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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300544

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300544

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme C Curti, assistante maternelle, qui contestait la décision du 23 décembre 2022 du président du conseil départemental de la Gironde lui retirant son agrément. La requérante invoquait notamment l'incompétence du signataire, l'irrégularité de la composition de la commission consultative paritaire départementale et une erreur d'appréciation. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence, une délégation de signature régulière ayant été accordée. Il a également jugé que si la parité est requise pour la composition de la commission, sa présence effective en nombre égal lors des délibérations n'est pas une condition de régularité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 février 2023 et 20 septembre 2024, Mme C Curti, représentée par Me Radé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Gironde a retiré son agrément d'assistante maternelle ;

2°) et de mettre à la charge du département de la Gironde la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- la composition de la commission paritaire départementale ne respecte pas les dispositions de l'article R. 421-27 du code de l'action sociale et des familles ;

- la procédure de convocation et de décision de cette commission prévue à l'article R. 421-34 du même code n'a pas été respectée ;

- la décision est fondée sur des faits dont la matérialité n'est pas établie ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- le président du conseil départemental a entaché sa décision d'un défaut d'examen.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 avril et 30 septembre 2024, le département de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme Curti ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- les conclusions de M. Romain Roussel Cera, rapporteur public,

- les observations de Me Radé, représentant Mme Curti,

- et les observations de Mme A, représentant le département de la Gironde.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C Curti bénéficie d'un agrément en qualité d'assistante maternelle depuis 1999, dont le dernier renouvellement date du 6 août 2019. Par une décision du 23 décembre 2022, précédée de la consultation de la commission consultative partiaire départementale le 19 décembre 2022, le président du conseil départemental de la Gironde a procédé au retrait de cet agrément. Par sa requête, Mme Curti demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 5 juillet 2022 publié au recueil des actes administratifs du conseil départemental de la Gironde le 8 juillet 2022, le président du conseil départemental a donné délégation à Mme B D, directrice générale adjointe des services départementaux chargée de la solidarité, à l'effet de signer " les actes se rapportant à la mise en œuvre des dispositions du titre II du livre quatrième du code de l'action sociale et des familles : " assistants maternels et assistants familiaux " et notamment : les octrois, les refus, les dérogations, les extensions, les restrictions, les suspensions et les retraits d'agrément des assistants maternels et/ou familiaux ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. La liste des représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission lui est communiquée dans les mêmes délais. L'intéressé peut se faire assister ou représenter par une personne de son choix. / Les représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission sont informés, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, des dossiers qui y seront examinés et des coordonnées complètes des assistants maternels et des assistants familiaux dont le président du conseil départemental envisage de retirer, restreindre ou ne pas renouveler l'agrément. Sauf opposition de ces personnes, ils ont accès à leur dossier administratif. / La commission délibère hors la présence de l'intéressé et de la personne qui l'assiste. ". Aux termes de l'article R. 421-27 du même code : " La commission consultative paritaire départementale, prévue par l'article L. 421-6, comprend, en nombre égal, des membres représentant le département et des membres représentant les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département./ Le président du conseil départemental fixe par arrêté le nombre des membres de la commission qui peut être de six, huit ou dix en fonction des effectifs des assistants maternels et des assistants familiaux agréés résidant dans le département. ".

4. S'il résulte de ces dispositions que la règle de la parité s'impose pour la composition de la commission consultative paritaire départementale, en revanche, ni les dispositions citées ci-dessus, ni aucune autre règle, ni enfin aucun principe ne subordonnent la régularité des délibérations de la commission consultative paritaire départementale à la présence en nombre égal de représentants du département et de représentants des assistants maternels et familiaux agréés.

5. En l'espèce, il ressort de l'arrêté n°2022.703.ARR de composition de la commission consultative paritaire départementale d'agrément des assistants et assistantes maternels du 19 mai 2022, que la commission est composée de quatre membres titulaires et quatre membres suppléants représentants le département, ainsi que de quatre membres titulaires et quatre membres suppléants représentants les assistants maternels et familiaux. Dans ces conditions, la seule circonstance que l'avis a été rendu dans une formation qui ne comportait pas à parité des représentants du département et des assistants maternels et familiaux agréés, n'est pas de nature à entacher l'avis émis d'irrégularité. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-34 du code de l'action sociale et des familles : " La commission se réunit sur convocation de son président et au moins une fois par an./ Elle émet ses avis à la majorité des membres présents ; en cas de partage égal des voix, la voix du président est prépondérante. / La commission établit son règlement intérieur. ".

7. En se bornant à soutenir que le département de la Gironde n'établit pas que la procédure de convocation des membres de la commission aurait été respectée, Mme Curti n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux terme de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside ()/ L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". L'article R. 421-3 du même code dispose que : " Pour obtenir l'agrément d'assistant maternel ou d'assistant familial, le candidat doit : 1° Présenter les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et affectif ; () ". L'article L. 421-6 du même code dispose que : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. () ".

9. Pour procéder au retrait de l'agrément d'assistante familiale de Mme Curti, le président du conseil départemental de la Gironde s'est fondé sur des attitudes maltraitantes de l'intéressée vis-à-vis des enfants accueillis, une incapacité à remettre en question ses pratiques professionnelles, une communication insuffisante et inadaptée envers les parents et les services de la protection maternelle et infantile (PMI) avec lesquelles elle ne collabore pas, ainsi qu'une absence d'actualisation de ses connaissances professionnelles, malgré une lettre de rappel et une lettre d'avertissement en ce sens, entraînant une méconnaissance des besoins de l'enfant.

