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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302439

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302439

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGOINGUENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Goinguene, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 février 2023 par laquelle le ministre des armées a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 1er septembre 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 27 mars 2023 par laquelle le ministre des armées l'a informée de ce qu'elle ferait ultérieurement l'objet d'une retenue sur son traitement afin de recouvrer le trop-perçu de rémunération résultant de son placement en congés de maladie ordinaire du 1er septembre 2021 au 31 août 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision de refus d'imputabilité au service ne bénéficie pas d'une délégation de signature ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure, l'intéressée n'ayant été informée de la tenue du conseil médical que six jours avant sa tenue et n'ayant pas pu faire entendre le médecin psychiatre de son choix, en méconnaissance des dispositions de l'article 12 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- cette même décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 1er septembre 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

Par une ordonnance du 15 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 décembre 2024.

Un mémoire produit pour Mme B a été enregistré le 16 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand,

- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guoinguene, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est adjointe administrative affectée au sein de l'atelier industriel de l'aéronautique (AIA) de Bordeaux relevant du ministère des armées. Le 1er septembre 2021, elle s'est entretenue avec le sous-directeur de cet atelier des possibilités de télétravail pérenne prévues par la réglementation. Le même jour, elle a été placée en arrêt de travail en raison d'un syndrome dépressif réactionnel consécutif d'un " entretien houleux avec son supérieur hiérarchique ". Le 1er septembre 2021, elle a déposé une déclaration d'accident de service relatif à l'entretien du 1er septembre 2021. L'expert-psychiatre diligenté par l'administration a conclu le 14 janvier 2022 à l'existence d'un lien de causalité unique, direct et certain entre son état de santé et ses conditions de travail. Mme B a été placée rétroactivement en congés pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire du 1er septembre 2021 au 30 septembre 2022. À l'issue de sa séance du 2 février 2023, le conseil médical de la préfecture de la Gironde a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident. Par une décision du 23 février 2023, le ministre des armées a refusé de reconnaître comme imputable au service l'accident déclaré par Mme B. Tirant les conséquences de cette décision, le ministre des armées l'a informée, par une décision du 27 mars 2023, qu'elle ferait ultérieurement l'objet de retenues sur son traitement, afin de recouvrer la partie de son traitement qu'elle a indûment perçu au cours de la période du 1er septembre 2021 au 31 août 2022. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 23 février 2023 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité de l'accident au service :

2. Aux termes de l'article 12 du décret du 14 mars 1986 susvisé : " Au moins dix jours ouvrés avant la date à laquelle son dossier sera examiné, le secrétariat du conseil médical informe le fonctionnaire concerné de cette date et de son droit à : / 1° Consulter son dossier ; / 2° Présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux ; / 3° Être accompagné ou représenté, s'il le souhaite, par une personne de son choix à toutes les étapes de la procédure. / En outre, lorsque sa situation fait l'objet d'un examen par un conseil médical réuni en formation restreinte, le secrétariat de ce conseil informe l'intéressé des voies de contestation possibles devant le conseil médical supérieur et, lorsque sa situation fait l'objet d'un examen par un conseil médical réuni en formation plénière, il l'informe de son droit à être entendu par le conseil médical. () ". Aux termes de l'article 13 de ce décret : " () La formation plénière du conseil médical ne siège valablement que si quatre au moins de ses membres sont présents, dont au moins deux médecins et un représentant du personnel. / Lorsque le quorum requis n'est pas atteint, une nouvelle convocation est envoyée dans le délai de huit jours aux membres de la formation, qui siège alors valablement quel que soit le nombre de membres présents () ". Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été informée par un courrier du 17 novembre 2022 de l'examen de son dossier par le conseil médical lors de sa séance du 1er décembre 2022, au cours de laquelle elle a pu présenter des observations orales. Le quorum prévu par le deuxième alinéa de l'article 13 du décret précité n'ayant pas été atteint lors de cette séance, le conseil médical a dû se réunir à nouveau le 2 février 2023. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du courriel adressé à Mme B le 30 janvier 2023, que le conseil médical lui refusé l'accès à cette réunion au motif qu'elle avait déjà présenté des observations devant la formation du conseil médical réunie le 1er décembre 2022. Toutefois, si les dispositions du troisième alinéa de l'article 13 du de ce décret du 14 mars 1986 imposent seulement l'envoi d'une nouvelle convocation aux membres de la formation du conseil médical dans un délai de huit jours, elles demeurent sans incidences sur les droits dont dispose le fonctionnaire, notamment, celui d'être accompagné ou représenté par toute personne de son choix et à toutes les étapes de la procédure, conformément aux dispositions du 3° de l'article 12 du même décret. Ainsi, Mme B a été irrégulièrement empêchée d'exercer utilement son droit d'être entendue par le conseil médical ou de faire entendre le médecin de son choix, peu important cet égard qu'elle ait pu précédemment présenter des observations devant un conseil médical qui n'a pas valablement siégé et dont la composition était différente. Par suite, Mme B doit être regardée comme ayant été privée d'une garantie.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 23 février 2023 par laquelle le ministre des armées a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont Mme B expose avoir été victime le 1er septembre 2021, est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière et doit dès lors être annulée.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 27 mars 2023 l'informant d'une retenue ultérieure sur son traitement :

5. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu être légalement prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont, en l'espèce, intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.

6. La décision du 27 mars 2023 par laquelle le ministre de la défense a informé Mme B qu'il sera procédé au recouvrement du trop-perçu résultant de la requalification de son placement en CITIS provisoire en congés de maladie ordinaire a été prise pour l'application, selon ses termes, de l'arrêté du 23 février 2023. Par suite, cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté du 23 février 2023.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance exposés par Mme B en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du ministre des armées du 23 février 2023 et du 27 mars 2023 sont annulées.

Article 2 : L'État versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Champenois, première conseillère,

M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le rapporteur,

L. JOSSERANDLe président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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