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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301187

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301187

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL BERNADOU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, une pièce et un mémoire complémentaire enregistrés les 8, 16 mars et 3 avril 2023, M. B E et Mme D E, représentés par Me Chambord, avocat, demandent au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le maire de la commune de La Rivière a accordé à M. A un permis de construire en vue de la rénovation et de la surélévation d'une maison d'habitation, située 5 rue de la Franchise ;

2°) de mettre à la charge des défendeurs une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt à agir en leur qualité de voisins immédiats du projet et compte tenu de l'ampleur et de la hauteur des travaux projetés et des nuisances sonores induites par les travaux ;

- la condition d'urgence doit être regardée comme présumée, en application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité du permis de construire contesté ;

- en premier lieu, le dossier de permis de construire est incomplet ; le document graphique n'est pas conforme aux exigences de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ; les points et angles de vue ne sont reportés ni sur le plan de masse, ni sur le plan de situation ; le plan de masse du projet de permis ne comporte pas de cotes en trois dimensions, ni de cotes altimétriques rattachées au système altimétrique de référence du plan de prévention des risques inondations en méconnaissance de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ;

- en deuxième lieu, la surélévation va aggraver la fragilité de la maison existante située en zone inondable et soumise à un risque relatif au retrait gonflement des argiles, ce qui aurait dû conduire le pétitionnaire à faire réaliser une étude géotechnique afin de vérifier l'adaptation des fondations ; à ce titre, le maire devait refuser le permis sollicité sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- en troisième lieu, la demande de permis de construire n'a pas été déposée par un architecte en méconnaissance de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme ;

- en quatrième lieu, des travaux ont été réalisés sans autorisation sur la construction existante, de sorte qu'il appartenait au propriétaire qui envisageait de faire de nouveaux travaux de déposer une déclaration ou de présenter une demande de permis portant sur l'ensemble des éléments de la construction ;

- en dernier lieu, le permis de construire est entaché de fraude.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2023, la commune de La Rivière, représentée par Me Bernadou, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable à défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- la présomption d'urgence est renversée par des circonstances particulières tenant en ce que les travaux ont essentiellement pour objet de rénover et de consolider la maison et notamment la toiture-charpente en très mauvais état afin d'éviter un effondrement ; la sécurisation du bâtiment implique ainsi une exécution immédiate des travaux ;

- aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité du permis de construire contesté.

Par des mémoires en défense enregistrés les 30 mars et 3 avril 2023, M. C A, représenté par Me Laveissière, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable à défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- la présomption d'urgence est renversée par des circonstances particulières tenant, d'une part, en la nécessité de sécurisation sans délai des bâtiments, d'autre part, en sa situation familiale et financière ;

- aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité du permis de construire contesté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme F pour exercer les fonctions de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, juge des référés ;

- les observations de Me Gelinier, représentant M. et Mme E, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de ces derniers.

- les observations de Me Raddatz, représentant la commune de La Rivière, qui a repris les moyens invoqués en défense par cette collectivité

- et les observations de Me Laveissière, représentant M. A, qui a repris les moyens invoqués en défense par le pétitionnaire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. et Mme E ont déposé une note en délibéré le 3 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 octobre 2022, le maire de la commune de La Rivière a accordé à M. C A un permis de construire en vue de la rénovation et de la surélévation d'une maison d'habitation, située 5 rue de la Franchise. Par la présente requête, M. B et Sylvie E, qui sont propriétaires d'une maison mitoyenne, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. et Mme E tels qu'analysés ci-dessus n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 11 octobre 2022 du maire de La Rivière accordant un permis de construire à M. A. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense comme de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de M. et Mme E aux fins de suspension de l'exécution du permis en litige doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Rivière et de M. A la somme dont la M. et Mme E demandent le paiement au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur ce même fondement par la commune de La Rivière et par M. A.

O R D O N N E :

Article 1err : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de la Rivière tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de M. A tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme B et D E, à la commune de la Rivière et à M. C A.

Fait à Bordeaux, le 4 avril 2023.

La juge des référés,

B. MOLINA-ANDREO La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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