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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300946

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300946

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2023 Mme E A, représentée par Me Maraud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est fondée sur un refus de séjour illégal et doit être annulé par voie de conséquence.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale et doit donc être annulée par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 28 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 mars 2023.

Mme A a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2023.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pouget, président,

- et les observations de Me Maraud, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 17 juin 2002, est entrée en France au mois de septembre 2018. Elle a obtenu, à sa majorité, un premier titre de séjour " étudiant " valable jusqu'au 5 mai 2022. Le 12 avril 2022 elle a demandé un changement de statut pour obtenir un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 décembre 2022, la préfète de la Gironde a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, M. B D, directeur des migrations et de l'intégration, à la préfecture de la Gironde, signataire des décisions en litige, disposait par un arrêté de la préfète de la Gironde du 5 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-196 du même jour, et librement accessible, d'une délégation à l'effet de signer toutes décisions pour toutes les matières relevant des missions de la direction des migrations et de l'intégration et notamment, en matière d'éloignement, toutes décisions prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions doivent être écartés comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. La circonstance que la préfète de la Gironde n'expose pas l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle ne révèle pas, à elle seule, un défaut de motivation au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ( ) ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire français en 2018, alors qu'elle était mineure, et a été prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Elle a obtenu un titre de séjour en tant qu'étudiante et produit le certificat d'aptitude professionnelle qu'elle a obtenu le 13 octobre 2022. La requérante est également mère d'un enfant né le 18 novembre 2019. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le père de cet enfant, M. C, également de nationalité guinéenne et autorisé à séjourner en France en qualité d'étudiant, n'a pas vocation à y demeurer lorsque ses études universitaires seront terminées. Surtout, Mme A déclare elle-même qu'elle ne partage aucune communauté de vie avec lui. Si les modalités de visite du père ont été fixées par un jugement rendu le 5 janvier 2023 par le tribunal judiciaire de Bordeaux, aucun des éléments produits par la requérante ne démontre que M. C participe à l'entretien et à l'éducation de son enfant, ou, à tout le moins, qu'il est présent dans la vie de son fils. Par ailleurs, même si la requérante est entrée en France alors qu'elle était mineure, elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales et isolée dans son pays d'origine. Enfin, les efforts fournis par Mme A pour s'intégrer dans la société française ne lui confèrent aucun droit particulier au séjour. Ainsi, alors que rien ne fait obstacle à ce qu'elle retourne en Guinée avec son fils, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent donc être écartés.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que la préfète de la Gironde ait spontanément examiné sa situation au regard des dispositions de cet article. Par suite le moyen tiré de que ces dispositions auraient été méconnues doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour étant écartés, Mme A n'est, par suite, pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur une décision illégale et à en demander l'annulation par voie de conséquence.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. Eu égard à ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est fondée sur une décision illégale et à en demander l'annulation par voie de conséquence.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2022.

Sur les autres conclusions de la requête :

10. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le président-rapporteur,

L. POUGET

L'assesseur le plus ancien,

L. JOSSERAND

La greffière,

M-A PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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