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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300244

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300244

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Coste, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 22 juillet 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de 48 heures ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil par application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et L. 761-1 du code de Justice Administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée du vice de l'incompétence de son auteur ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- la préfète a méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du CESEDA, au regard de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité de ses liens personnels en France ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa

décision sur sa situation, notamment au regard de son intégration en France et de sa

situation familiale ;

- s'agissant de la condition d'urgence, il est inscrit en apprentissage cuisinier en alternance au sein de l'EHPAD Grand Bon Pasteur et du Campus du lac, donne toute satisfaction à son employeur et fait preuve d'un grand sérieux au sein du CFA ; du fait de ses lacunes en français il n'a pu valider son CAP en deux ans et doit impérativement valider sa formation en 2023 ; il se trouve du fait de la décision de refus de séjour, dans l'impossibilité de poursuivre sa formation en alternance, son employeur ayant été contraint d'interrompre son contrat et son apprentissage, même s'il a maintenu, un temps, une certaine activité dans le cadre d'un stage, il est urgent qu'il intègre l'établissement afin d'avoir la possibilité de passer l'examen de CAP en avril 2023 dans les meilleures conditions ; le contrat d'apprentissage doit être impérativement signé avant le 31 janvier 2023 pour permettre son inscription au CFA ; il y a donc urgence à suspendre la décision de refus de séjour, illégale, afin de lui permettre de poursuivre sa deuxième année d'apprentissage afin d'obtenir un CAP en cuisine ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu

- la requête enregistrée le 16 janvier 2023 sous le n° 2300243 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. Ferrari, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 janvier 2023 à 11 h :

- le rapport de M. Ferrari, juge des référés ;

- les observations de Me Coste, pour M. A, qui confirme ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien entré en France en février 2019, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur isolé par ordonnance du 21 mars 2019 du procureur de la République de Nîmes puis par jugement du tribunal de grande instance de Bordeaux en date du 28 mai 2020. Il a sollicité, le 16 septembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Par arrêté du 22 juillet 2022, notifié le 28 juillet suivant, la préfète de la Gironde a rejeté la demande de M. A et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de refus de séjour contenue dans cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Pour justifier de l'urgence que présenterait la suspension de la décision du 22 juillet 2022, notifiée le 28 juillet 2022, portant refus de délivrance d'un titre de séjour, M. A soutient que cette décision l'empêche de poursuivre sa deuxième année d'apprentissage afin d'obtenir un CAP en cuisine. Toutefois, le recours pour excès de pouvoir présenté pour M. A et dirigé contre la décision précitée n'a été introduit que le 16 janvier 2023 et la demande de suspension le même jour, soit presque six mois après la notification de la décision en cause. Dans ces conditions, l'absence de diligence du requérant à saisir le juge des référés ne saurait faire regarder la décision contestée comme étant de nature à préjudicier de manière immédiate à sa situation. Il en résulte que cette circonstance, quels que soient les moyens invoqués, révèle le défaut d'urgence de sa demande. Ainsi, la requête en référé de M. A doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 30 janvier 2023.

Le juge des référés,

D. FERRARI

La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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