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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300961

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300961

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCM.ANTIGONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2023, M. A B, représenté par la SELARL Uldrif Astié, avocat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née le 19 juillet 2022 du silence gardé par la préfète de la Gironde sur sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et ce, en toute hypothèse, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

- entré en France le 2 mai 2017, il a obtenu une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable jusqu'au 20 octobre 2018, dont il a sollicité le renouvellement le 15 novembre suivant ;

- après s'être vu délivrer deux récépissés de demande de titre, couvrant la période du 20 juillet 2021 au 14 décembre 2021, il a été informé, par courrier du 15 septembre 2021, que sa demande avait fait l'objet d'une décision implicite de rejet, et a alors déposé, le 15 novembre 2021, une nouvelle demande de titre ;

- il a procédé, par envoi reçu le 19 avril 2022, au complément de dossier que les services lui avaient réclamé le 11 mars précédent, et s'est vu adresser en conséquence un récépissé valable à compter du 27 avril 2022 et renouvelé jusqu'au 10 novembre 2022 ;

- sa demande de nouveau récépissé a été rejetée par décision du 28 novembre 2022 au motif de l'absence de dossier en cours d'instruction ;

- en application de l'article R. 421-60 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'autorité préfectorale a fait naître une décision implicite de rejet à échéance d'un délai de quatre-vingt-dix jours, soit le 19 juillet 2022 ;

- sa demande tendant au renouvellement d'un titre, la condition d'urgence doit être présumée satisfaite ;

- en toute hypothèse, le défaut de récépissé, qui le place dans une situation précaire et l'empêche de travailler pour subvenir à ses besoins, lui cause un préjudice grave ;

- en l'absence de réponse dans le délai imparti à sa demande du 2 janvier 2023 tendant à la communication des motifs du rejet, la décision est entachée d'un défaut de motivation, en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est repose sur une erreur de droit au regard de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- eu égard aux liens personnels et familiaux qu'il a établis en France, la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code précité ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 mars 2023 à 14h30, ont été entendus :

- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;

- les observations de Me Ghettas, représentant M. A B, qui a développé les moyens soulevés dans la requête.

Le préfet de la Gironde n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 8 février 1989 à Dar Belamri, au Maroc, a déposé auprès des services de la préfecture de la Gironde, le 15 novembre 2021, une demande de renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ", qu'il a complétée par la production de pièces complémentaires le 19 avril 2022. Par la présente instance, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née à échéance du délai de quatre-vingt-dix jours prévu par l'article R. 421-60 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du silence gardé par la préfète de la Gironde sur sa demande de titre.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction sous astreinte :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code précité : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Pour l'application des dispositions précitées du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Selon les éléments produits, M. B, qui avait obtenu une carte de séjour le 27 septembre 2017, en a sollicité le renouvellement le 15 octobre 2018. Conformément à l'invitation que lui a faite la préfète de la Gironde par courrier du 15 septembre 2021, M. B a déposé un nouveau dossier, le 25 novembre suivant. A la suite de la demande de pièces complémentaires des services préfectoraux, en date du 11 mars 2022, l'intéressé a complété son dossier par envoi reçu le 19 avril 2022. Il s'est vu délivrer, en conséquence, des récépissés de demande de titre couvrant la période du 27 avril 2022 au 26 juillet 2022. Si le silence de l'autorité préfectorale dans délai prévu à l'article R. 421-60 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a néanmoins fait naître une décision implicite de rejet, il est établi par les pièces du dossier que, à la suite de la présente requête, l'autorité préfectorale a adressé à l'intéressé un nouveau récépissé de demande de titre l'autorisant à travailler, le 6 mars 2023, valable jusqu'au 5 juin 2023. Dans ces circonstances, M. B ne justifie plus d'une situation d'urgence qui rendrait nécessaire la suspension de l'exécution de la décision de rejet implicite de sa demande de titre. Dès lors que la condition d'urgence n'est plus satisfaite, les conclusions de M. B aux fins de suspension et d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A B à l'aide juridictionnelle.

6. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A B demande le versement au profit de son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : M. A B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au préfet de la Gironde et à la SELARL Uldrif Astié.

Fait à Bordeaux, le 27 mars 2023.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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