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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301672

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301672

mardi 14 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-1ère chambre
Avocat requérantLAPLAGNE ET BROUILLOU-LAPORTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme A... qui contestait le refus de la CNRACL de réviser sa pension de retraite. La requérante demandait la prise en compte d'un arrêté de nomination en classe exceptionnelle, pris après son admission à la retraite et avec un effet rétroactif. Le tribunal a jugé que, conformément à l'article 17-1 du décret n°2003-1306, un tel avancement postérieur à la cessation des services ne peut être pris en compte pour le calcul de la pension, sauf exceptions inapplicables en l'espèce. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2023, Mme B... A..., représentée par Me Laplagne, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 3 mars 2023 par laquelle la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) a refusé de réviser sa pension liquidée le 1er juillet 2022 ;

2°) d’enjoindre à la CNRACL de réviser sa pension en prenant en considération sa nomination en qualité d’assistante médico-administrative de classe exceptionnelle titulaire à compter du 1er janvier 2022, échelon 9, indice brut 660, indice majoré 551, avec ancienneté restant acquise au 31 août 2019 ;

3°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision est entachée d’erreur de droit dès lors que la décision de nomination du 14 décembre 2022 a un effet rétroactif dont il doit être tenu compte ;
- la décision est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, la Caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ;
- le décret n° 2007-173 du 7 février 2007 relatif à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Champenois, première conseillère, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Champenois,
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bibron, représentant Mme A....


Considérant ce qui suit :

Par arrêté du 24 février 2022, la directrice des ressources humaines et du dialogue sociale de l’Etablissement public de santé mentale de l’agglomération lilloise a admis Mme A..., assistante médico-administrative de classe supérieure titulaire au 13e échelon, indice brut 638, indice majoré 534, à la retraite à compter du 1er juillet 2022. Par courrier électronique du 29 décembre 2022, Mme A... a demandé à la CNRACL de réviser sa pension de retraite, afin que soit prise en compte sa nomination en classe exceptionnelle au 1er janvier 2022. Par courrier du 4 janvier 2023, le directeur de la CNRACL a refusé de procéder à cette révision, décision confirmée par décision du 3 mars 2023 prise sur recours gracieux. Mme A... doit être regardée comme demandant l’annulation de ces deux décisions.

En premier lieu, aux termes de l’article 17-1 du décret n° 2003-1306 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : « I. - Aux fins de sa liquidation, le montant de la pension est calculé en multipliant le pourcentage de liquidation tel qu'il résulte de l'application de l'article 16 par le traitement soumis à retenue afférent à l'indice correspondant à l'emploi, grade, classe et échelon effectivement détenus depuis six mois au moins par le fonctionnaire au moment de la cessation des services valables pour la retraite (…) ». Les intéressés ne peuvent pas, au titre de cette disposition, se prévaloir de droits acquis qu’ils tiendraient d’actes intervenus dans les six mois précédant la date de leur admission à la retraite ou postérieurement à celle-ci et modifiant rétroactivement leur situation administrative pour des motifs autres que l’exécution d’une loi, d’un règlement ayant légalement un effet rétroactif ou d’une décision du juge de l’excès de pouvoir.

Il résulte de l’instruction que par arrêté du 14 décembre 2022, Mme A... a été nommée, à compter du 1er janvier 2022, assistante médico administrative de classe exceptionnelle, échelon 9, indice brut 660 indice majoré 551 avec une ancienneté restant acquise au 31 août 2019. Cet arrêté, postérieur à son admission à la retraite, modifiant rétroactivement sa situation administrative, n’a pas été pris pour l’exécution d’une loi, d’un règlement ayant légalement un effet rétroactif ou une décision du juge. Dans ces conditions, c’est par une exacte application des dispositions précitées que la CNRACL a refusé de réviser sa pension afin de prendre en compte cet avancement.

En deuxième lieu, Mme A... ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 55 du code des pensions civiles et militaires de retraite qui ne lui sont pas applicables.

En troisième lieu, aux termes de l’article 62 du décret n°2003-1306 : « I. - Sous réserve des dispositions prévues au b de l'article 44, la pension et la rente viagère d'invalidité sont définitivement acquises et ne peuvent être révisées ou supprimées à l'initiative de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ou sur demande de l'intéressé que dans les conditions suivantes : / - à tout moment en cas d'erreur matérielle ; /- dans un délai d'un an à compter de la notification de la décision de concession initiale de la pension ou de la rente viagère, en cas d'erreur de droit. / (…) »

Si la demande de révision de pension de Mme A... est intervenue dans un délai d’un an à compter de la concession de sa pension de retraite, toutefois, l’absence de prise en compte par la CNRACL d’un arrêté d’avancement pris postérieurement à la décision de concession de pension, bien qu’il ait un effet rétroactif, ne saurait être constitutif d’une erreur de droit. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En quatrième lieu, d’une part, si la décision d’avancement n’a pas pu être prise avant la liquidation des droits à pension de Mme A... en raison de la parution tardive de l’arrêté fixant les taux de promotion pour l’année 2022, ce dernier ne constitue pas un règlement ayant légalement un effet rétroactif. D’autre part, si cet avancement a vocation à mettre en adéquation sa rémunération avec ses services, les textes précités font obstacle à la prise en compte de ces considérations pour faire droit à la demande de révision de pension de Mme A.... Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.

Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée dans toutes ses conclusions.


D E C I D E:


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la Caisse des dépôts et consignations.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2025.


La magistrate désignée,

M. CHAMPENOIS

La greffière,

M. C...


La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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