mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302136 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BIROT-RAVAUT ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 avril 2023, M. B A, représenté par Me Chambolle, demande au tribunal :
1°) d'ordonner, avant-dire droit, une expertise médicale afin d'évaluer les préjudices liés à ses besoins d'assistance par une tierce personne et d'adaptation de son logement et de son véhicule, subis du fait de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux le 20 décembre 2018 ;
2°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à lui verser la somme de 400 000 euros à titre de provision à valoir sur son indemnisation définitive, dans l'attente du rapport d'expertise ;
3°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- dans les suites immédiates de l'intervention chirurgicale qu'il a subi le 20 décembre 2018, il a présenté des complications qui constituent un aléa thérapeutique, non imputable à une faute médicale ; il remplit les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale en vue de réparer les dommages consécutifs à la survenance de ces complications ;
- l'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux a été réalisée sans examen clinique ni déplacement à son domicile pour apprécier son environnement, et ses besoins en assistance par une tierce personne, en aide technique et ses besoins d'aménagement ; une expertise complémentaire est indispensable afin d'évaluer ces préjudices ;
- la liquidation définitive des préjudices n'étant pas encore susceptible d'intervenir, il sollicite l'allocation d'une provision à hauteur de 400 000 euros, justifiée au regard de l'évaluation de certains postes de préjudices réalisée par l'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Ravaut, conclut à la réduction des prétentions du requérant s'agissant de sa demande de provision et au rejet des conclusions formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il ne s'oppose pas à l'indemnisation des préjudices subis par M. A du fait de l'accident médical non fautif dont il a été victime en lien avec l'intervention du 20 décembre 2018 ;
- il s'en remet à la sagesse du tribunal quant à l'organisation d'une mesure d'expertise complémentaire ;
- les prétentions de M. A à titre provisionnel ne sauraient excéder, eu égard à l'évaluation réalisée par l'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation, la somme de 200 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 30 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie des Pyrénées Atlantiques informe le tribunal qu'elle n'entend pas intervenir à l'instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Gélas,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bergugnat, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 25 avril 1955, présentait une baisse progressive de son acuité visuelle depuis quatre ans. Un scanner cérébral réalisé le 10 août 2018 a mis en évidence la présence d'un adénome hypophysaire " géant " gonadotrope, qui a été traité par exérèse chirurgicale le 20 décembre 2018 au sein du centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Les suites opératoires immédiates étant marquées par l'apparition de troubles de la vigilance avec somnolences, une hémiplégie gauche proportionnelle, des troubles de la déglutition et des troubles phasiques, une imagerie par résonnance magnétique a été réalisée en urgence. Cet examen a mis en évidence la présence d'un hématome de la loge opératoire associé à des lésions ischémiques. Le 25 décembre 2018, M. A a été transféré dans le service de neuro-réanimation avec un score de Glasgow à 3 et une hyperthermie. Du 18 janvier 2019 au 15 janvier 2020, il a été hospitalisé en soins de suites et de réadaptation au centre hospitalier de Pau avant de regagner son domicile.
2. Restant atteint de troubles de la vision, d'une hémiplégie avec héminégligence gauche, de troubles attentionnels, d'un syndrome dysexécutif, d'une désinhibition intermittente et d'une incontinence urinaire et fécale, M. A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux d'Aquitaine le 12 mai 2021. Celle-ci a diligenté une expertise, réalisée sur pièces, dont le rapport a été rendu le 12 mai 2022, et qui conclut, après avoir considéré que sa prise en charge avait été conforme, à la survenance d'un accident médical en lien avec l'intervention d'exérèse du 20 décembre 2018. Par un avis du 15 juin 2022, la commission a estimé que la réparation des préjudices subis par M. A incombait à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) au titre de la solidarité nationale. Par courrier du 20 mars 2023, l'ONIAM a invité le requérant à lui faire parvenir les pièces justificatives en vue de la formulation par ses soins d'une offre indemnitaire. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande au tribunal d'ordonner, avant-dire droit, une expertise complémentaire afin que soient évalués ses besoins en assistance par une tierce personne et en aides techniques, et de condamner l'ONIAM à lui verser une provision de 400 000 euros à valoir sur son indemnisation définitive.
Sur la prise en charge par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale :
3. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ". Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM est seul chargé d'indemniser, au titre de la solidarité nationale, les victimes de préjudices résultant d'accidents médicaux directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, que les atteintes neurologiques dont a été victime M. A dans les suites de l'intervention chirurgicale réalisée au centre hospitalier universitaire de Bordeaux, le 20 décembre 2018, résultent de l'apparition d'un hématome de la loge opératoire et d'une plage ischémique révélant un accident vasculaire cérébral de l'artère choroïdienne antérieure droite. Il n'est pas contesté que la prise en charge de l'intéressé a été conforme aux règles de l'art et que le dommage dont il a été victime constitue un aléa thérapeutique en lien avec cette intervention. Il résulte également de l'instruction que ces atteintes ont entrainé pour M. A un déficit moteur avec hémiplégie gauche, massive et proportionnelle du côté non dominant, une hémivigilance gauche, des troubles visuels avec cécité droite complète et hémianopsie nasale gauche, des troubles cognitifs avec troubles mnésiques, des épisodes de désorientation temporospatiale et un syndrome anxiodépressif réactionnel, qui correspondent à un déficit fonctionnel permanent de 85%. L'expert retient néanmoins que M. A présentait, avant l'intervention, une altération de la fonction visuelle depuis plusieurs années, avec uniquement une perception lumineuse à droite et un déficit du champ visuel à type d'hémianopsie latérale homonyme gauche, entrainant un déficit fonctionnel permanent de 45%. Il est, dès lors, constant que le pourcentage du déficit fonctionnel permanent résiduel imputable à l'intervention chirurgicale du 20 décembre 2018 est supérieur à celui prévu par les dispositions de l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. Il n'est pas contesté, enfin, que l'intervention d'exérèse du 20 décembre 2018 a entrainé pour M. A des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles il était exposé en l'absence d'intervention.
5. Il résulte de ce qui précède que les conditions de la prise en charge par l'ONIAM, de l'accident médical dont a été victime M. A, au titre de la solidarité nationale sont remplies.
Sur la demande d'expertise et l'évaluation des préjudices :
6. Si M. A sollicite, en application de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, qu'il soit procédé à une expertise complémentaire afin d'évaluer ses besoins en assistance par tierce personne et aides techniques, et ses besoins d'aménagement, il ne conteste pas que l'expert mandaté par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux a fixé la consolidation de son état de santé et s'est prononcé sur ses préjudices. Le tribunal est dès lors suffisamment informé par les pièces du dossier pour se prononcer sur le montant des préjudices subis par le requérant dont la réalité apparait certaine. Ainsi cette mesure d'instruction n'a pas de caractère utile. Il y a lieu, par suite, de rejeter la demande d'expertise de M. A et d'inviter ce dernier à chiffrer sa demande indemnitaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est invité à chiffrer sa demande indemnitaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse primaire d'assurance maladie des Pyrénées-Atlantiques et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Patard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La rapporteure,
C. DE GÉLAS
La présidente,
A. CHAUVINLa greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026