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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302113

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302113

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril et 21 mai 2023, Mme D B épouse A, représentée par Me Aymard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder dans le même délai au réexamen de sa situation et de lui délivrer pendant le temps de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision litigieuse a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est dépourvue de base légale ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaouën, rapporteure,

- et les observations de Me Aymard, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B épouse A, ressortissante algérienne, née le 9 novembre 1978, est entrée en France le 6 août 2015 munie d'un visa espagnol. Le 30 juillet 2016, elle s'est mariée avec M. E A à la mairie de Lormont. Le 20 juillet 2021, elle a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 30 décembre 2019, le préfet de la Gironde lui a refusé un visa long séjour au titre du regroupement familial. Par un arrêté du 21 mars 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. En application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse A est entrée en France de manière régulière en 2015, qu'elle y a séjourné de manière continue depuis lors, qu'elle partage une vie commune avec M. E A, ressortissant algérien résidant en France depuis plus de 35 ans et titulaire d'une carte de résident, depuis le 30 juillet 2016, date de la célébration de leur mariage à Lormont. Elle établit par ailleurs que son époux est le père d'un enfant de nationalité française issu d'une première union, qu'elle connaît depuis qu'il est âgé de 14 ans et avec qui elle entretient de forts liens. En outre, Mme B produit de nombreuses pièces établissant sa très bonne intégration dans la société française et dans la vie locale de Lormont, dont le maire a attesté de son engagement dans la vie de la cité et de la possibilité, lorsqu'elle serait en situation régulière sur le territoire français, de l'employer pour assurer l'accueil périscolaire au sein de la ville. Mme B établit notamment à cet égard être particulièrement active au sein d'associations locales telles que l'association " Parlons nos langues ", l'association " Vers un réseau d'achat en commun " (VRAC) ou encore l'association " Développement Initiatives Démocratie Echanges Engagement " (DIDEE). Enfin, Mme B est dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, dès lors que sa sœur, de nationalité française, réside en France et son frère au Royaume-Uni, où sa mère fait de fréquents séjours, de sorte que cette dernière ne se trouve que rarement en Algérie. Dans ces conditions, et alors même qu'elle relèverait des catégories ouvrant droit au regroupement familial, le préfet a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte excessive en refusant de lui délivrer un titre de séjour, et a ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 21 mars 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, de la décision du même jour par laquelle ce préfet l'a obligée à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu de faire droit aux conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", et ce dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 21 mars 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Zuccarello, présidente,

Mme Jaouën, première conseillère,

Mme Caste, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN

La présidente,

F. ZUCCARELLO

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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