jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 janvier 2023 et le 27 janvier 2023, Mme A C, représentée par Me Roze, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Gironde a classé sans suite sa demande d'acquisition de la nationalité française, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;
2°) d'annuler la décision du 11 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a de nouveau classé sans suite sa demande d'acquisition de la nationalité française ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de reprendre l'instruction de sa demande et de prendre une décision dans le délai prévu par l'article 21-25-1 du code civil ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence de la signataire de ces décisions n'est pas établie ;
- elles sont entachées d'erreurs de fait ;
- elles ont été édictées en méconnaissance de l'article 40 du décret n°93-1362 ;
- elles ont été édictées en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.
La procédure a été communiquée au préfet de la Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité français ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le tribunal était susceptible de prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 26 septembre 2022, à laquelle s'est substituée en cours d'instance la décision du 11 janvier 2023 qui a une portée identique, et contre laquelle seront dirigées les conclusions de la requête.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante de nationalité russe, a déposé le 27 janvier 2022 auprès du préfet de la Gironde une demande d'acquisition de la nationalité française. Par décision du 26 septembre 2022, le préfet de la Gironde a classé sans suite cette demande. Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux. Elle sollicite également l'annulation de la décision du 11 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a pris une nouvelle décision de classement sans suite de sa demande.
Sur l'étendue du litige :
2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance et que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre cette décision, qui ont perdu leur objet.
3. Il ressort des termes de la décision du 11 janvier 2023, notifiée à Mme C le 24 janvier 2023, postérieurement à l'enregistrement de sa requête, que le préfet de la Gironde doit être regardé comme ayant retiré sa décision du 26 septembre 2022 portant classement sans suite de la demande d'acquisition de la nationalité française présentée par l'intéressée, et comme lui ayant substitué sa nouvelle décision ayant la même portée. Ce retrait doit être regardé comme définitif dès lors que la décision du 11 janvier 2023 n'est attaquée qu'en tant qu'elle classe sans suite la demande d'acquisition de la nationalité française présentée par Mme C, et non en tant qu'elle retire la décision du 26 septembre 2022. Il suit de là que les conclusions dirigées contre la décision du 26 septembre 2022 ainsi que, par voie de conséquence, celles dirigées contre la décision rejetant le recours gracieux présenté à son encontre, ont perdu leur objet et qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision du 11 janvier 2023 :
3. Aux termes de l'article 36 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993: " Toute demande de naturalisation ou de réintégration fait l'objet d'une enquête. Dès la délivrance du récépissé prévu à l'article 21-25-1 du code civil constatant la remise de toutes les pièces nécessaires à la constitution d'un dossier complet, l'autorité publique auprès de laquelle la demande a été déposée sollicite la réalisation d'une enquête. Cette enquête, qui porte sur la conduite et le loyalisme du demandeur, est effectuée par les services de police ou de gendarmerie territorialement compétents. () ". Aux termes de l'article 40 de ce décret : " L'autorité qui a reçu la demande ou le ministre chargé des naturalisations peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation ou de réintégration, mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement. ".
4. S'il est loisible au préfet d'appliquer les dispositions de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993 précité pour le bon accomplissement de l'enquête prévue à l'article 36 du même décret, il lui incombe néanmoins, dans ce cas, de respecter toutes les conditions prévues à l'article 40, et notamment la condition de mettre lui-même en demeure le demandeur d'accomplir la formalité administrative qu'il détermine.
5. Mme C soutient ne pas avoir reçu le courrier du 25 avril 2022 lui demandant de se présenter devant les services de police, que le préfet de la Gironde allègue lui avoir adressé et qui lui aurait été retourné revêtu de la mention " Pli avisé et non réclamé ". Une copie de la requête a été communiquée au préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui n'a pas davantage répondu à la mesure d'instruction qui lui a été adressée par le tribunal le 18 novembre 2024. La notification régulière de cette convocation devant les services de police n'étant pas établie, Mme C est fondée à soutenir que le préfet de la Gironde a commis une erreur de fait en estimant qu'elle s'était abstenue de déférer à cette mise en demeure, et qu'il a méconnu les dispositions citées au point 3 en classant sans suite sa demande pour ce motif. Il s'ensuit que la décision du 11 janvier 2023 doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Gironde reprenne l'instruction de la demande de Mme C. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. L'Etat étant la partie perdante dans la présente instance, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à sa charge le versement à Mme C de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 26 septembre 2022.
Article 2 : La décision du 11 janvier 2023 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de reprendre l'instruction de la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme C dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera également adressée au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme D et Mme B, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
E. D
Le président,
D. FERRARI Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026