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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301053

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mars 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 21 mars 2023, Mme D A, agissant au nom de son fils mineur B A, représentée par Me Stinco, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 13 décembre 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de Gironde a confirmé l'affectation de l'enfant Morgan au collège Alouette de Pessac, ensemble la décision initiale du 2 novembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Bordeaux d'affecter Morgan A au collège de Martignas-sur-Jalle ainsi que de mettre en place un accompagnement quotidien, et ce, dans un délai de huit jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que son fils a été affecté dans un collège qui, d'une part, est inadapté à ses troubles, d'autre part, ne lui offre pas l'accompagnement dont il a besoin, ce qui est de nature à compromettre la poursuite de sa scolarité ;

- la décision du 13 décembre 2022 est entachée du vice de l'incompétence de son auteur, à défaut de justification d'une délégation de signature régulière à ce dernier de la part de directrice académique des services de l'éducation nationale ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 24 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, les dispositions du treizième alinéa du Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 et les articles L. 111-1 et L. 111-2 du code de l'éducation, dès lors que le collège Alouette de Pessac est totalement inadapté au handicap de Morgan ;

- la décision repose sur une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2023 et une pièce complémentaire enregistrée le 21 mars 2023, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 et notamment son Préambule ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 mars 2023 à 14h30, ont été entendus :

- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;

- les observations de Me Stinco, représentant Mme A, qui a développé les moyens soulevés dans la requête, et les observations de Mme A ;

- les observations de Mme C, représentant la rectrice de l'académie de Bordeaux, qui a confirmé les moyens opposés en défense par cette autorité.

La parole a été donnée en dernier lieu à la défense et la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

La rectrice de l'académie de Bordeaux a déposé une note en délibéré le 22 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, qui était scolarisé en classe de 4ème au sein du collège d'Estey à Saint-Jean-D'Illac, a fait l'objet d'une exclusion définitive de cet établissement, par décision du 17 octobre 2022, à raison de violences commises sur un autre élève. Par une décision du 2 novembre 2022, la directrice académique des services de l'éducation nationale a autorisé Morgan A à poursuivre sa scolarité au collège Alouette à Pessac. Mme A, mère de Morgan, a formé le 21 novembre 2022 un recours gracieux contre cette décision d'affectation, qui a été rejetée par décision du 13 décembre 2022. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision d'affectation comme du rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction sous astreinte :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par Mme A et analysés ci-dessus n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 2 novembre 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de Gironde a affecté Morgan A au collège Alouette de Pessac et de la décision du 13 décembre 2022 de cette autorité rejetant le recours gracieux contre cette affectation. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de Mme A aux fins de suspension de l'exécution de ces deux décisions doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, sa demande d'injonction sous astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont Mme A demande le paiement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2301053 de Mme D A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse

Copie sera adressée à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Fait à Bordeaux, le 27 mars 2023.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,