10. D'une part, s'agissant du grief relatif à l'attitude maltraitante de Mme Curti envers les enfants accueillis, la décision attaquée mentionne la griffure d'un enfant et des gestes inadaptés à son égard, des échanges arrogants avec les parents en présence des enfants, une période d'adaptation non réfléchie ou inexistante, un épisode au cours duquel un enfant a été laissé à la garderie du zoo de la Teste-de-Buch et l'inadaptation des pratiques professionnelles de l'intéressée, à savoir la télévision allumée durant l'accueil des enfants ainsi qu'un accompagnement inadéquat à la propreté. Ces différents faits ressortent notamment du point d'évaluation du 13 janvier 2022 établi par la puéricultrice de la maison départementale de solidarité et de l'insertion (MDSI) du Teich, faisant suite à la plainte d'un parent, qui précise qu'aucune période d'adaptation n'a été instaurée préalablement à l'accueil de l'un des enfants, en dépit des difficultés rencontrées dès les premiers jours. Le rapport d'évaluation établi à la suite de la visite du 12 septembre 2022 relève que Mme Curti a admis avoir laissé sous la surveillance du personnel du zoo de la Teste-de-Buch plusieurs enfants le temps d'aller chercher l'un d'eux sur le parking et qu'elle reconnaît regarder quotidiennement la télévision, durant le temps du repas, en leur présence. Le caractère inadapté des échanges entretenus par Mme Curti avec les parents ressort également du signalement effectué par l'un d'entre eux, ainsi que du rapport établi à la suite de la visite du 22 septembre 2022. Enfin, il ressort de ce dernier rapport d'évaluation que Mme Curti n'a pas adopté une pratique adaptée aux besoins de l'enfant dans le cadre de l'apprentissage à la propreté de l'un d'entre eux et que ce dernier a été retrouvé par ses parents à plusieurs reprises avec une couche souillée.

11. D'autre part, la décision attaquée se fonde sur l'incapacité de Mme Curti à remettre en question ses pratiques professionnelles. Si la requérante conteste la matérialité de ces faits, il ressort des pièces du dossier que ce manquement a été relevé tant par la puéricultrice de la MDSI du Teich le 13 janvier 2022, que lors de l'évaluation du 12 septembre 2022 au cours de laquelle la puéricultrice a noté que l'assistante maternelle " reste figée dans ses certitudes " malgré les préconisations qui lui sont faites et que cette dernière se montre dans l'incapacité de se saisir des explications des professionnels en vue de réajuster sa pratique. Enfin, et alors qu'elle y a été invitée à plusieurs reprises par les services du département, Mme Curti ne s'est pas engagée dans une démarche d'actualisation de sa pratique professionnelle.

12. De plus, le président du conseil départemental s'est fondé sur une communication insuffisante et inadaptée de Mme Curti avec les parents et les services de la PMI avec lesquels elle ne collabore pas. Ces éléments ressortent notamment du rapport d'évaluation du 13 janvier 2022 aux termes duquel Mme Curti, confrontée à des difficultés lors de l'accueil d'un enfant, a rompu brutalement le contrat après une dizaine de jours sans prendre attache au préalable avec la MDSI, ainsi que du rapport du 12 septembre 2022 qui précise que la transmission des informations aux parents n'est pas spontanée.

13. Enfin, la décision attaquée relève une absence d'actualisation par Mme Curti de ses connaissances professionnelles. Si la requérante se prévaut de sa participation le 19 novembre 2022 au forum des assistantes maternelles du département de la Gironde, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a suivi aucune autre formation depuis 1999 malgré une lettre de rappel du 9 août 2019 l'invitant à s'inscrire à des modules de formation continue, une lettre d'avertissement du 3 mai 2022 l'encourageant à s'engager dans une démarche de professionnalisation par le biais de formations ainsi que des invitations en ce sens formulées par les puéricultrices de la PMI lors de leurs visites et dans leurs rapports d'évaluations.

14. Si la requérante se prévaut de témoignages et lettres de recommandations de parents qui la remercient pour son investissement dans l'accueil de leurs enfants, une telle circonstance n'est pas, par elle-même, de nature à infirmer les constats circonstanciés effectués par les puéricultures du service de la protection maternelle et infantile.

15. Dans ces conditions, en retenant, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, que les conditions d'accueil proposées par la requérante n'étaient plus conformes aux dispositions précitées des articles L. 421-3 et R. 421-3 du code de l'action sociale et des familles, et en procédant au retrait de son agrément, le président du conseil départemental de la Gironde, qui a suffisamment précisé les motifs de sa décision et qui ne s'est pas fondé sur des faits matériellement inexacts, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

16. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le président du conseil départemental de la Gironde aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen en procédant au retrait de l'agrément de Mme Curti. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, qui n'est pas davantage étayé, ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme Curti n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Gironde a procédé au retrait de son agrément.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Gironde la somme demandée par Mme Curti au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme Curti est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme Curti et au conseil départemental de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Chauvin, présidente,

- Mme Ballanger, première conseillère ;

- Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure

M. BALLANGER La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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