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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300597

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300597

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. et Mme A, qui demandaient la condamnation de l'État à leur verser 20 000 euros pour préjudice moral et économique. Les requérants estimaient fautif le refus initial d'autoriser l'instruction en famille de leur fille handicapée, malgré l'annulation ultérieure de cette décision par la commission de recours. Le tribunal a jugé qu'aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'État n'était établie, la décision initiale ayant été légalement prise sur le fondement du code de l'éducation avant d'être réformée. La solution retenue est le rejet de l'intégralité des conclusions indemnitaires et de la demande au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2023, M. et Mme A, représentés par Me Nakache, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice économique qu'ils estiment avoir subi, en tant que représentants légaux de leur fille C et à titre personnel, en raison du manquement à son obligation d'organisation du service public de l'éducation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'Etat a commis une faute en refusant d'autoriser, par décision du 15 juin 2022, la poursuite de l'instruction en famille de leur enfant auprès du centre national d'éducation à distance (CNED) et en ordonnant sa scolarisation dans un établissement d'enseignement public ou privé, qui n'était pas adaptée à son handicap ;

- le CNED n'a toujours pas répondu à leur demande d'inscription de leur enfant ;

- ils sont fondés à solliciter une indemnité de 20 000 euros en réparation du préjudice moral que cette décision fautive leur a occasionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A sont les parents C, née le 25 juin 2011, qui souffre de troubles du spectre autistique Asperger diagnostiqués en juin 2020. Elle a été reconnue handicapée avec un taux d'incapacité compris entre 50 et 80%. Le 29 juin 2020, cette situation a conduit le médecin de l'éducation nationale, à préconiser sa scolarisation en classe réglementée médicale auprès du centre national d'enseignement à distance (CNED), qui a été expressément autorisée par les services départementaux du Lot-et-Garonne de l'éducation nationale. Le 6 mai 2022, M. et Mme A ont sollicité l'autorisation d'instruire leur fille en famille, pour l'année scolaire 2022/2023, désormais exigée en cas de scolarisation auprès du CNED depuis l'entrée en vigueur de la loi n°2021-1109 du 24 août 2021. Par décision du 15 juin 2022, le directeur académique des services de l'éducation nationale de Lot-et-Garonne a rejeté cette demande au motif que l'assiduité et les résultats C étaient insuffisants, et a enjoint à M. et Mme A de scolariser leur fille dans un établissement d'enseignement public ou privé à compter de la rentrée scolaire 2022/2023. Toutefois, par décision du 10 octobre 2022, la commission de recours de l'académie de Bordeaux a fait droit au recours administratif préalable obligatoire présenté par M. et Mme A et a autorisé l'instruction en famille C pour l'année scolaire 2022/2023. Ces derniers, qui estiment que l'Etat a commis une faute en refusant, par décision du 15 juin 2022, de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant en famille et en leur enjoignant de la scolariser dans un établissement d'enseignement alors que son handicap y faisait obstacle, demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral que cette décision a occasionné à leur enfant, et la somme de 5 000 euros chacun en réparation du préjudice moral qu'ils estime avoir également subi.

