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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300255

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300255

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés les 17 et 18 janvier 2023, enregistré sous le n° 2300255, M. C A, représenté par Me Aymard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2023 par lequel la préfète de la Gironde l'a assigné à résidence dans le département de la Gironde ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête, qui n'est pas tardive, est recevable ;

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature expresse et régulièrement publiée ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ; sa situation médicale n'a pas été prise en compte, ni davantage la circonstance qu'il bénéficie d'un contrat jeune majeur avec les services du département de la Gironde, qu'il est pris en charge par une association assurant un accompagnement socio-éducatif global et qu'il bénéficie d'un logement ;

- la procédure est entachée d'irrégularité dès lors que les dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, le formulaire de droits ne lui ayant pas été remis ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionné ; il bénéficie d'un suivi médical important et d'une prise en charge globale et d'un accompagnement socio-éducatif ; l'éloignement n'interviendra pas à bref délai, dès lors que les autorités de son pays sollicitent des éléments supplémentaires pour pouvoir lui délivrer un passeport ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2023, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

II - Par une ordonnance n° 2300112 du 18 janvier 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Pau, a transmis au tribunal administratif de Bordeaux, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. C A enregistrée le 13 janvier 2023.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 13 et 23 janvier 2023, sous le n° 2300284, M. C A, représenté par Me Aymard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- elle a été signée par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature complète et régulièrement publiée ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; la date de son entrée en France, sa durée de présence, sa situation médicale et la circonstance qu'il bénéficie d'un contrat jeune majeur n'ont pas été pris en compte ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, pour les mêmes motifs ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside en France de manière habituelle depuis ses 13 ans ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est arrivé en France à l'âge de 13 ans, et qu'il bénéficie d'un suivi médical important, d'une prise en charge globale et d'un accompagnement socio-éducatif ;

- il peut bénéficier d'une régularisation sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il n'existe aucun risque de fuite ;

S'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle est dépourvue de base légale dès lors que fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'aucun élément ne permet de considérer que le critère de la menace pour l'ordre public n'a été pris en compte ; rien n'est indiqué sur une éventuelle menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur de droit quant à la durée de l'interdiction, en méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les mêmes motifs ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est manifestement disproportionnée quant à sa durée ; il est entré en France à 13 ans, n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2023, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lahitte, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Aymard représentant M. A, présent qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et insiste sur la circonstance que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors que le requérant est entré sur le territoire français à l'âge de 13 ans, bénéficie d'une prise en charge globale et d'un suivi médical, ce qui implique l'illégalité des autres décisions subséquentes,

- la préfète de la Gironde n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de ces observations.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 9 décembre 2003, est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2017 et a été pris en charge par les services du département de la Gironde en qualité de mineur non accompagné. Par un arrêté du 12 janvier 2023, dont il demande l'annulation dans sa requête n° 2300284, la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par un deuxième arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative au centre de rétention d'Hendaye et par une ordonnance du 15 janvier 2023, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne a mis un terme à cette mesure et a ordonné sa remise en liberté immédiate. Par un arrêté du 15 janvier 2023, dont il demande l'annulation dans sa requête n° 2300255, la préfète de la Gironde l'a toutefois assigné à résidence dans le département de la Gironde pendant une durée de quarante-cinq jours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2300255 et n° 2300284, toutes deux présentées par M. A, concernent un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né le 9 décembre 2003, est entré en France en 2017, et a été confié provisoirement au département de la Gironde par ordonnance du 24 juillet 2017. Il a, par la suite, été pris en charge par les services du département de la Gironde jusqu'à sa majorité. Depuis lors, il bénéficie d'une prise en charge continue par l'association ARPEJe, et d'un logement au titre d'un accueil " MECS chambre en ville ", dont les frais de placement sont pris en charge par le département de la Gironde, dernièrement du 1er janvier 2023 au 30 juin 2023. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces médicales et des rapports de situation de l'association ARPEJe, que M. A est atteint d'une hépatite B qui nécessite un suivi médical régulier. Il a également fait l'objet de plusieurs prises en charge au service des urgences en septembre et octobre 2022, et d'une hospitalisation en urgence au service réanimation en novembre 2022, en raison de douleurs abdominales et rénales, et il bénéficie désormais d'un suivi médical au sein du service néphrologie. Alors qu'il ressort des pièces produites, et notamment des procès-verbaux d'audition, que ces informations ont été portées à la connaissance de l'autorité administrative, l'arrêté du 12 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai se borne à constater son entrée irrégulière sur le territoire français, et ne fait pas état d'un quelconque examen, par la préfète de la Gironde, de l'intégralité de sa situation personnelle, permettant de conclure à l'absence d'obstacle à une mesure d'éloignement. La préfète de la Gironde n'apporte pas davantage d'éléments en défense de nature à établir qu'un tel examen aurait été effectué. Par suite, et dès lors que la préfète de la Gironde n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle, l'arrêté du 12 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entaché d'une erreur de droit.

5. Par suite, la décision du 12 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être annulée, ainsi que, les décisions fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans. L'arrêté du 15 janvier 2023, l'assignant à résidence dans le département de la Gironde, pris sur le fondement de l'obligation de quitter le territoire français illégale, doit également être annulé.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Aymard, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Aymard de la somme globale de 1 200 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 12 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans est annulé.

Article 3 : L'arrêté du 15 janvier 2023 l'assignant à résidence dans le département de la Gironde est annulé.

Article 4 : L'Etat versera à Me Aymard une somme globale de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La magistrate désignée,

A. B La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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