défrichement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
-le code forestier ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Selon l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Enfin, en vertu de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 " ; qu'enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés est appelé à se prononcer.
3. En l'espèce, pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence, les requérants soutiennent que la décision attaquée est de nature à les empêcher de mener à bien la vente de ce terrain. Ils exposent que le prix de cette vente est destiné à régler les droits de succession qu'ils doivent verser avant le 28 janvier 2023, suite au décès de leur mère et épouse survenu le 28 juillet 2022. Toutefois, pour établir leurs difficultés financières, ils se bornent à produire une attestation notariale datée du 10 novembre 2022, qui ne précise pas le montant des droits de succession qui serait dû et qui n'est pas de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas, en l'état de l'instruction, une atteinte suffisamment grave et immédiate à leurs intérêts pour que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée que la requête doit être rejetée, ainsi que les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par voie de conséquence.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E, à M. C E et à Mme D E.
Copie sera adressée pour information à la commune de Lugos.
Fait à Bordeaux, le 5 janvier 2023.
Le juge des référés,
D. A
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2300016
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