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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300892

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300892

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête n° 2300892, enregistrée le 23 février 2023, Mme B C, représentée par Me Laveissière, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le maire de la commune du Mas d'Agenais a refusé de reconnaître comme imputable au service la maladie dont elle souffre ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune du Mas d'Agenais de reconnaître l'imputabilité au service de cette maladie ;

3°) à titre subsidiaire de désigner avant-dire-droit un expert médical ;

4°) de mettre à la charge de la commune du Mas d'Agenais la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation et méconnaît l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique dès lors que la pathologie dont elle souffre est en lien direct avec le service et n'est pas remise en cause par l'existence d'un état antérieur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, la commune du Mas d'Agenais, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la maladie est intervenue cinq ans après l'élément déclencheur méconnaissant ainsi les articles 37-2 et 37-3 du décret du 30 juillet 1987 ;

- le moyen soulevé par la requérante n'est pas fondé.

Par ordonnance du 13 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.

Un mémoire présenté par Mme C a été enregistré le 14 mai 2024 et n'a pas été communiqué.

II- Par une requête n° 2305042 et un mémoire, enregistrés le 13 septembre 2023 et le 13 mars 2024, Mme B C, représentée par Me Laveissière, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 août 2023 par laquelle le maire de la commune du Mas d'Agenais l'a admise à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité non imputable au service et l'a radié des cadres ;

2°) d'enjoindre à titre principal, au maire de la commune du Mas d'Agenais de la placer en retraite pour invalidité imputable au service ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) à titre infiniment subsidiaire de désigner avant-dire-droit un expert médical ;

4°) de mettre à la charge de la commune du Mas d'Agenais la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation et méconnaît l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique dès lors que la pathologie dont elle souffre est en lien direct avec le service et n'est pas remise en cause par l'existence d'un état antérieur ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait et la commune s'est fondée sur des textes qui ont été abrogés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, la commune du Mas d'Agenais, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que

- la requête est irrecevable dès lors que la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la maladie est intervenue cinq ans après l'élément déclencheur méconnaissant ainsi les articles 37-2 et 37-3 du décret du 30 juillet 1987 ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 avril 2024.

Des pièces ont été enregistrées le 11 décembre 2024, en réponse à une demande présentée en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, et communiquées aux parties.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fernandez,

- les conclusions de M. Bilate, rapporteur public,

- les observations de Me Roncin, représentant Mme C, et de Me Dubois, représentant la commune du Mas d'Agenais.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est agente territoriale spécialisée des écoles maternelles (ATSEM) et exerce ses fonctions au sein de la commune du Mas d'Agenais. Le 19 janvier 2017, elle a fait part au maire de ses souffrances au travail. Celui-ci a demandé au centre de gestion de la fonction publique territoriale de Lot-et-Garonne de mettre en place une médiation avec un psychologue. Le 10 mars 2017 à l'issue d'une réunion relative à la charte de l'ATSEM avec sa directrice, Mme C a été placée en congé de longue durée jusqu'au 9 mars 2022. Le 28 février 2022, elle a demandé au maire de reconnaître sa maladie anxiodépressive comme imputable au service. Le conseil médical a rendu un avis défavorable le 15 décembre 2022. Par la requête n° 2300892, elle demande l'annulation de la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le maire a rejeté cette demande. Par ailleurs, le 26 janvier 2023, Mme C a demandé son admission à la retraite pour invalidité. Le 5 août 2023, le maire du Mas d'Agenais l'a admise à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité non imputable au service et l'a radié des cadres. Elle demande l'annulation de cette décision par la requête n° 2305042.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2300892 et n° 2305042 portent sur la situation d'une même agente, sur des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 décembre 2022 :

3. Aux termes de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat.". Aux termes de l'article L. 461- 1 du code de la sécurité sociale : " () Peut être également reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu'elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d'un taux évalué dans les conditions mentionnées à l'article L. 434-2 et au moins égal à un pourcentage déterminé ". Aux termes de l'article R. 461-8 du même code : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ". Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

4. Mme C souffre d'un syndrome anxiodépressif qui serait apparu en raison de son contexte professionnel et notamment à la suite d'une réunion qui a eu lieu le 10 mars 2017. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C est suivie pour cette même pathologie depuis au moins 2011 et qu'elle serait également en partie liée à des difficultés relationnelles au sein de sa famille ainsi que l'indique notamment le rapport du médecin du travail du 24 octobre 2022. De même, le conseil médical départemental du 15 décembre 2022 a émis un avis défavorable en estimant que la maladie de l'intéressée était indépendante. Dans ces circonstances la maladie de Mme C n'est pas essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions. Au surplus, il n'est pas contesté que son taux d'IPP, qui n'est au demeurant pas évalué même par les médecins qui considèrent que sa maladie est imputable au service, n'atteint pas les 25%. Par suite, en refusant de reconnaître la maladie de Mme C comme imputable au service, le maire de la commune du Mas d'Agenais n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait ni fait une inexacte application des dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ou d'ordonner une expertise avant-dire-droit, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 23 décembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 août 2023 :

6. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, les moyens tirés de l'erreur de fait et d'appréciation doivent être écartés.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. La décision litigieuse vise les textes applicables à la situation de Mme C. La circonstance qu'elle vise les lois du 13 juillet 1983 et du 26 janvier 1984 au lieu du code général de la fonction publique qui était applicable est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation en droit. La décision mentionne également la lettre du 26 janvier 2023 par laquelle Mme C a demandé son admission à la retraite pour invalidité, l'avis favorable de la CNRACL du 16 décembre 2022 et l'avis du conseil médical du 15 décembre 2022. Ce dernier avis dont Mme C a eu connaissance, émettait un avis favorable à sa mise à la retraite pour invalidité sans reconnaître le caractère imputable au service de celle-ci. En outre, à la date de sa demande de mise à la retraite le 26 janvier 2023, Mme C avait eu connaissance de la décision du 23 décembre 2022 ne reconnaissant pas comme imputable au service sa pathologie. A ce titre, sa demande mentionnait seulement une retraite pour invalidité et non une imputabilité au service de celle-ci de sorte que le maire n'avait pas à se prononcer sur cet aspect dans la décision attaquée. Dans ces conditions, l'arrêté du 5 août 2023 est suffisamment motivé.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ou d'ordonner une expertise avant-dire-droit, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 5 août 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Mas d'Agenais, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur ce fondement. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros à verser à la commune au titre de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes n° 2300892 et 2305042 de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Mme C versera à la commune du Mas d'Agenais la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune du Mas d'Agenais.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.

Le rapporteur,

D. Fernandez

Le président,

D. KatzLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2300892, 230504

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