lundi 6 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300787 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
D une requête et un mémoire enregistrés les 17 février 2023 et 2 mars 2023, M. C B, représenté D Me Boyance, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2023 D lequel le préfet de la Gironde a ordonné son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui remettre une attestation de demande d'asile et un formulaire de demande d'asile, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la date de notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 200 euros D jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris D une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;
- il est insuffisamment motivé en méconnaissance de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il ait reçu, D écrit et dans une langue qu'il comprend, l'ensemble des informations concernant la procédure ;
- l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet de la Gironde doit justifier avoir mené un entretien individuel dans une langue qu'il comprend, conformément à l'article 5 du règlement n° 604/2013 ;
-le préfet de la Gironde doit établir que les autorités bulgares et autrichiennes ont été saisies D les autorités françaises dans les délais imposés D les dispositions du règlement 604/2013 ; à défaut, la preuve de l'acceptation implicite des autorités autrichiennes ne serait pas rapportée ;
- il méconnaît les dispositions des articles 3.2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; le préfet s'est cru en situation de compétence liée ; l'Autriche est débordée D les demandes d'asile des ressortissants afghans depuis la fin de l'année 2022 et ces derniers font état de mauvais traitements, de la prise d'empreinte sans interprète et sous la contrainte ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il présente un risque sérieux de subir un traitement inhumain et dégradant en cas de transfert en Autriche, qui pratique une politique de renvoi systématique ; il sera renvoyé en Afghanistan où règne un climat de violence généralisée.
D un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023 le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que, dès lors que l'arrêté contesté a été abrogé D un arrêté du 1er mars 2023, la requête a perdu son objet et il n'y a plus lieu de statuer.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres D un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le règlement (CE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié D le règlement d'exécution (UE) n°118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de ladite loi ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Boyancé, représentant M. B, qui indique s'opposer au non-lieu à statuer, demande la condamnation de l'Etat au titre des frais de justice et à ce qu'une attestation de demandeur d'asile soit remise à M. B,
-le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de ces observations.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant afghan né le 21 janvier 2003, a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 28 septembre 2021 en provenance d'un autre Etat membre et s'y est maintenu sans être muni des documents et visa exigés D les textes en vigueur. Il s'est présenté, le 13 octobre 2022, à la préfecture de police de Paris pour y formuler une demande d'asile. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait introduit une première demande d'asile en Bulgarie le 31 août 2022 et une deuxième demande d'asile en Autriche le 18 septembre 2022. Les autorités bulgares et autrichiennes ont été saisies le 17 novembre 2022 d'une demande de reprise en charge sur le fondement de l'article 18-1-b du règlement UE 604/2013. Les autorités bulgares ont refusé la demande de reprise en charge et les autorités autrichiennes ont accepté leur responsabilité D un accord implicite, du 2 décembre 2022, en application de l'article 25 du règlement (UE) n°604/2013. D un arrêté du 2 février 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Gironde a prononcé sa remise aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit D le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit D la juridiction compétente ou son président. ( ) ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur le non-lieu à statuer :
3. Postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet de la Gironde a, D un arrêté du 1er mars 2023, abrogé l'arrêté contesté du 2 février 2023, lequel n'avait pas reçu exécution. D suite, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 février 2023, sont devenues sans objet, ainsi que D voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les frais liés à l'instance :
4. Ainsi qu'il a été dit au point 2, M. B a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. D suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Boyancé, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Boyancé de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros sera versée à M. B.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 février 2023 D lequel le préfet de la Gironde a prononcé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Boyancé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Boyancé, avocate de M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Gironde.
Rendu public D mise à disposition au greffe, le 6 mars 2023.
La magistrate désignée,
A. A La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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03/08/2026