jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300779 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 16 février 2023 sous le n° 2300779, et des pièces complémentaires enregistrées le 28 février 2023 et le 15 mars 2023 non communiquées, M. A C, représenté par Me Babou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, l'ensemble dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- cette décision n'est pas motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa demande ;
- il a été privé de son droit à être entendu ;
- cette décision a été édictée en méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;
- elle a été édictée en méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
La procédure a été communiquée au préfet de la Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 21 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 mai 2023.
Un mémoire en production de pièce, présenté par le préfet de la Gironde et enregistré le 3 septembre 2024 postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juillet 2024 et le 11 septembre 2024 sous le n° 2404135, M. A C, représenté par Me Babou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence de l'auteur de cet arrêté n'est pas établie ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa demande ;
- il a été privé de son droit à être entendu ;
- cet arrêté a été édicté en méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;
- il a été édicté en méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a été édicté en méconnaissance de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a été édicté en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a été édicté en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français lui ait été notifiée conformément aux exigences de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant de nationalité marocaine né le 23 mai 1993, est entré en France le 5 août 2018 muni d'un visa d'une durée de trente jours à l'issue duquel il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Le 25 avril 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par sa requête enregistrée sous le n° 230779, il demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a rejeté cette demande. Le 11 mars 2023, il a épousé une ressortissante de nationalité italienne résidant en France et a sollicité, le 23 février 2024, un titre de séjour en qualité de membre de famille d'une ressortissante européenne. Par sa requête enregistrée sous le n° 2404175, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel cette autorité a explicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la jonction :
2. Ces deux requêtes concernent la situation d'un même ressortissant étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions par lesquelles M. C sollicite l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel le préfet de la Gironde a explicitement rejeté cette demande.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Il ressort des pièces du dossier que le 23 février 2024, M. C, a déposé en préfecture une demande de titre de séjour fondée sur l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de son union avec une ressortissante européenne célébrée le 11 mars 2023. Par courrier du 28 mai 2024, et par l'intermédiaire de son conseil, il a interrogé les services de la préfecture sur l'état de l'instruction de sa demande. Il n'a reçu aucune réponse à cette demande et il ressort des termes de l'arrêté du 7 juin 2024 que celle-ci n'a pas été examinée par le préfet. Il s'ensuit que M. C est fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de cette demande et qu'elle doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. L'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Gironde réexamine la demande de titre de séjour présentée par M. C. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à M. C, dans le délai de huit jours et pendant la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. L'Etat étant la partie perdante dans la présente instance, il y a lieu de mettre à sa charge la somme de 1 200 euros à verser à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C et l'arrêté du 7 juin 2024 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la demande de titre de séjour de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans le délai de huit jours et pendant la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des deux requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme D et Mme B, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
E. D
Le président,
D. FERRARI Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier, - 2404135
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