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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300316

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300316

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2023, M. A D, représenté par Me Changeur, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 22 septembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ensemble les décisions de retrait de points suite aux infractions des 8 septembre 2020 et 12 juin 2019 qui y sont mentionnées ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre en compte son stage de récupération de points effectué les 16 et 17 septembre 2022 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- il n'a pas bénéficié de l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des infractions contestées ;

- la réalité des infractions litigieuses n'est pas établie ;

- son stage de sensibilisation doit être pris en compte dès lors qu'il a été effectué avant la notification de la décision référencée " 48 SI ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision référencée " 48 SI " sont devenues sans objet dès lors que, suite à la prise en compte du stage de sensibilisation effectué par le requérant, son capital de points est redevenu positif et la décision portant retrait de son permis de conduire a été retirée ;

- les moyens soulevés par le requérant à l'égard des décisions restant en litige ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zuccarello a été entendu en audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a commis une série d'infractions au code de la route. L'intéressé a effectué, les 16 et 17 septembre 2022, un stage de sensibilisation à la sécurité routière susceptible de lui ouvrir droit à la reconstitution de quatre points sur le capital de son permis de conduire. Par une lettre référencée " 48 SI ", le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du titre de conduite de M. D pour solde de points nul. Par un courrier du 4 novembre 2022, l'intéressé a formé un recours gracieux contre cette décision et a demandé la prise en compte de son stage de sensibilisation. Son recours a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. D doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision, ensemble les décisions de retrait de points suite aux infractions des 8 septembre 2020 et 12 juin 2019 qui y sont mentionnées.

Sur le non-lieu partiel soulevé en défense :

2. Le ministre de l'intérieur fait valoir, qu'il a procédé au retrait de la décision " 48 SI " portant invalidation du permis de conduire de M. D suite à la prise en compte de son stage de sensibilisation à la sécurité routière et que cette décision ne figurait plus dans le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de l'intéressé. Il ressort en effet dudit relevé, dont le ministre de l'intérieur verse à l'instance une édition du 7 février 2023, qu'à cette date la décision référencée " 48 SI " n'y figurait plus alors qu'apparaît en revanche la mention " Décision 98 : ajout de points " en date du 18 septembre 2022, que le permis de conduire de l'intéressé était valide et que son compte de points présentait un solde positif de trois points. Par suite, les conclusions de M. D tendant à l'annulation de cette dernière décision, ainsi que les conclusions tendant à la prise en compte de son stage de sensibilisation sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 223-3 de ce même code : " Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

4. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale en vigueur à la date des infractions litigieuses, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37- 18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

5. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral produit en défense que les infractions des 12 juin 2019 et 8 septembre 2020 ont été relevées par procès-verbal électronique sans interception et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées. Si le ministre produit les procès-verbaux correspondants, il ne démontre pas que le requérant aurait reçu les avis de contravention afférents, lesquels comportent l'ensemble des informations requises et sont ultérieurement envoyés au domicile du contrevenant lorsque l'agent verbalisateur n'est pas en mesure de les lui remettre à l'occasion de la commission des infractions. Dans ces conditions, M. D ne peut être regardé comme ayant bénéficié des informations garanties par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés, que les décisions de retrait de points suite aux infractions des 8 septembre 2020 et 12 juin 2019 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au ministre de restituer les points retirés suite aux infractions des 8 septembre 2020 et 12 juin 2019 sur le capital du permis de conduire de M. D dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision référencée " 48 SI " de M. D ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction tendant à la prise en compte de son stage de sensibilisation.

Article 2 : Les décisions de retrait de points suite aux infractions des 8 septembre 2020 et 12 juin 2019 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières.

Article 4 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 200 euros.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

La magistrate désignée,

F. ZUCCARELLOLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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