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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300963

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300963

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2023, et des pièces complémentaires enregistrées le 3 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Cesso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

En ce qui concerne le refus de séjour :

- cette décision a été édictée en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ce qui la protège de tout éloignement ;

- cette décision a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F ;

- et les observations de Me Esseul, substituant Me Cesso, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de nationalité marocaine née le 1er janvier 1981, déclare être entrée irrégulièrement en France au cours du mois de septembre 2018. Elle a épousé un compatriote titulaire d'une carte de résident le 17 octobre 2020. Un enfant est né de leur union le 9 juillet 2021. Le 28 octobre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 27 janvier 2023, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. Mme C D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, bénéficiait, par arrêté préfectoral du 5 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs et accessible sur le site internet de la préfecture de la Gironde, d'une délégation lui permettant de signer toutes les décisions que comporte l'arrêté en litige au nom de la préfète de la Gironde, qui était en fonction jusqu'au 29 janvier 2023 inclus. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si Mme A soutient que le centre de ses intérêts familiaux se trouve en France où elle s'est mariée, le 17 octobre 2020, avec un compatriote, titulaire d'une carte de résident, dont elle a eu un enfant né le 9 juillet 2021, et qui est lui-même père d'un enfant de nationalité française, il ne ressort toutefois d'aucune des pièces du dossier qu'il existerait un quelconque obstacle à ce que son époux sollicite le regroupement familial en sa faveur et à ce que Mme A retourne dans son pays d'origine où elle n'est pas isolée, durant la brève durée de l'instruction de cette demande. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, de la durée et des conditions de séjour en France de Mme A et de son mariage récent, la préfète de la Gironde n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Ainsi, les moyens tirés de ce que la préfète de la Gironde aurait méconnu les dispositions et stipulations précitées doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Si Mme A se prévaut de l'ancienneté de sa vie familiale en France, et de la particularité de la composition du foyer familial qu'elle forme avec son époux, tenant à la présence au foyer, outre leur enfant commun, de l'enfant né d'une relation précédente de son époux avec une ressortissante de nationalité française, à l'éducation duquel elle allègue participer, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que cet enfant vivrait effectivement au domicile de son père. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de la Gironde aurait méconnu les dispositions précitées en refusant de prendre en compte cette situation pour l'admettre exceptionnellement au séjour doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Eu égard à la brève durée d'instruction d'une demande de regroupement familial, et à l'absence d'obstacle que l'époux de Mme A vienne lui rendre visite au Maroc, et à ce qu'elle-même sollicite la délivrance de visa court séjour afin de venir le retrouver régulièrement en France, réduisant d'autant la durée de la séparation de l'un d'eux avec leur enfant, le moyen tiré de ce que le refus de séjour contesté porterait atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant, comme de celui né de la première relation de son époux, en méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la préfète de la Gironde aurait inexactement apprécié la situation de la requérante en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que Mme A ne remplit pas les conditions pour bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Par suite le moyen tiré de ce qu'elle était de ce fait protégée de l'édiction de toute mesure d'éloignement doit être écarté.

11. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et de ce que la préfète de la Gironde aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme F et Mme E, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

E. F

Le président,

D. FERRARI La greffière,

C. POTTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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