vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 avril et 4 mai 2023, M. B A, représenté par Me Méaude, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 mars 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnait l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2023.
Par une ordonnance du 16 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delvolvé, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 25 février 1992, déclare être entré une première fois en France le 4 octobre 2021. Il a déposé une demande d'asile le 2 novembre 2021 qui a été enregistrée en " procédure Dublin " et a accepté le même jour l'offre de prise en charge qui lui a été accordée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). L'intéressé a fait l'objet d'un arrêté préfectoral de transfert vers l'Espagne, responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013. Toutefois, M. A est de nouveau entré en France le 28 mai 2022. Le 30 mars 2023 il a présenté de nouveau une demande d'asile et le préfet de la Gironde lui a délivré une attestation de demande d'asile en " procédure accélérée ". Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la légalité externe :
2. La décision en litige vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise qu'elle est fondée sur la circonstance que M. A a, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France. Ainsi, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige doit être écarté.
Sur la légalité interne :
3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. " Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".
4. M. A soutient que l'OFII n'a pas procédé à l'évaluation de la vulnérabilité de sa situation. Il ressort des pièces du dossier et notamment de " la fiche évaluation de vulnérabilité " du 30 mars 2023, produite par l'OFII en défense, que M. A a bénéficié d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité. Il n'est pas isolé sur le territoire français puisque l'intéressé a déclaré être hébergé de manière stable chez un ami à Pau où séjourne également son frère. Par ailleurs, M. A n'apporte aucun élément susceptible de caractériser une situation de vulnérabilité. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation et du défaut d'examen de sa vulnérabilité ne peuvent qu'être écartés.
5. Pour refuser au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII s'est fondée sur la circonstance qu'après son transfert en Espagne le 25 mai 2022, dont les autorités s'étaient reconnues compétentes pour l'examen de sa demande d'asile, M. A est entré de nouveau en France le 28 mai 2022. Il ressort des pièces du dossier que plus de dix mois se sont écoulés entre le retour en France du requérant et le dépôt, le 30 mars 2023, de sa demande d'asile. Par conséquent, la demande déposée par M. A est tardive et constitue un motif de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour du droit des étrangers doit être écarté.
6. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'entretien relatif à sa vulnérabilité et de l'évaluation de sa situation personnelle cité au point 4 que M. A est célibataire, n'a pas d'enfant à charge et ne rencontre pas de problème de santé. Par ailleurs, il ne produit dans la présente instance aucun élément de nature à établir qu'il serait particulièrement vulnérable. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant les conditions matérielles d'accueil serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 30 mars 2023 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions aux fins d'injonction ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président-rapporteur,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
La première assesseure,
S. MOUNIC Le président-rapporteur,
Ph. DELVOLVÉ
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2301885
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