Sur l'existence d'une faute :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. () La répartition des moyens du service public de l'éducation tient compte des différences de situation, notamment en matière économique, territoriale et sociale. Elle a pour but de () permettre de façon générale aux élèves en difficulté, quelle qu'en soit l'origine, en particulier de santé, de bénéficier d'actions de soutien individualisé. () ". Aux termes de l'article L. 112-1 du même code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap. Tout enfant, tout adolescent présentant un handicap ou un trouble invalidant de la santé est inscrit dans l'école ou dans l'un des établissements mentionnés à l'article L. 351-1, le plus proche de son domicile, qui constitue son établissement de référence. Dans le cadre de son projet personnalisé, si ses besoins nécessitent qu'il reçoive sa formation au sein de dispositifs adaptés, il peut être inscrit dans une autre école ou un autre établissement mentionné à l'article L. 351-1 par l'autorité administrative compétente, sur proposition de son établissement de référence et avec l'accord de ses parents ou de son représentant légal. () Si nécessaire, des modalités aménagées d'enseignement à distance leur sont proposées par un établissement relevant de la tutelle du ministère de l'éducation nationale. () ". Aux termes de l'article L. 112-2 de ce code : " Afin que lui soit assuré un parcours de formation adapté, chaque enfant, adolescent ou adulte en situation de handicap a droit à une évaluation de ses compétences, de ses besoins et des mesures mises en oeuvre dans le cadre de ce parcours, selon une périodicité adaptée à sa situation. Cette évaluation est réalisée par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8 du code de l'action sociale et des familles. Les parents ou le représentant légal de l'enfant sont obligatoirement invités à s'exprimer à cette occasion. En fonction des résultats de l'évaluation, il est proposé à chaque enfant, adolescent ou adulte en situation de handicap, ainsi qu'à sa famille, un parcours de formation qui fait l'objet d'un projet personnalisé de scolarisation assorti des ajustements nécessaires en favorisant, chaque fois que possible, la formation en milieu scolaire ordinaire. () ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'Etat, au titre de sa mission d'organisation générale du service public de l'éducation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que le droit à l'éducation et l'obligation scolaire ait, pour les enfants handicapés, un caractère effectif.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. () L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap () L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour une durée qui ne peut excéder l'année scolaire. () ". Aux termes de l'article R. 131-11-2 du même code : " () Lorsque la demande d'autorisation est motivée par la situation de handicap de l'enfant, elle comprend le certificat médical prévu par l'article R. 146-26 du code de l'action sociale et des familles sous pli fermé ou les décisions relatives à l'instruction de l'enfant de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. Dans les cas prévus aux deux alinéas précédents, le directeur académique des services de l'éducation nationale transmet le certificat médical sous pli fermé au médecin de l'éducation nationale. Celui-ci rend un avis sur cette demande. Une autorisation justifiée par l'état de santé de l'enfant ou son handicap peut être accordée pour une durée maximale de trois années scolaires ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, régulièrement saisie d'une demande en ce sens, d'autoriser l'instruction d'un enfant dans sa famille lorsqu'il est établi que son état de santé rend impossible sa scolarisation dans un établissement d'enseignement public ou privé ou lorsque l'instruction dans sa famille est, en raison de cet état de santé, la plus conforme à son intérêt.

4. S'il ressort du formulaire de demande d'autorisation d'instruction en famille complété par les requérants, et transmis à l'administration le 6 mai 2022, qu'ils ont coché la case " 1b " relative à la situation de handicap de l'enfant comme motif de cette demande d'instruction en famille, il ne résulte cependant pas de l'instruction qu'ils auraient joint à leur demande les documents médicaux prévus par les dispositions précitées de l'article R. 131-11-2 du code de l'éducation, qui n'ont été produits qu'à l'appui du recours administratif préalable obligatoire qu'ils ont présenté le 26 juillet 2022. Ce manquement leur étant exclusivement imputable, M. et Mme A ne sauraient reprocher aux services de l'Etat d'avoir commis une faute dans l'exercice de leur mission d'organisation générale du service public de l'éducation en s'abstenant de prendre en compte l'état de handicap de leur enfant et en prenant, au seul vu de ses évaluations révélant une assiduité et des résultats insuffisants, une décision éducative inadaptée à celui-ci. Enfin, si les requérants soutiennent n'avoir reçu aucune réponse de la part du CNED à leur demande d'inscription de leur enfant, une telle circonstance, à la supposer même établie, constitue une faute distincte qui ne saurait être imputée aux services de l'Etat.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions par lesquelles M. et Mme A sollicitent le versement d'une indemnité destinée à réparer le préjudice moral qu'eux -mêmes et leur fille estiment avoir subi doivent être rejetées.

6. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de ce dernier le versement de la somme de 3 000 euros demandée par M. et Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera également adressée à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme F et Mme D, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

E. F

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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