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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300197

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300197

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantPORNON-WEIDKNNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 27 janvier 2023, Mme C D épouse A B, représentée par Me Pornon-Weidknnet, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 29 juillet 2022 du silence gardé par la préfète de la Gironde sur sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et ce, sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme D épouse A B soutient que :

- elle a déposé un recours en annulation contre la décision contestée

- elle a obtenu l'aide juridictionnelle pour la présente procédure ;

- elle est entrée en France en 2016, après avoir épousé en Espagne, en 2015, un compatriote qui est en situation régulière en France et dont elle a eu trois enfants ;

- à la suite du jugement du 10 février 2021 de ce tribunal, la préfète de la Gironde lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 30 mars 2021 au 29 mars 2022 ;

- victime de violences conjugales, elle a obtenu une mesure de protection par ordonnance du 28 septembre 2021 du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Libourne, qui a été prolongée par ordonnance du 11 juillet 2022 ;

- si, après avoir sollicité le renouvellement de son titre de séjour, elle s'est vu remettre le 18 mars 2022 un récépissé l'autorisant à travailler, l'autorité préfectorale est restée taisante sur sa demande ;

- sa demande sur l'état de l'instruction de son dossier et les motifs de la décision, par courrier reçu le 16 septembre 2022, n'a fait l'objet d'aucune réponse dans le délai imparti ;

- elle a obtenu ensuite, le 26 septembre 2022, un second récépissé l'autorisant à travailler, mais le dernier récépissé accordé ne comporte plus l'autorisation de travailler ;

- dès lors qu'elle sollicité un renouvellement de sa carte de séjour, la condition d'urgence doit être présumée satisfaite ;

- en outre, le défaut d'autorisation de travail la place dans une situation de grande précarité du fait du risque de licenciement, alors qu'elle a trois enfants à charge, dans un contexte de violences conjugales avérées, son mari ayant fait l'objet de deux condamnation à des peines d'emprisonnement pour ces faits, par jugements du tribunal correctionnel de Libourne en date des 8 septembre 2022 et 19 septembre 2022 ;

- à défaut de réponse dans les délais impartis à sa demande de communication des motifs, formulée en temps de droit, la décision implicite est entachée d'un défaut de motivation, en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision en litige, dont l'administration ne fait pas connaître les motifs, n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation comme le révèle le refus de lui accorder un récépissé portant autorisation de travail ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu des mesures de protection dont elle bénéficie et des interdictions pénales prononcées à l'encontre de son conjoint ;

- la décision contrevient aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par décision du 2 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme D l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 31 janvier 2023 à 14h30, ont été entendus :

- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;

- les observations de Me Bokolombe, représentant Mme D, qui a développé les moyens soulevés dans la requête.

Le préfet de la Gironde n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme C D épouse A B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet qui serait née le 29 juillet 2022 du silence gardé par la préfète de la Gironde sur sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Pour l'application des dispositions précitées du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Selon les documents produits à l'instance, Mme C D, ressortissante marocaine née le 2 juillet 1990 à Oujda, au Maroc, a épousé le 15 avril 2016, en Espagne, M. A B, son compatriote, titulaire d'une carte de résident, exerçant alors une activité professionnelle en France. Ayant rejoint son mari le 14 mai 2016 selon ses déclarations, elle a obtenu le 30 mars 2021, à la suite du jugement du 10 février 2021 n° 2004924 de ce tribunal, la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", qui est arrivée à expiration le 29 mars 2022 et dont elle a demandé le renouvellement. Elle a obtenu pour ce motif un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour le 18 mars 2022. Ce récépissé, qui autorisait l'intéressée à travailler, a été renouvelé le 26 septembre 2022. En revanche, le récépissé accordé ensuite à Mme D, le 20 décembre 2022, ne comporte plus d'autorisation de travail.

5. Tout d'abord, il est établi par les pièces du dossier que Mme D avait formulé auprès de l'autorité préfectorale une demande de renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au plus tard le 18 mars 2022, date à laquelle il lui a été délivré pour la première fois un récépissé à ce titre. Le silence gardé par l'autorité préfectorale sur cette demande pendant le délai de quatre mois prévue à l'article R. 432-2 du code de justice administrative a fait naître une décision implicite de rejet le 18 juillet 2022. Dès lors que cette décision a pour objet de refuser le renouvellement du même titre, la condition d'urgence doit être présumée satisfaite.

6. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui est séparée de son mari, condamné à deux reprises en raison de violences qu'il lui inflige, assume seule la charge des trois enfants du couple. Le défaut de carte de séjour l'autorisant à travailler l'empêche, en conséquence, de subvenir aux besoins de la famille, la preuve de non- paiement de la pension alimentaire par le père était produite au dossier. Dans ces circonstances, et alors que le dernier récépissé accordé n'autorise plus Mme D à travailler, la décision en litige porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts pour que la condition d'urgence soit remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

7. En l'état de l'instruction, le moyen invoqué par Mme D et tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature, dans les circonstances particulières de l'espèce, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision rejetant implicitement sa demande de titre.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme D épouse A B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet en litige

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

9. La présente ordonnance implique que, comme le demande Mme D épouse A B, l'autorité préfectorale lui délivre un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, en application des articles R. 431-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de remettre à Mme D épouse A B un tel récépissé et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

10. La requérante ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son conseil, Me Pornon-Weidknnet, peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Pornon-Weidknnet au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ce versement entraînant renonciation de Me Pornon-Weidknnet à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de la Gironde sur la demande de Mme D épouse A B tendant au renouvellement de son titre de séjour est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme D épouse A B un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Pornon-Weidknnet, conseil de Mme D épouse A B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D épouse A B, au préfet de la Gironde et à Me Pornon-Weidknnet.

Fait à Bordeaux, le 3 février 2023.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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