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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300087

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300087

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantKAOULA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. H une requête n° 2300085 et un mémoire, enregistrés les 8 et 11 janvier 2023, M. G A F, représenté H Me Bilal Kaoula, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté notifié le 7 janvier 2023 H lequel le préfet de la Dordogne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui restituer son passeport ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence de la signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'arrêté en litige n'est pas daté ;

- il n'a pas été invité à formuler des observations écrites ou orales avant la notification de la décision litigieuse, de sorte que son droit d'être entendu a été méconnu ;

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure faute pour le préfet de lui avoir remis le formulaire d'information lors de la notification de cet arrêté, comme l'exigent les dispositions de l'article R. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne s'est pas vu remettre, lors du dépôt de son passeport auprès des services de police, le récépissé valant justification de son identité prévue H l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté en litige méconnaît sa liberté d'aller et venir, garantie H les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et les articles 20 et 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les autorités connaissent l'adresse du requérant, qu'il ne peut se déplacer en raison d'un problème au genou gauche et qu'il a sollicité la régularisation de sa situation administrative.

H un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés H M. A F ne sont pas fondés.

I. H une requête n° 2300087 enregistrée le 8 janvier 2023, M. G A F, représenté H Me Kaoula, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 7 janvier 2023 H lequel le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- la compétence de la signataire des décisions en litige n'est pas établie ;

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il n'a pas été invité à formuler des observations écrites ou orales avant la notification des décisions litigieuses, de sorte que son droit d'être entendu a été méconnu ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a sollicité la régularisation de sa situation administrative et obtenu un rendez-vous auprès du service des étrangers le 28 février 2023, après que son futur employeur a effectué les démarches nécessaires pour l'embaucher et qu'il ne représente aucune menace à l'ordre public ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de sa présence depuis 2018 en France, où résident son oncle, des cousins et cousines et des amis, et de sa bonne intégration ;

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, d'une part, contrairement à ce qu'indique le préfet, il a sollicité la régularisation de sa situation administrative et obtenu un rendez-vous auprès du service des étrangers le 28 février 2023, après que son futur employeur a effectué les démarches nécessaires pour l'embaucher et que, d'autre part, son état de santé ne lui permet pas de se déplacer librement, compte tenu de l'opération des ligaments croisés qu'il a subie au genou gauche ;

Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée de six mois :

- cette décision méconnaît le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas pris en compte les circonstances humanitaires dont il justifie du fait de son opération récente des ligaments croisés du genou gauche.

H un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés H M. A F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, notamment son article 41 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le décret n°2021-810 du 24 juin 2021 portant diverses dispositions en matière d'aide juridictionnelle et d'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C et les observations orales de Me Kaoula, représentant M. A F, présent, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que sa requête H les mêmes moyens et soutient en outre qu'il a été, préalablement à l'édiction des décisions en litige, placé en garde à vue et non en retenue pour vérification du droit au séjour.

Le préfet de la Dordogne n'étant ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. H un arrêté du 7 janvier 2023, le préfet de la Dordogne a obligé M. G A F, né le 26 septembre 1989, de nationalité marocaine, à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de six mois. H un arrêté du même jour, ce préfet a assigné M. A F à résidence pour une durée de six mois. Dans le cadre de la présente instance, M. A F demande au tribunal d'annuler les décisions du 7 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois et assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée H la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, H un arrêté du 22 novembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, le préfet de la Dordogne a donné délégation à Mme D E, sous-préfète de Sarlat et signataire des décisions litigieuses, à l'effet de signer, dans le cadre des permanences du corps préfectoral de fin de semaine ou de jours fériés, " toute décision d'éloignement et décision accessoire s'y rapportant prises en application du livre VI du CESEDA ". Il n'est ni allégué ni établi que l'arrêté litigieux, édicté un samedi, ne l'aurait pas été dans le cadre des permanences de fins de semaine ou de jours fériés. H suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté du 7 janvier 2023 H lequel le préfet de la Dordogne a notamment obligé M. A F à quitter le territoire français que ce préfet a visé les textes dont il a fait application, en particulier l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 611-1 (2°) et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet de la Dordogne a indiqué, notamment, que le requérant était entré régulièrement sur le territoire français en septembre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa touristique délivré le 13 juillet 2018 pour une durée de trois mois, qu'il se maintenait irrégulièrement en France depuis septembre 2018, qu'il n'avait jamais sollicité la régularisation de sa situation administrative, que l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne démontrait pas être dépourvu de tous liens familiaux et personnels au Maroc où résidaient notamment ses parents et où il avait vécu jusqu'à l'âge de 29 ans, que ses liens personnels et familiaux en France n'étaient pas anciens, intenses et stables, qu'il ne justifiait d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français et n'avait jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'il n'avait jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que son comportement ne troublait pas l'ordre public. Ainsi, le préfet de la Dordogne a fait état de manière suffisamment précise des considérations de fait sur lesquelles il s'est fondé, en particulier s'agissant de l'ancienneté de séjour du requérant. Il en résulte que, contrairement à ce que soutient M. A F, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, la seule circonstance que le préfet de la Dordogne n'ait pas mentionnée, dans l'arrêté attaqué, les démarches effectuées H le requérant en vue de régulariser sa situation, ne suffit pas à établir, compte tenu des éléments précis et détaillés énoncés H le préfet sur la situation de l'intéressé et rappelés au point précédent, que sa situation n'aurait pas été examinée de manière suffisamment approfondie. H suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable H les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation H une autorité d'un Etat membre est inopérant.

