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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302670

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302670

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBAULIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 mai 2023 et le 10 juin 2024, Mme E C, représentée par Me Baulimon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 23 juin 2022 par laquelle le ministre de la justice a rejeté sa demande tendant à l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui attribuer la nouvelle bonification indiciaire attachée aux fonctions qu'elle occupe, entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2020 et de lui verser la somme correspondante de 8 730,54 euros, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, dans le même délai et sous la même astreinte, de réexaminer sa demande tendant à l'attribution d'une nouvelle bonification indiciaire entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en l'absence de communication des motifs de rejet, cette décision est entachée d'un défaut de motivation conformément à l'article L. 232-4 du code de justice administrative ;

- elle a méconnu les dispositions combinées du I de l'article 27 de la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 et des articles 1 et 4 et de l'annexe du décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 dès lors qu'elle exerçait ses fonctions entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2020 dans une unité éducative en milieu ouvert (UEMO) ayant son siège dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ;

- l'auteur du mémoire en défense n'a pas reçu délégation pour opposer la prescription quadriennale.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête en tant qu'elle concerne la période antérieure au 1er décembre 2018.

Il soutient que la créance détenue par Mme C était prescrite en ce qui concerne la période antérieure au 1er janvier 2018, sur le fondement de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968.

Par une ordonnance du 11 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics ;

- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand,

- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,

- et les observations de Me Baulimon, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C est éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse. Elle a été affectée du 1er septembre 2016 au 1er novembre 2021 en qualité de cheffe de service éducatif au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Cenon. Par un courrier du 11 mars 2022, la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse lui a attribué la nouvelle bonification indiciaire pour la période du 1er janvier 2021 au 1er novembre 2021, date à laquelle son unité a été affectée à Lormont. Par une demande du 11 avril 2022, notifiée le 22 avril 2022, Mme C a demandé le versement de la nouvelle bonification indiciaire pour la période comprise entre le 1er septembre 2016 et le 31 décembre 2020. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision implicite du ministre de la justice portant rejet de cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du I de l'article 27 de la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret ". Aux termes de l'article 1 du décret 14 novembre 2001 susvisé : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Le montant de la nouvelle bonification indiciaire et le nombre d'emplois bénéficiaires correspondant aux fonctions mentionnées en annexe au présent décret sont fixés par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et des ministres chargés de la fonction publique et du budget ". L'annexe de ce décret, intitulée " Fonctions pouvant donner lieu au versement d'une nouvelle bonification indiciaire au titre de la politique de la ville aux fonctionnaires du ministère de la justice " dispose en son troisième alinéa : " Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité () ".

3. Mme C soutient que l'unité unité éducative en milieu ouvert dans laquelle elle était affectée entre le 1er septembre 2016 et le 1er novembre 2021 avait son siège au 17 rue François de Chateaubriand à Cenon et était situé en zone prioritaire de la politique de la ville et qu'elle remplissait ainsi les conditions prévues au point 2 précité de l'annexe du décret du 14 novembre 2001. L'administration ne conteste aucunement ces allégations et n'a d'ailleurs pas conclut au rejet des conclusions de la requête au titre de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020 alors, au demeurant, qu'il résulte de l'instruction, et en particulier d'un courrier du ministre de la justice du 11 mars 2022, qu'elle lui a accordé le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er janvier 2021 à raison de son affectation à Cenon et jusqu'au 1er novembre 2021, date à laquelle son unité a été transférée depuis Cenon vers l'UEMO Rive droite Lormont, qui n'est pas située dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Dans ces conditions, Mme C était éligible à la nouvelle bonification indiciaire.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite née le 23 juin 2023 de rejet de sa demande tendant à l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er septembre 2016.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article 1 de la loi du 31 décembre 1968 susvisée : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 74 du décret du 7 novembre 2012 susvisé : " Les ministres sont seuls ordonnateurs principaux des recettes et des dépenses du budget général, des budgets annexes et des comptes spéciaux, pour les crédits mis à leur disposition en application du IV de l'article 7 de la loi organique du 1er août 2001 ".

6. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " À compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions () peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° Les secrétaires généraux des ministères () ". Aux termes de l'article 2 du décret n° 2008-689 du 9 juillet 2008 relatif à l'organisation du ministère de la justice : " I. Le secrétaire général assiste le ministre dans l'administration du ministère et apporte son soutien aux directions du ministère. () Il est assisté par deux secrétaires généraux adjoints, directeurs, qui le remplacement en cas d'absence ou d'empêchement. () Il est responsable : () 3° Des affaires financières du ministère dans les conditions définies par le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 modifié relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ; ". L'arrêté du 30 décembre 2019 relatif à l'organisation du secrétariat général et des directions du ministère de la justice dispose au I de son article 1 que : " Le secrétariat général comprend : () 6° Le service de l'expertise et de la modernisation ; " et au II de son article 7 que : " Le service de l'expertise et de la modernisation comprend la sous-direction des affaires juridiques générales et du contentieux : / Elle traite des procédures contentieuses pour le compte du ministère, des questions prioritaires de constitutionnalité qui le mettent en cause, ainsi que des demandes précontentieuses et des règlements transactionnels en matière de dysfonctionnements de la justice administrative. / Elle assure la représentation du garde des sceaux devant les juridictions, sans préjudice du mandat légal de l'agent judiciaire de l'Etat, et traite, pour le compte du ministère, les contentieux portés devant elles, à l'exception des contentieux de l'extradition, du changement de nom, de la nationalité et des contentieux relatifs aux situations individuelles des membres des professions judiciaires et juridiques. () ". Par une décision du 30 janvier 2024, régulièrement publiée, le secrétaire général adjoint du ministère de la justice a consenti une délégation à l'effet de signer tous actes et décisions relevant du service de l'expertise et de la modernisation du secrétariat général, à Mme B A, adjointe à la cheffe du pôle contentieux statutaire, dans la limite des attributions du pôle contentieux statutaire du bureau du contentieux administratif et du conseil de la sous-direction des affaires juridiques générales et du contentieux. Par suite, dès lors qu'elle avait qualité, en vertu de cette délégation de signature qui lui avait été régulièrement accordée, pour Par suite, dès lors qu'elle avait qualité, en vertu de cette délégation de signature qui lui avait été régulièrement accordée, pour représenter le garde des sceaux devant les juridictions administratives, la signataire de ce mémoire, Mme B A, était compétente pour opposer, au nom du ministre, l'exception de prescription quadriennale

7. D'une part, le délai de prescription quadriennale de la créance dont se prévaut Mme C au titre de la nouvelle bonification indiciaire entre le 1er septembre 2016 et le 31 décembre 2017 a commencé à courir à compter de la date à laquelle elle pouvait prétendre au versement des sommes correspondantes soit, en dernier lieu, à compter du 1er janvier 2018. Ainsi, à la date de sa demande le 11 avril 2022, sa créance portant sur cette période était entièrement prescrite depuis le 1er janvier 2022 en application de l'article 1 de la loi du 31 décembre 1968. Il y a lieu, par suite, d'accueillir l'exception de prescription opposée en défense par le ministre de la justice en ce qui concerne cette période.

8. D'autre part, eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au ministre de la justice d'octroyer la nouvelle bonification indiciaire à Mme C pour la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du ministre de la justice une somme globale de 1 500 euros au titre des frais d'instance exposés par Mme C en application des dispositions de l'article L .761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du ministre de la justice rejetant le bénéfice de la NBI à Mme C pour la période du 1er septembre 2016 au 31 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de la justice d'octroyer à Mme C le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire pour la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Champenois, première conseillère,

M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

Le rapporteur,

L. JOSSERANDLe président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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