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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302365

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302365

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302365
TypeDécision
PublicationD
FormationEloignement 72 heures

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023, M. E B, représenté par Me Lindagba-Mba, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les arrêtés du 3 mai 2023 par lequel le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière, l'a interdit de retour pendant une période de trois ans et l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de supprimer tout signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;

- le préfet ne pouvait plus se fonder sur l'arrêté portant refus de séjour devenu caduc ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a été mis en cause que pour conduite sans permis, qu'il n'est pas sans ressources légales sur le territoire, qu'il a validé des diplômes en France et justifie de la nature et de l'ancienneté de ses liens en France depuis dix ans et ne s'est pas soustrait à une précédente mesure ;

- les mesures d'éloignement sont caduques dès lors qu'elles n'ont pas été exécutées dans l'année suivant leur édiction ;

- l'interdiction de retour sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- l'interdiction de retour est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, dispose d'un logement et de ressources ;

- l'assignation à résidence sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle et n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Patard, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme patard a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. H E B, ressortissant nigérien, est entré régulièrement en France en 2013 et a obtenu des titres de séjour en qualité d'étudiant, dont le dernier a été délivré le 8 novembre 2016. Par un arrêté du 19 juillet 2017, la préfète de la Loire-Atlantique a rejeté sa nouvelle demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Cet arrêté n'ayant pas été exécuté, la préfète de la Gironde l'a, par un arrêté du 1er décembre 2019, obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur ce territoire pour une durée de deux ans. M. E B a formé un recours contre cet arrêté qui a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 30 janvier 2020. Par un nouvel arrêté du 3 mai 2023 le préfet de la Gironde a obligé M. E B a quitté le territoire sans délai de départ volontaire et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de trois ans. M. E B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. E B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Par un arrêté du 31 mars 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Gironde, le préfet de la Gironde a donné délégation à Mme F I, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux, à l'effet de signer toutes décisions prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII de la partie législative et de la partie réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figurent les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A D, directeur des migrations et de l'intégration et de Mme C G, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas été absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ".

5. Il résulte des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile que si la demande d'un étranger qui a régulièrement sollicité un titre de séjour ou son renouvellement a été rejetée, la décision portant obligation de quitter le territoire français susceptible d'intervenir à son encontre doit nécessairement être regardée comme fondée sur un refus de titre de séjour et donc sur la base légale prévue au 3° cet article. En l'absence de dispositions législatives ou réglementaires prévoyant qu'une décision relative au séjour devrait être regardée comme caduque au-delà d'un certain délai après son intervention, le préfet peut adopter la décision portant obligation de quitter le territoire concomitamment à la décision relative au séjour, mais peut également adopter la mesure d'éloignement en se fondant sur un refus de titre de séjour antérieur. Les éventuels changements de circonstances de fait ou de droit survenus depuis le refus de titre de séjour n'imposent pas au préfet, qui souhaite adopter une mesure portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'adopter une nouvelle décision de refus de titre de séjour. Il est, en revanche, tenu de s'assurer, préalablement à l'adoption d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, que la situation de l'étranger ne fasse pas obstacle à une telle mesure et, notamment, qu'elle ne lui permette pas au jour de cette décision de disposer d'un titre de séjour de plein droit.

6. Pour édicter l'arrêté contesté, le préfet de la Gironde s'est fondé sur le 3° de l'article L. 611-1 du code précité dès lors que M. E B a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français et qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France alors qu'il ne remplissait aucune condition pour y résider.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. E B a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiant, dont le dernier a été délivré le 8 novembre 2016. Sa demande de titre de séjour a ensuite été rejetée par un arrêté du 19 juillet 2017 de la préfète de la Loire-Atlantique, lequel lui a également fait obligation de quitter le territoire français. Cette décision de refus de titre de séjour est alors devenue définitive. L'intéressé a par la suite de nouveau fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet de la Gironde du 1er décembre 2019. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'intéressé, qui s'est maintenu irrégulièrement en France à la suite d'un arrêté portant refus de séjour, pouvait légalement faire l'objet, à la date de l'arrêté attaqué, d'une nouvelle décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le refus de séjour ne pouvant être regardé comme caduque. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il est entré régulièrement en France, qu'il s'est maintenu en dépit des obligations de quitter le territoire dans le seul but de poursuivre ses études et qu'il n'est pas dépourvu de ressources, M. E B ne conteste pas sérieusement le motif sur lequel le préfet de la Gironde s'est fondé pour édicter l'arrêté contesté. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

8. En deuxième lieu, si M. E B réside en France depuis 2013 et se prévaut de la circonstance qu'il a validé un diplôme universitaire " Droit, sociétés et pluralisme religieux " à l'université de Nantes et qu'il a suivi un cycle " Défense et sécurité nationale " dans le cadre d'un master et a entrepris un master de droit social au cours de l'année universitaire 2019/2020 et qu'il dispose de ressources légales, il ne justifie malgré sa durée de présence, d'aucune attache personnelle et ne démontre pas avoir tissé des liens intenses en France où il ne justifie pas d'une intégration sociale et professionnelle particulière. Le requérant ne démontre par ailleurs pas la continuité et la durée de sa présence depuis dix ans à la date de l'arrêté. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. E B s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire malgré deux précédentes mesures d'éloignement et qu'il a été interpellé par les services de police pour des faits de conduite sans permis. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches au Niger, pays où résident ses parents. Dans ces circonstances, compte tenu des conditions du séjour en France de M. E B, le préfet de la Gironde n'a pas, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, ni davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle et familiale de M. E B.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. E B s'est soustrait à une première mesure d'éloignement du 19 juillet 2017 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, dont la légalité n'a pas été contestée par l'intéressé. M. E B a fait l'objet d'une seconde mesure d'éloignement édictée à son encontre le 1er décembre 2019, par laquelle le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif le 30 janvier 2020. Si le requérant fait valoir que le préfet ne pouvait se fonder sur ces précédentes mesures d'éloignement qui datent de plus d'un an et sont désormais caduques, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit qu'une obligation de quitter le territoire français devrait être considérée comme caduque, au-delà d'un certain délai. Par ailleurs et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. E B s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Le préfet a ainsi pu, à bon droit, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Des lors, la décision n'est pas entachée d'une erreur de fait, ni de droit et ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, M. E B ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester celle portant interdiction de retour sur le territoire.

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

13. En second lieu, M. E B ne fait pas état de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Si le requérant déclare être entré en France en 2013, ainsi qu'il a été dit au point 8, il ressort des pièces du dossier qu'il est en situation irrégulière et qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement non exécutées. Il ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens avec la France. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite sans permis. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, nonobstant la circonstance que le comportement de l'intéressé ne caractérise pas un trouble à l'ordre public, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

14. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, M. E B ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester celle portant assignation à résidence.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

15. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur l'admission exceptionnelle au séjour de M. E B. Il est par ailleurs constant que l'intéressé n'a pas présenté de demande de titre de séjour. Dans ces conditions les moyens présentés par M. E B tirés du défaut d'examen et de l'erreur manifeste d'appréciation de son droit au séjour au titre de l'admission exceptionnelle ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E B tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2023 du préfet de la Gironde, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. E B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. E B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H E B et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La magistrate désignée,

J. PATARD

La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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