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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301081

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301081

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301081
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mars et 5 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Méaude, avocate, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 3 février 2023 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant cessation des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil dans le délai de soixante-douze heures, sous astreinte de 200 euros par jour de retard avec effet rétroactif ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a été informée qu'en français alors même qu'elle ne comprend que partiellement la langue française ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par une ordonnance du 18 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juin 2023.

Un mémoire présenté par l'office français de l'immigration et de l'intégration le 1er septembre 2023 n'a pas été communiqué dès lors qu'il a été enregistré après la clôture de l'instruction.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delvolvé, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 12 mai 1984, de nationalité guinéenne, déclare être entrée en France le 1er février 2022. Elle a déposé une demande d'asile après de la préfecture de la Gironde le 2 mars 2022 et a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII. Par un courrier du 8 juin 2022, l'OFII l'a informée de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et Mme A a présenté des observations reçues le 27 juin 2022. Par une décision du 3 février 2023, l'OFII a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait l'intéressée. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision du 3 février 2023.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; (). / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier et des certificats médicaux produits que Mme A souffre d'une pathologie chronique et présente des séquelles sévères sur le plan neurologique. Elle est désorientée dans le temps et l'espace et présente également des troubles de la compréhension, des troubles visuels, des troubles d'encodages, des troubles de la mémoire à court terme et une aphasie. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que Mme A a été hospitalisée de nombreuses fois entre le 1er février 2022 et le 29 avril 2022 au centre hospitalier de Pau. Dans ces conditions, comme le mentionne l'OFII dans la décision en litige, l'intéressée se trouve dans une " grande vulnérabilité médicale ". Par suite, en prenant une décision de cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la situation de Mme A.

5. Il résulte de ce qui précède que, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 3 février 2023 de la directrice territoriale de l'OFII de Bordeaux.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'OFII rétablisse à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Méaude, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Méaude de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 3 février 2023 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Méaude, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Méaude.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président-rapporteur,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

La première assesseure,

S. MOUNIC Le président-rapporteur,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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