mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301477 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU-1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 mars 2023 et 24 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 11 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire, ensemble les décisions de retrait de points qui y sont mentionnées ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- il n'a pas bénéficié de l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire enregistré le 11 avril 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête et de mettre à la charge du requérant la somme de 750 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cornevaux a été entendu en audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a commis, les 1er juillet 2019, 30 octobre 2019, 29 janvier 2020, 7 juin 2020, 29 octobre 2021, 13 juillet 2022, 31 mai 2022 et 24 janvier 2023, diverses infractions au code de la route entraînant le retrait de l'ensemble des points afférents à son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 11 février 2023, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de l'intéressé pour solde de points nul. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision " 48 SI ", ensemble les décisions de retrait de points qui y sont mentionnées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 223-3 de ce même code : " Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
En ce qui concerne les infractions commises les 1er juillet 2019, 30 octobre 2019, 29 janvier 2020, 7 juin 2020, 29 octobre 2021 et 31 mai 2022 constatés par voie de voie de radar automatique :
3. Le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle-ci, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de l'obligation d'information qui lui incombe en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartenait à cette fin de produire l'avis de contravention qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.
4. Il ressort du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B que celui-ci a procédé au règlement des amendes forfaitaires correspondant aux infractions des 1er juillet 2019, 30 octobre 2019, 29 janvier 2020, 7 juin 2020, 29 octobre 2021 et 31 mai 2022. En outre, le requérant ne démontre pas s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet. Dès lors, l'administration est réputée lui avoir délivré l'information requise. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B n'avait pas bénéficié de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route suite à la commission des infractions des 1er juillet 2019, 30 octobre 2019, 29 janvier 2020, 7 juin 2020, 29 octobre 2021 et 31 mai 2022 doit être écarté.
En ce qui concerne les infractions commises les 13 juillet 2022 et 24 janvier 2023 ayant donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique :
5. Lorsqu'une infraction entraînant retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme à ces dispositions, dont la mise en œuvre a été généralisée à l'occasion d'une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.
6. Il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B que les infractions commises les 13 juillet 2022 et 24 janvier 2023, constatées par procès-verbal électronique, ont été enregistrées comme définitives le jour de leur constatation et ont ainsi donné lieu, contrairement à ce qu'il est affirmé en défense, au paiement immédiat des amendes afférentes entre les mains de l'agent verbalisateur. Faute de production des procès-verbaux électroniques signés, le ministre de l'intérieur n'établit pas que l'administration aurait délivré au requérant l'ensemble des informations requises par les dispositions citées au point 2 avant le paiement de ces amendes. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que les retraits de points effectués à la suite de ces infractions sont entachés d'irrégularité.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions qu'elles prévoient dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si le contrevenant justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
8. Si M. B soutient que la réalité des infractions 1er juillet 2019, 30 octobre 2019, 29 janvier 2020, 7 juin 2020, 29 octobre 2021 et 31 mai 2022 qui lui sont reprochées n'est pas établie, il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire du requérant que les amendes forfaitaires ont été payées par l'intéressé. Le requérant ne démontre ni même n'allègue avoir présenté des requêtes en exonération. Dans ces conditions, ces mentions suffisent à établir la matérialité des infractions dont les retraits de points sont contestés. Le moyen doit par suite être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les décisions de retraits de points intervenues suite aux infractions commises les 13 juillet 2022 et 24 janvier 2023 doivent être annulées, de même que la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire du requérant. En revanche, les conclusions à fin d'annulation formées contre les retraits de points intervenus suite aux infractions des 1er juillet 2019, 30 octobre 2019, 29 janvier 2020, 7 juin 2020, 29 octobre 2021 et 31 mai 2022 doivent être rejetées.
Sur les fins d'injonction :
10. Le présent jugement implique seulement que le ministre de l'intérieur réaffecte les points retirés suite aux infractions des 13 juillet 2022 et 24 janvier 2023 sur le permis de conduire de M. B, sans préjudice des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé et ce, dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas partie perdante à l'instance, la somme demandée par le ministre de l'intérieur sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de retrait de points suite aux infractions commises les 13 juillet 2022 et 24 janvier 2024 ainsi que la décision référencée " 48 SI " du 11 février 2023 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières.
Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
G. CORNEVAUX
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2301477
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