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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300024

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300024

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2023, la préfète de la Gironde demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion, sous un délai de huit jours, de M. D A du centre d'accueil de demandeur d'asile (CADA) situé 31 rue Dubrana à Eysines, géré par Adoma ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux passé le délai de huit jours ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au CADA aux fins de vider les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D A à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

La préfète de la Gironde soutient que :

- de nationalité nigériane, M. D A a été accueilli au CADA le 22 juin 2021 le temps de l'instruction de sa demande d'asile, sur la base d'un contrat de séjour spécifiant ses engagements et prévoyant notamment que tout manquement à ces engagements ou le non-respect du règlement de fonctionnement mettrait fin au contrat et à la prise en charge accordée ;

- M. A n'a pas sollicité son maintien en CADA pour une période de 3 mois supplémentaires dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 552-13 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; une décision de sortie de l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a été adressée le 17 décembre 2021 lui imposant une sortie au plus tard le 31 mars 2022, ce qu'il n'a pas respecté ;

- l'intéressé s'est rendu coupable de plusieurs violations du règlement de fonctionnement du lieu d'hébergement : deux avertissements lui ont été adressés pour des faits de harcèlement répétés ainsi que pour son implication dans une violente altercation le 19 octobre 2022 qui a nécessité l'intervention des forces de l'ordre ; en outre M. A se montre agressif envers le travailleur social qui l'accompagne ;

- la préfète a émis une mise en demeure de quitter les lieux le 30 novembre 2022, notifiée le 20 décembre suivant ;

- le juge administratif est compétent, en vertu de l'article L. 552-15 du code précité, pour prononcer une injonction à quitter les lieux à l'encontre des intéressés, occupants irréguliers d'un lieu d'accueil pour demandeurs d'asile ;

- elle est recevable, en vertu de l'article L. 552-15, à saisir le juge des référés dès lors qu'il appartient à l'autorité préfectorale de prendre les mesures nécessaires pour faire libérer sous la contrainte les lieux d'accueil pour demandeurs d'asile quand ils sont occupés sans titre ;

- la libération des lieux par M. A correspond à une urgence en raison du risque que sa présence fait courir aux autres résidents et au personnel du CADA. Son comportement est contraire à l'article 6 du règlement de fonctionnement ;

- à titre subsidiaire, l'urgence est constituée dès lors que les pouvoirs publics disposent, dans le département de la Gironde, de 1 121 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) et de 756 places d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA), au 30 novembre 2022, 2335 demandeurs d'asile étaient recensés comme non hébergés dans ces dispositifs, dont 24 familles avec enfants mineurs et 14 personnes isolées considérées comme vulnérables ;

- le maintien irrégulier de l'intéressé dans un hébergement réservé aux demandeurs d'asile compromettant le bon fonctionnement du service public, dès lors qu'il fait obstacle à la réalisation de l'objectif d'égal accès des usagers à ce dispositif, les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

La requête a été transmise à M. D A qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de l'examen de l'affaire à l'audience du 16 janvier 2023, à 15 heures.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de M. C, représentant la préfète de la Gironde, qui a repris les moyens invoqués dans la requête,

- les observations de M. A qui conteste les faits de violence qui lui sont reprochés et toute agressivité envers le travailleur social en précisant qu'il estime que sa prise en charge en vue de son insertion professionnelle n'est pas suffisante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions de la préfète de la Gironde :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

2. Aux termes de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code, applicable aux lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile qui accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut saisir le juge des référés du tribunal administratif d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile de toute personne présentant un comportement violent ou commettant des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement, y compris lorsque la qualité de réfugié leur a été reconnue.

4. M. A, ressortissant nigérian, né le 15 février 1997, a été admis le 22 juin 2021, par décision de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dans un hébergement d'urgence pour demandeur d'asile. Sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision définitive favorable qui lui a été notifiée le 14 décembre 2021. L'intéressé a alors été informé, par lettre du 17 décembre 2021 de l'office français de l'immigration et de l'intégration, de l'obligation de quitter le logement au plus tard le 31 mars 2022. Il s'est néanmoins maintenu dans les lieux après cette date.

5. La préfète de la Gironde lui a adressé, par courrier du 30 novembre 2022, notifié le 20 décembre 2022, une mise en demeure de libérer l'hébergement aux motifs qu'il avait fait l'objet de deux avertissements de la part du gestionnaire du centre et en raison de son implication dans une altercation survenue le 19 octobre 2022 qui a nécessité l'intervention de la police.

6. Il résulte de l'instruction que M. A s'est vu notifier un premier avertissement par la directrice du CADA le 3 août 2022, en raison d'un comportement indécent et de la commission de gestes obscènes réitérés. Il a fait l'objet d'un second avertissement le 30 novembre 2022 en raison, d'une part, d'une altercation à l'intérieur du site avec une personne extérieure qui a nécessité l'intervention de la police, d'autre part, de l'agressivité qu'il manifeste à l'égard des travailleurs sociaux qui l'accompagnent.

7. Si au cours de l'audience publique, M. A fait valoir qu'il n'était pas à l'origine de l'altercation survenue au sein du CADA provoquée par son ex-compagne et qu'il n'est pas agressif à l'égard des travailleurs sociaux auxquels il reproche néanmoins une prise en charge insuffisante, ses allégations peu précises ne permettent pas de contredire celles documentées qui sont apportées par la préfète à l'appui de la demande d'expulsion et qui traduisent à tout le moins des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement qui impose le respect des règles collectives de vie liées à la sécurité et la tranquillité nécessaires à son bon fonctionnement. La demande de la préfète de la Gironde ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

8. Enfin, la libération des lieux par M. A présente un caractère d'urgence eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile dans le département de la Gironde et à la nécessité de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. En particulier, il est établi qu'au 30 novembre 2022, alors même que les pouvoirs publics disposent de 1 121 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) et de 756 places d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA), 2335 demandeurs d'asile étaient recensés comme non hébergés dans ces dispositifs, dont 24 familles avec enfants mineurs et 14 personnes isolées considérées comme vulnérables par la structure de premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA) de Bordeaux.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la préfète de la Gironde est fondée à demander l'expulsion de M. A de l'hébergement d'urgence qu'il occupe au sein du centre d'accueil de demandeur d'asile situé 31 rue Dubrana à Eysines, géré par Adoma, au besoin avec le concours de la force publique sous un délai de huit jours et l'autorisation de faire évacuer de ce logement les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de l'intéressé.

ORDONNE :

Article 1er : Il est enjoint à M. D A de quitter l'hébergement qu'il occupe au sein du centre d'accueil de demandeur d'asile situé 31 rue Dubrana à Eysines, géré par Adoma, sous un délai de huit jours. A défaut d'exécution de cette injonction dans le délai imparti, la préfète de la Gironde pourra recourir à la force publique pour y faire procéder ainsi que pour faire vider les lieux aux frais et risques de M. A.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à la préfète de la Gironde et à M. D A.

Fait à Bordeaux, le 20 janvier 2023.

La juge des référés,

C. B

La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2300024

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