mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302270 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 avril 2023, M. E B, représenté par Me Haas, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Gironde a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- le signataire de la décision ne disposait pas d'une délégation régulière ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'a pas tenu compte des études universitaires qu'il suit avec sérieux ni de son insertion au sein de l'université ;
- la décision méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 de ce même code, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie d'une ancienneté de séjour de cinq ans sur le territoire français, d'une intégration universitaire prometteuse, d'une prise en charge par une famille française, et de l'absence de lien familiaux dans son pays d'origine, ses parents et son épouse étant décédés, et n'ayant plus de contact avec ses frères et ses enfants ;
- pour les mêmes motifs, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision étant fondée sur un refus de titre illégal, elle est elle-même entachée d'illégalité ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays à destination duquel le requérant pourra être renvoyé :
- cette décision est insuffisamment motivée dès lors qu'elle se borne à estimer qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ;
- il est exposé à de telles peines ou traitements inhumains ou dégradants dès lors qu'au décès de son père, un conflit familial l'a opposé à ses frères, et qu'il a été agressé et maltraité à son domicile et sur son lieu de travail.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme de Gélas a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, ressortissant de nationalité guinéenne né le 23 mars 1993, est entré irrégulièrement en France au mois d'octobre 2018 selon ses allégations. Il a sollicité le bénéfice du statut de réfugié auprès de l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides, qui a rejeté sa demande par décision du 10 février 2022, confirmée le 14 octobre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. A la suite de ce rejet, la préfète de la Gironde a pris à son encontre le 10 novembre 2022 un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, M. B a sollicité le 2 novembre 2022 son admission au séjour sur le fondement des articles L. 422-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète de la Gironde a, par arrêté du 27 janvier 2023 dont M. B demande l'annulation, rejeté cette demande, lui à nouveau fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. La préfète de la Gironde a, par arrêté du 5 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2022-196 du même jour, donné délégation à Mme C F, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, notamment, toutes les décisions prises en application des dispositions législatives et règlementaires du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A D. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas allégué, que ce dernier n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ressort de la motivation de la décision contestée que la préfète de la Gironde a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant.
4. En deuxième lieu, l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".
5. Pour refuser à M. B la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", la préfète de la Gironde a estimé que celui-ci ne remplissait pas les conditions posées à l'article précité. Il ressort des pièces du dossier que si M. B est inscrit en première année de licence " portail sciences et technologies : mathématiques " à l'université de Bordeaux au titre de l'année scolaire 2022-2023, celui-ci n'établit ni même n'allègue disposer de moyens d'existence suffisants, la seule circonstance qu'il serait hébergé par une famille française à Cissac Médoc n'étant pas de nature à démontrer l'existence d'un quelconque revenu. En outre, M. B ne démontre ni n'allègue être entré en France sous couvert d'un visa long séjour. Par suite, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ( ) ".
7. M. B se prévaut de la durée de son séjour de cinq ans sur le territoire français, des liens personnels qu'il y a liés et de sa situation d'étudiant. Si les attestations et témoignages qu'il produit à l'appui de son recours font état de sa bonne insertion en France, de ses qualités humaines et de l'aide qu'il apporte à un collègue en situation de handicap, ces éléments ne suffisent pas à démontrer l'existence de liens personnels forts sur le territoire national, alors au demeurant, qu'en qualité d'étudiant étranger, il n'a pas vocation à demeurer durablement sur le territoire national. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans dans son pays d'origine, où résident encore ses deux enfants et sa fratrie, quand bien même il allègue ne plus entretenir de relations avec ces derniers. Dans ses conditions, la décision contestée de refus de séjour n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. En quatrième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
9. La situation personnelle et familiale du requérant, telle que décrite aux points 5 et 7 du présent jugement, ne caractérise ni des considérations humanitaires, ni des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. D'une part, la décision portant refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le requérant ne saurait exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7, la préfète de la Gironde, en prenant la décision en litige, n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. La décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. D'une part, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète de la Gironde s'est fondée pour fixer le pays à destination duquel M. B pourra être renvoyé. Elle vise en particulier les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique en outre que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.
14. D'autre part, si M. B soutient qu'il encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'il a subi des actes de torture et de sévices, notamment de la part de ses frères, en raison d'un conflit d'héritage et de sa fuite d'une prison dans laquelle il avait été incarcéré sur de fausses accusations de vol en lien avec ce conflit familial et patrimonial, il ressort des pièces du dossier que sa demande tendant à l'octroi du statut de réfugié ou de la protection subsidiaire a été rejetée par l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides, puis devant la Cour nationale du droit d'asile. En outre, ses allégations ne sont étayées par aucun élément probant, et les certificats médicaux datés du 18 novembre 2020 et du 1er octobre 2021 ne permettent pas d'établir que les cicatrices observées sur son corps seraient dues à des sévices subis lors de ce conflit familial ou de son passage en prison. Pour ces raisons, M. B ne démontre pas qu'il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision fixant le pays de destination n'a pas méconnu ces stipulations.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2023.
Sur les autres conclusions de la requête :
16. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.
La rapporteure,
C. DE GÉLAS
La première conseillère,
faisant fonction de présidente,
B. MOLINA-ANDREOLa greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
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