8. Toutefois, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

9. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle alors, au demeurant, qu'il a disposé de la possibilité de présenter ses observations lors de son audition du 6 janvier 2023 H les services de police de Périgueux, notamment s'agissant de sa situation administrative, des conditions de son arrivée en France, de sa situation familiale, des motifs de son séjour en France, de ses conditions de vie et de logement, de sa situation professionnelle et de la perspective de son éloignement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré (), s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour (). ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A F est entré régulièrement sur le territoire français en septembre 2018, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa touristique délivré le 13 juillet 2018 pour une durée de trois mois, et qu'il s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour. Ainsi, le préfet de la Dordogne, qui a constaté l'irrégularité du séjour de l'intéressé en France, pouvait, pour ce motif, prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. A F établit qu'une demande d'autorisation de travail a été déposée à son bénéfice le 7 novembre 2022 H la société Saveurs Méditerranéennes, pour un emploi dans un établissement de restauration rapide, cette société ayant également rempli une déclaration préalable à l'embauche auprès des services compétents en vue de son recrutement, et qu'il a obtenu auprès de la préfecture de la Dordogne un rendez-vous le 28 février 2023 en vue du dépôt d'une première demande de titre de séjour, cette seule circonstance n'est pas de nature à faire obstacle, compte tenu de l'irrégularité de son séjour en France, au prononcé d'une mesure d'éloignement à son encontre. Dès lors, M. A F n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue H la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Si M. A F, entré régulièrement en France en septembre 2018, soit plus de quatre ans avant l'édiction de la décision en litige, se prévaut de la présence en France de son oncle, de cousins et cousines et d'amis et produit des attestations de proches faisant état de leurs bonnes relations et de l'intégration de l'intéressé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Il en résulte que M. A F, qui ne conteste pas être célibataire et sans enfant, ne peut être regardé comme justifiant de liens privés et familiaux suffisamment intenses et stables sur le territoire français. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Dordogne aurait, en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis H cette mesure.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 7 janvier 2023 H laquelle le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " H dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". En vertu de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour (). ".

16. Il ressort des pièces du dossier qu'une demande d'autorisation de travail a été déposée au bénéfice de M. A F le 7 novembre 2022 H la société Saveurs Méditerranéennes, pour un emploi dans un établissement de restauration rapide, cette société ayant également rempli une déclaration préalable à l'embauche auprès des services compétents en vue de son recrutement. En outre, M. A F établit, H la production d'une confirmation de rendez-vous, avoir obtenu auprès de la préfecture de la Dordogne un rendez-vous le 28 février 2023 en vue du dépôt d'une première demande de titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été statué sur les demandes ainsi présentées. Dès lors, le refus d'octroyer au requérant un délai de départ volontaire fait obstacle à ce qu'il puisse se présenter à ce rendez-vous. Compte tenu des démarches ainsi effectuées H l'intéressé et son futur employeur en vue, d'une part, de la régularisation de sa situation administrative et, d'autre part, de son embauche dans un secteur connaissant des difficultés de recrutement, M. A F est fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et en faisant ainsi obstacle à l'instruction des demandes ainsi présentées, le préfet de la Dordogne a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Il en résulte que la décision du 7 janvier 2023 H laquelle le préfet de la Dordogne a refusé d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A F est illégale et doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable depuis l'entrée en vigueur, le 1er mai 2021, de l'ordonnance susvisée du 16 décembre 2020 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français (). ".

18. Il résulte de ce qui a été dit au point 16 ci-dessus que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée. H suite, la décision du 7 janvier 2023 H laquelle le préfet de la Dordogne a interdit à M. A F de retourner sur le territoire français pendant une durée de six mois est dépourvue de base légale et doit, dès lors, être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

19. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

20. Il résulte de ce qui a été dit au point 16 ci-dessus que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée. Dès lors, M. A F ne peut être regardé comme faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé. Il s'ensuit que la décision portant du 7 janvier 2023 H laquelle le préfet de la Dordogne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est dépourvue de base légale et doit être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

21. Aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. ".

22. Dès lors que, d'une part, ainsi qu'il a été dit au point 14, M. A F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, et que, d'autre part, le préfet de la Dordogne n'établit pas qu'aurait été délivré à M. A F le récépissé valant justification de son identité prévu H les dispositions de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui délivrer ce document, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

23. Ainsi qu'il a été dit au point 3 ci-dessus, M. A F a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. H suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Kaoula, avocat de M. A F, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kaoula de la somme de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A F H le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. A F.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 7 janvier 2023 H lesquelles le préfet de la Dordogne a refusé d'accorder à M. A F un délai de départ volontaire, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de six mois et l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours sont annulées.

Article 2 : M. A F est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Dordogne de délivrer à M. A F le récépissé valant justification de son identité prévue H les dispositions de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A F à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Kaoula renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Kaoula, avocat de M. A F, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A F H le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. A F.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A F est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. G A F, à Me Bilal Kaoula et au préfet de la Dordogne.

Rendu public H mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La magistrate désignée,

S. CLa greffière,

C. GIOFFRÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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