mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mars 2023 et un mémoire enregistré le 12 avril 2023, complétés de pièces le 17 avril 2023, M. C A B, représenté Me Pather, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui remettre un récépissé dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il dispose d'une promesse d'embauche en tant qu'ouvrier agricole ; il est maintenu dans une situation de précarité et ne peut disposer d'aucune ressource ni couverture sociale ; il a déposé une demande d'admission mais ne peut en justifier en l'absence de délivrance d'un récépissé ; il justifie ainsi de l'urgence de sa situation et de l'utilité de la mesure sollicitée ;
- sa demande n'ayant pas été enregistrée son recours ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;
- il a communiqué le 5 janvier 2023 à la préfecture les pièces complémentaires sollicitées ; c'est à tort que le préfet indique ne pas avoir reçu ces documents ; un nouveau courrier a été adressé à la préfecture le 3 avril 2023.
Par des mémoires enregistrés les 5 et 14 avril 2023, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les documents qui prouveraient la présence du requérant en France depuis 2018 et le paiement du timbre fiscal de 50 euros n'ont pas été trouvés au service des étrangers de la préfecture ; ils n'ont pas été joints au courrier adressé le 3 avril 2023 à la préfecture par l'intéressé ; le dossier ne peut donc être regardé comme complet et induire la délivrance d'un récépissé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pouget, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2023 à 10h00 :
- le rapport de M. Pouget, juge des référés ;
- et les observations de Me Meaude, substituant Me Pather, représentant M. A B, qui reprend ses écritures.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain, a sollicité son admission au séjour en août 2022. A défaut de réponse, il a réitéré cette demande le 6 décembre 2022 et a demandé à être convoqué à la préfecture de Lot-et-Garonne. Sans réponse, M. A B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer, pour la présente instance, l'admission provisoire de M. A B à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête, qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
4. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que par un courrier du 29 décembre 2022, le préfet de Lot-et-Garonne a demandé à M. A B de compléter son dossier de demande de titre de séjour en produisant tous documents justifiant de sa résidence en France depuis 2018 ainsi que la somme de 50 euros en timbres fiscaux. Cette demande a été réitérée par un courrier du 28 mars 2023, le préfet y sollicitant en outre copies de l'acte de naissance et du carnet de santé de l'enfant de M. A B. Le conseil de ce dernier a transmis ces deux pièces à la préfecture par un courrier du 3 avril 2023 et renvoyé pour le surplus aux pièces jointes à un courrier antérieur du 5 janvier 2023. Il résulte des mentions explicites et précises de ce courrier, ainsi que de courriels ultérieurs, qu'y étaient effectivement joints tant les pièces destinées à attester de la résidence en France de M. A B depuis 2018 qu'un justificatif de paiement d'un timbre fiscal de 50 euros. Copies de ces pièces ont d'ailleurs été produites par le requérant dans le cadre de la présente instance. Dans ces conditions, et quand bien même le préfet fait valoir que les recherches effectuées par ses services n'ont pas permis d'en retrouver la trace, le requérant doit être regardé comme établissant la complétude de son dossier de demande de titre de séjour et, en conséquence, sa demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. D'autre part, eu égard aux conséquences de la détention d'un récépissé sur la situation de M. A B, notamment sur son droit à se maintenir en France et son droit au travail, et à la prolongation pendant une durée anormalement longue de la situation précaire qui lui est imposée, sa demande présente un caractère d'urgence et d'utilité.
7. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par M. A B ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A B et de lui délivrer un récépissé de cette demande, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais d'instance :
9. M. A B étant admis à l'aide juridictionnelle provisoire, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros à Me Pather, son avocate, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Lot-et-Garonne d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A B et de lui délivrer un récépissé de cette demande, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pather la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation de sa part au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B, au ministre de l'intérieur et à Me Pather.
Copie en sera adressée au préfet de la Lot-et-Garonne.
Fait à Bordeaux le 18 avril 2023.
Le juge des référés, La greffière,
L. POUGET C. GIOFFRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N o 2301419
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