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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300161

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300161

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300161
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL INTERBARREAUX RACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2023, un mémoire enregistré le 31 janvier 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le même jour, Mme A B, représentée par Me Vigreux, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision du 18 novembre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier Charles Perrens l'a intégrée dans le corps des aides-soignants, de catégorie active ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier Charles Perrens à titre principal, de procéder au réexamen de son aptitude à exercer des fonctions correspondant au corps des infirmiers, sur un poste aménagé en fonction de ses contraintes physiques, à titre subsidiaire, d'examiner sa situation en vue de son détachement, sans intégration, dans le corps des aides-soignants ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Charles Perrens la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- infirmière diplômée d'Etat, elle exerçait ses fonctions au centre hospitalier Charles Perrens quand lui a été diagnostiquée, en 2017, une altération de son champ visuel avec baisse visuelle dans la pénombre et le noir ;

- placée en congé de maladie à la suite d'une entorse grave opérée en avril 2017, elle a pu reprendre ses fonctions en mi-temps thérapeutique en avril 2018, sans travail de nuit et avec une exemption de l'accompagnement des patients pouvant être dangereux ;

- de nouveau arrêtée en mars 2019 après une entorse du genou, elle a été soumise à un examen de la médecine du travail qui a conclu à son aptitude sous réserve d'une adaptation de son poste ;

- interrogés, les spécialistes en ophtalmologie du centre hospitalier universitaire de Bordeaux ont conclu à son inaptitude au poste alors occupé, du fait de la baisse de l'acuité visuelle ;

- l'expert commis par le centre hospitalier a rendu le 15 janvier 2020 un avis d'aptitude à l'exercice d'une activité statique, mais non à celle d'infirmière ;

- saisi par son employeur, le comité médical départemental a estimé qu'elle était inapte à toutes fonctions et a émis l'avis d'un reclassement professionnel ;

- lors d'un entretien avec son employeur, craignant la mise à la retraite d'office pour invalidité, elle a accepté le reclassement qui lui a été proposé le 26 octobre 2020 dans le corps des aides-soignants à l'issue d'une période probatoire de six mois et d'une période de détachement d'une durée d'un an, reclassement prononcé le 18 décembre 2020 ;

- à la suite de sa demande de révision de sa situation, le centre hospitalier l'a placée en disponibilité d'office pour la période du 29 juin 2020 au 25 janvier 2021, avant une réintégration à compter de cette date sur un poste d'agent polyvalent dans le cadre d'un détachement pendant un an dans le corps des aides-soignants, par une décision du 8 mars 2021 dont elle a demandé l'annulation au tribunal administratif ;

- par deux décisions du 13 décembre 2021, le centre hospitalier a prononcé son détachement dans le corps des aides-soignants, au grade d'aide-soignant de classe supérieur, décisions dont elle a également demandé l'annulation au tribunal administratif ;

- enfin, par la décision du 18 novembre 2022, le centre hospitalier a procédé à son intégration dans le grade d'aide-soignant de catégorie active et l'a mise à la retraite à compter du 1er décembre 2022, décision qu'elle a déférée également au tribunal administratif ;

- la décision en litige ayant pour effet de la priver, d'une part, de tout revenu, empêchant son couple d'assumer l'ensemble de ses charges, d'autre part, d'une retraite convenable du fait d'un déficit de seize trimestres de cotisation, la condition d'urgence est satisfaite ;

- la décision contestée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision du 8 mars 2021 ;

- la décision du 8 mars 2021 est affectée d'une irrégularité substantielle au regard de l'article 4 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988, dès lors qu'elle n'a été invitée ni à se faire représenter par un médecin de son choix devant le comité médical départemental, ni de l'ensemble de ses droits dans ce cadre, ni d'ailleurs de la date de la réunion du comité médical ;

- la décision du 8 mars 2021 est entachée du vice de l'incompétence négative, le centre hospitalier s'étant senti en situation de compétence liée par rapport à l'avis du comité médical alors que cet avis est purement consultatif ;

- la décision de détachement est irrégulière en l'absence d'accord de sa part et à défaut d'examen par le comité médical à l'issue de la période de détachement comme de la saisine de ce comité sur la question de son intégration dans le corps des aides-soignants, en violation de l'article 4 du décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ;

- la décision précitée repose sur une erreur manifeste dans l'appréciation de son inaptitude à tous postes du corps des infirmiers puisqu'elle demeure apte à exercer des fonctions administratives, telles que prévues par le référentiel d'activités fixé par l'arrêté du 31 juillet 2009 ;

- son intégration dans le corps des aides-soignants est entachée d'une erreur de droit, d'une part, du fait de l'octroi d'un détachement dans ce corps d'une durée d'un an, sans possibilité de renouvellement, d'autre part, de l'absence d'accord de sa part ;

- la décision du 18 novembre 2022 est illégale pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2023 et une pièce enregistrée le 31 janvier 2023, le centre hospitalier Charles Perrens, représenté par la SELARL Interbarreaux Racine, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B d'une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le centre hospitalier Charles Perrens fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite, la privation de revenus résultant du comportement de l'intéressée ;

- aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ;

- le décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 31 janvier 2023 à 14h30, ont été entendus :

- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;

- les observations de Me Vigreux, représentant Mme B, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de cette dernière ;

- les observations de Me Dupeyron, représentant le centre hospitalier Charles Perrens, qui a repris les moyens opposés en défense par cet établissement public de santé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonctions :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par Mme B et analysés ci-dessus n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 18 novembre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier Charles Perrens l'a intégrée dans le corps des aides-soignantes, de catégorie active. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de Mme B aux fins de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses demandes d'injonction.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

3. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Charles Perrens la somme dont Mme B demande le paiement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier Charles Perrens tendant à l'application de ces dispositions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2300161 de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Charles Perrens tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au centre hospitalier Charles Perrens.

Fait à Bordeaux, le 3 février 2023.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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