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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301376

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301376

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL BERNADOU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrée les 17 mars et 5 avril 2023, M. A B, représenté Me Noël, avocate, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 31 janvier 2023 de sa mise à la retraite pour invalidité et sa radiation des cadres à compter du 1er février 2023 ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Eysines de saisir le conseil médical en formation plénière d'une demande d'avis sur son aptitude à reprendre une activité professionnelle, dans un délai de 15 jours à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Eysines de la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'urgence est justifiée par une perte importante de rémunération ; il se trouve désormais dans l'impossibilité d'assumer ses charges incompressibles, qui ont été calculées sur la base des revenus du ménage antérieurement à la décision attaquée ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

- elle n'est pas motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le conseil médical était irrégulièrement composé et ne s'est pas valablement prononcé sur sa situation, ce qui l'a privé d'une garantie ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'est inapte qu'à ses fonctions mais qu'il est apte à d'autres fonctions et aurait dû se voir proposer un reclassement, sur un poste adapté à son état de santé.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 4 et 5 avril 2023, la commune d'Eysines, représentée par Me Bernadou, avocat, conclut au rejet de la requête conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas d'une situation d'urgence dès lors qu'il n'est pas privé de toute ressource ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 17 mars 2023 sous le n° 2301368 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Latour, représentant M. B, qui confirme ses écritures et qui soutient en outre que :

- l'entretien qu'il a eu avec le Faivre n'a duré que dix minutes ; la commune n'est pas tenue de suivre l'avis du conseil médical ; le médecin de prévention n'a même pas été consulté ; une expertise médicale serait la plus à même de lui permettre de démontrer qu'il peut retravailler.

- les observations de Me Bernadou, représentant la commune d'Eysines, qui confirme ses écritures et qui fait valoir en outre que :

- il n'existe aucune animosité à l'encontre du requérant ; la persistance des avis collégiaux ne pouvait que conduire la commune à mettre le requérant à la retraite pour invalidité.

La parole a été donnée en dernier lieu au défendeur et la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 19 juin 1971, était agent de commune d'Eysines depuis l'année 2010, sur le grade d'agent technique territorial, aux fonctions d'agent polyvalent. A compter du mois de septembre 2018, le requérant a été victime de plusieurs pathologies cardiaques et vasculaires qui l'ont tenues éloigné du service. Il a été placé en congé de longue maladie à compter du 20 septembre 2018 au 19 septembre 2021. Durant cette période, la commune a saisi le comité médical départemental d'une demande d'avis sur l'aptitude de l'agent à reprendre ses fonctions. Selon avis du 7 avril 2021, le comité médical départemental a proposé une " prolongation du congé de longue maladie pour une durée de six mois, plus trois mois à compter du 20 décembre 2020 ", avant de considérer que M. B était inapte de manière totale et définitive à toutes fonctions. Le requérant a contesté cet avis d'inaptitude par courrier du 10 mai 2021. Le 8 septembre 2021, le comité médical supérieur a émis un avis défavorable à la demande du requérant et conforme à l'avis du conseil médical départemental, considérant qu'il était inapte de manière totale et définitive à ses fonctions et à toutes fonctions et préconisant une mise en retraite pour invalidité à l'expiration de ses droits à congé de longue maladie. Par un arrêté du 31 janvier 2023, dont le requérant demande la suspension de l'exécution sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la commune d'Eysines a admis M. B à la retraite pour invalidité à compter du 1er février 2023, et l'a en conséquence radié des cadres à compter de cette même date.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

3. En l'état de l'instruction aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de M. B dirigées contre la commune d'Eysines qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de la commune d'Eysines au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Eysines en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune d'Eysines.

Fait à Bordeaux, le 7 avril 2023.

Le juge des référés,

Ph. CLa greffière,

C. GIOFFRÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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