Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301803
vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301803 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2023 et des pièces complémentaires enregistrées les 18 avril et 25 mai 2023, M. B A, représenté par Me Baltazar, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au maire de la commune d'Artigues-près-Bordeaux, en qualité d'agent de l'Etat, de faire dresser, dans un délai de soixante-douze heures, un procès-verbal des infractions aux règles d'urbanisme commises lors des travaux réalisés au 7, allée du Bois Léger et d'en transmettre copie sans délai au ministère public ;
2°) d'enjoindre au maire d'Artigues-près-Bordeaux de prescrire sous soixante-douze heures l'interruption des travaux en cause et de transmettre copie de son arrêté au ministère public ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- les travaux entrepris sur la parcelle située au n° 7 de l'allée du Bois léger, cadastrée section BB n° 407, voisine de sa propriété cadastrée section BB n° 408, ne sont pas conformes au permis de construire au titre duquel ils sont réalisés, accordé par le maire d'Artigues-près-Bordeaux le 15 novembre 2019 ;
- il a informé le maire de l'absence de conformité, par courrier du 15 mars 2023 ;
- l'autorité administrative étant tenue, par application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, de faire dresser procès-verbal des infractions aux règles d'urbanisme visées à l'article L. 480-4 de ce code ainsi qu'à celles posées par un plan local d'urbanisme, en vertu l'article L. 610-1 du même code, la mesure sollicitée présente un caractère d'utilité ;
- en l'absence d'intervention du maire, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que ne sont conformes à l'autorisation de construire ni la création du vide sanitaire entre le sol et le premier plancher, ni la taille des ouvertures, ni l'installation d'une porte-fenêtre sur la façade nord, ni la fenêtre sur le côté de cette ouverture, en lieu et place d'une porte, outre que la hauteur du bâtiment est supérieure à celle autorisée par le permis et même à la hauteur maximale fixée par le plan local d'urbanisme ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors, d'une part, qu'il est de l'intérêt général de prévenir l'aggravation d'une situation illégale et d'éviter qu'elle ne perdure, d'autre part, que l'édification d'un bâtiment d'1,80 mètre plus haut que la hauteur prévue par le permis, ce, à quelques mètres de sa propriété, porte atteinte à ses intérêts propres en affectant la jouissance et la valeur de son bien ;
- la mesure ne fera obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Par mémoire en défense enregistré le 4 mai 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Le préfet de la Gironde fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors, d'une part, que le maire d'Artigues-près-Bordeaux n'a été informé par le requérant d'une suspicion de ce que les travaux entrepris sur la parcelle cadastrée section BB n° 407 n'étaient pas conformes au permis de construire accordé au propriétaire, que trois semaines avant la présente action, délai qui n'était pas suffisant pour prendre les mesures utiles, d'autre part, que le requérant ne démontre pas l'intention du maire de refuser d'intervenir, alors surtout qu'un agent assermenté s'est rendu sur les lieux le 20 avril 2023 et a dressé un procès-verbal d'infraction le 27 avril suivant, qui a été transmis sans délai au procureur de la République ;
- les mesures sollicitées ne présentent pas de caractère d'utilité, en premier lieu, du fait du procès-verbal d'infraction dressé le 27 avril 2023 et de sa transmission au procureur de la République, en deuxième lieu, en raison de l'impossibilité d'édicter un arrêté interruptif de travaux sans mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, la condition d'urgence permettant à l'administration de se dispenser de cette procédure préalable n'étant pas remplie ;
- en outre, l'auteur des travaux disposant d'une autorisation de construire, le maire n'est pas, en application de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, en situation de compétence liée et ne peut, sauf urgence, s'abstenir de mettre en œuvre la procédure préalable, également prévue par les articles L. 211-2 et L. 211-3 du code des relations entre le public et l'administration, applicables dès lors que, constituant une mesure de police, l'arrêté interruptif de travaux doit être motivé ;
- le référé prévu par l'article L. 521-3 du code de justice administrative présentant un caractère subsidiaire, le requérant aurait dû introduire un référé suspension, en vertu de l'article L. 521-1 de ce code, par requête distincte.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. B A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, en premier lieu, d'enjoindre au maire de la commune d'Artigues-près-Bordeaux, en qualité d'agent de l'Etat, de faire dresser, dans un délai de soixante-douze heures, un procès-verbal des infractions aux règles d'urbanisme commises lors des travaux réalisés au 7, allée du Bois Léger et d'en transmettre copie sans délai au ministère public, en deuxième lieu, de prescrire, dans le même délai, l'interruption des travaux en cause et de transmettre copie de son arrêté au ministère public.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par arrêté du 15 novembre 2019, le maire de la commune d'Artigues-près-Bordeaux a accordé un permis de construire une maison individuelle à usage d'habitation avec piscine sur la parcelle cadastrée section BB n° 407, voisine de la propriété de M. A. Considérant que les travaux entrepris ne correspondaient pas au permis de construire, ni même ne respectaient les prescriptions du plan local d'urbanisme relatives à la hauteur, M. A a, par courrier du 15 mars 2023 reçu le 17 mars, saisi le maire aux fins qu'il fasse dresser procès-verbal d'infractions, en particulier. Il ressort des éléments produits en défense que le maire a, en tant qu'agent de l'Etat, diligenté un agent assermenté pour contrôler la conformité des travaux à l'autorisation d'urbanisme. A la suite de sa visite sur les lieux, le 20 avril 2023, cet agent a dressé, le 27 avril suivant, procès-verbal constatant plusieurs infractions aux prescriptions imposées par le permis de construire. Conformément aux dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, ce procès-verbal a été transmis, le 2 mai 2023, au procureur de la République. Il suit de là que les conclusions de M. A se rapportant à l'établissement d'un procès-verbal d'infraction et à sa transmission au ministère public sont dorénavant dépourvues de toute utilité.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable " et aux termes de l'article L. 121-2 du même code " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ". Il résulte de ces dispositions que la décision par laquelle le maire ordonne l'interruption de travaux au motif qu'ils ne sont menés en conformité avec une autorisation de construire, qui est au nombre des mesures de police qui doivent être motivées en application du 1° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne peut intervenir qu'après que son destinataire a été mis à même de présenter ses observations, sauf en cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles. La situation d'urgence permettant à l'administration de se dispenser de cette procédure contradictoire s'apprécie tant au regard des conséquences dommageables des travaux litigieux que de la nécessité de les interrompre rapidement en raison de la brièveté de leur exécution.
5. Au regard des éléments au dossier, notamment les planches photographiques, le gros-œuvre de la construction en cause est déjà achevé, achèvement qui a d'ailleurs révélé les infractions aux prescriptions du permis de construire. Dans ces circonstances, et alors que les conséquences dommageables des infractions, en particulier pour M. A, ne présentent pas un degré de gravité tel que l'urgence commanderait qu'il y soit mis fin dans un très bref délai, le maire d'Artigues-près-Bordeaux ne peut légalement prononcer l'interruption des travaux sans mettre en œuvre la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que les conclusions de M. A tendant à l'édiction d'un arrêté interruptif de travaux dans un délai de soixante-douze heures se heurte à une contestation sérieuse.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête n° 2301803 de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde et à la commune d'Artigues-près-Bordeaux.
Fait à Bordeaux, le 26 mai 2023.
Le juge des référés,
J-M. Bayle
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion du territoire en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,