jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302056 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU-6 semaines |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 19 avril 2023 et le 9 juin 2023, Mme E, représentée par Me Chamberland-Poulin demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " admission exceptionnelle " ou, à défaut, la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement, à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, le préfet s'étant contenté de cocher les cases d'un formulaire pré-rempli ;
- la décision méconnait le droit à être entendu garantit par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, elle n'a pas été mis à même de présenter ses observations alors qu'il aurait été en mesure d'indiquer au préfet qu'elle avait effectué un recours auprès de la CNDA ;
En ce qui concerne le refus de titre :
- la décision méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;
En ce qui concerne le refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile :
- elle méconnait l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet qui disposait d'un marge d'appréciation pour retirer ou non l'attestation de demandeur d'asile s'est à tort cru en situation de compétence liée ; le requérant a demandé l'aide juridictionnelle en vue d'effectuer un recours auprès de la CNDA ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- la décision méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- la décision méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la décision méconnait l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnait les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la durée d'interdiction est disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2022, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2023.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Patard, conseillère, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Patard et les observations orales de Me Chamberland-Poulin, représentant Mme E, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
Le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante turque née le 11 mars 1993, est entrée en France le 1er octobre 2018. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile, en dernier lieu, le 15 mars 2022. Par une décision du 12 août 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 27 février 2023. Par un arrêté du 5 avril 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 20 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme E. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que Mme B D, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique à la préfecture de la Gironde, et signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, par arrêté du préfet de la Gironde du 31 mars 2023, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2023-060 de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer " toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, l'arrêté, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressée, vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de la requérante et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de la Gironde énonce notamment que la demande d'asile présentée par Mme E a été rejetées par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 août 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 27 février 2023. L'arrêté précise en outre les conditions d'entrée et de séjour en France de la requérante et examine les principaux éléments objectifs et concrets de sa vie privée et familiale. Il est notamment indiqué que la requérante est mariée avec M. A, dont la demande d'asile a également été rejetée et qui fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire du 30 août 2022, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, que la circonstance que ses deux enfants mineurs sont présents en France ne lui confère aucun droit particulier au séjour, que leur demande d'asile a d'ailleurs également été rejetée, qu'elle ne justifie pas être isolée dans son pays d'origine, ni avoir rompu tout lien avec celui-ci, ni être dans l'impossibilité de reconstituer la cellule familiale au sein de leur pays d'origine ou de s'y réinsérer socialement et professionnellement, y ayant vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et qu'elle ne fait valoir aucun élément justifiant son intégration et son insertion durable dans la société française et conclut en conséquence qu'il n'apparait pas que le refus de lui délivrer un titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée. L'arrêté ajoute que l'intéressée ne justifie pas se trouver dans l'un des cas dans lesquels l'étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Ensuite, l'autorité préfectorale, qui a rappelé la nationalité de la requérante, a indiqué qu'elle n'établissait pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, et analyse les rapports de l'intéressée avec le territoire français ainsi que leur pays. Enfin, l'arrêté indique que l'intéressée est entrée récemment en France, qu'elle ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'elle a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement Mme E en mesure de comprendre et de discuter les motifs des décisions contestées, nonobstant la circonstance que la présence de son père et son frère n'est pas mentionnée. Les décisions sont, par suite, suffisamment motivées, sans que la circonstance qu'il a été fait usage d'un imprimé pré-rempli comportant des cases à cocher n'ait d'incidence sur la précision de la motivation. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions contenues dans l'arrêté contesté seraient insuffisamment motivées doit être écarté. Cette motivation démontre par ailleurs que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes de l'article 51 de cette charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l'application, conformément à leurs compétences respectives. / () ".
6. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Une atteinte au droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
7. Si Mme E soutient que son droit d'être entendu a été méconnu dès lors qu'elle n'aurait pas été en mesure de présenter ses observations, la requérante, qui n'a, par ailleurs, pas sollicité la délivrance d'un quelconque titre de séjour à la suite du rejet de sa demande d'asile ou concomitamment au dépôt de cette demande, ne démontre pas qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration des informations avant que ne soit pris l'arrêté en litige. La requérante ne démontre pas qu'elle disposait d'informations pertinentes à cet égard qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est entrée sur le territoire français le 1er octobre 2018 et n'a été autorisée à y séjourner que durant l'instruction de sa demande d'asile. La requérante se prévaut de la présence en France de son mari et de ses deux enfants mineurs, dont l'ainé est scolarisé en école maternelle. Toutefois, il est constant que son époux fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 30 août 2022 et d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans et que les époux ne justifient ni qu'ils seraient isolés dans leur pays d'origine, la Turquie, dans lequel la requérante a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans, ni que la cellule familiale ne puisse y être recomposée ni que la scolarisation de leurs enfants ne puisse y être poursuivie. Par ailleurs si la requérante soutient disposer d'attaches personnelles en France et avoir fait la preuve de sa volonté d'intégration, elle ne produit aucune pièce de nature à l'établir. En outre, si Mme E se prévaut de la présence en France de son père et de son frère, qui disposent du statut de réfugié, cette circonstance ne lui confère pas de droit particulier au séjour et la requérante ne démontre pas, au demeurant, que sa présence auprès de son père et de son frère serait indispensable. Enfin, la requérante ne démontre pas une insertion socio-professionnelle particulière dans la société française. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de Mme E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces des dossiers que le préfet de la Gironde ait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.
En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile :
10. Aux termes de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. / Les conditions de refus, de renouvellement et de retrait de l'attestation de demande d'asile sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 541-1 du même code : " L'attestation de demande d'asile est renouvelée jusqu'à ce que le droit au maintien prenne fin en application des articles L. 542-1 ou L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. "
11. En application des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit de Mme E de se maintenir sur le territoire français a pris fin à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile, soit le 27 février 2023. Dès lors, le préfet pouvait refuser de renouveler son attestation de demande d'asile. La requérante ne se prévaut d'aucune circonstance nouvelle qui aurait justifié le renouvellement de son attestation de demande d'asile. Par ailleurs, et en tout état de cause, il ne résulte pas des termes des arrêtés attaqués que le préfet de la Gironde se serait estimé en situation de compétence liée pour prendre cette décision. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2. () Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ".
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas établie. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale de ce fait.
14. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 ci-dessus.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
16. L'arrêté attaqué n'a pas pour objet ou pour effet de séparer les enfants de Mme E d'un de leurs parents, son conjoint faisant également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas de l'impossibilité de reconstituer la cellule familiale en Turquie, ni pour ses enfants d'y poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Gironde aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". L'article L. 721-3 du même code dispose que : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". En vertu de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 12 à 16 que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays à destination serait illégale de ce fait.
19. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 ci-dessus.
20. En troisième lieu, Mme E, dont la demande de protection internationale a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 août 2022, puis par la CNDA le 27 février 2023 se borne à reprendre les éléments qu'elle a fait valoir devant cette instance et ne produit devant le tribunal aucun élément permettant d'établir, de manière plausible, qu'elle encourrait un risque réel, actuel et personnel d'être exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Turquie. Le moyen tiré de ce que cette décision aurait été édictée en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en conséquence être écarté, ainsi que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une de deux ans :
21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français (). ". L'article L. 612-7 du même code dispose que : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. () ". Selon l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".
22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 12 à 16 que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale de ce fait.
23. En deuxième lieu, la requérante, dont l'entrée en France est récente, qui ne justifie des liens qu'elle entretient avec son frère et son père, ne démontre pas disposer de liens intenses, stables et durables sur le territoire français ni d'une intégration au sein de la société française. Il n'est pas contesté qu'elle a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par ailleurs, il résulte de ce qui précède que la requérante n'établit pas la réalité des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, alors même que leur comportement ne représenterait pas une menace pour l'ordre public et que le prononcé d'une interdiction de retour ne constitue, en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'une faculté pour le préfet, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans méconnaîtrait ces dispositions ou serait entachée d'une erreur d'appréciation. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir que la durée de deux ans fixée pour cette interdiction serait disproportionnée au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
24. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 ci-dessus.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme E tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête Mme E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
La magistrate désignée,
J. PATARDLa greffière,
S. CASTAIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026